Les tensions entre le mouvement islamiste
Hamas au pouvoir et le parti Fatah du leader palestinien Mahmoud
Abbass ont provoqué de nouvelles violences dimanche malgré les
appels au calme des responsables des deux bords. Deux partisans
du Fatah, ainsi qu’un policier et un quatrième individu ont été
blessés dans des échanges de tirs au ministère de la Santé, à
Gaza, avec des membres du Hamas chargés de la sécurité de
l’immeuble.
Les tirs ont éclaté à la suite d’une querelle
entre des membres armés des Brigades des martyrs d’Al-Aqsa,
partisans du Fatah, venus présenter des récriminations au
ministère, et les gardes qui exigeaient qu’ils quittent les
lieux. A Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie, une vingtaine
de partisans en armes du mouvement Fatah ont occupé brièvement
dimanche le bâtiment de la mairie.
Ces nouvelles violences sont intervenues au
lendemain de nombreuses manifestations à travers les territoires
palestiniens et des heurts entre partisans des deux mouvements
qui ont fait une trentaine de blessés légers. Elles se sont
déroulées malgré les appels au calme lancés par les responsables
du Hamas et du Fatah. Les deux mouvements ont publié dans la
nuit un communiqué commun à l’issue d’une « réunion d’urgence »,
affirmant qu’ils œuvreraient « en coopération afin de consolider
l’unité nationale ».
Soucieux d’apaiser les esprits après des
affrontements qui ont fait une trentaine de blessés, le
président palestinien Mahmoud Abbass a annulé un rassemblement
de protestation prévu contre le chef du Hamas en exil, Khaled
Mechaal, qui a mis le feu aux poudres en accusant M. Abbass de
comploter avec les Etats-Unis et Israël pour provoquer la chute
du gouvernement du Hamas, dirigé par Ismaïl Haniyeh. Des propos
qui ont été qualifiés par le Fatah d’« hystériques » et jugés «
remplis de complots, de calomnies, de mensonges et de tromperies
».
Pour sa part, le ministre des Affaires
étrangères, Mahmoud Zahar, a affirmé que des discussions étaient
en cours « au plus haut niveau entre les deux parties pour
trouver une issue à la situation actuelle ». « Une délégation
égyptienne met actuellement en œuvre tous ses efforts avec le
Hamas et le Fatah pour ramener le calme dans les territoires
occupés », a-t-il ajouté.
Face aux répercussions virulentes de ses
déclarations, M. Mechaal a affirmé samedi que ses propos avaient
été « mal interprétés ». Il a ajouté que le Hamas « respecte »
la présidence de l’Autorité palestinienne, tout en insistant sur
le fait que les « prérogatives » du cabinet ne doivent pas être
violées. Il a plaidé pour « la coopération » entre la présidence
et le cabinet dirigé par le Hamas « dans l’intérêt national ».
Tout a commencé quand M. Abbass a décidé
d’annuler les décisions du cabinet Hamas créant une nouvelle
force de sécurité et nommant à un poste-clé un activiste. La
nouvelle force devait rassembler des activistes de diverses
factions et avoir pour mission de soutenir les forces de
sécurité existantes, contrôlées par M. Abbass.
Qualifiant ces décisions d’« illégales et
anticonstitutionnelles », Mahmoud Abbass a adressé une lettre en
ce sens au premier ministre, Ismaïl Haniyeh.
Le gouvernement du Hamas a cependant réfuté
que sa décision soit illégale, ce qui a aggravé la crise du
pouvoir entre les deux instances dirigeantes de l’Autorité
palestinienne.
Le Hamas avait en outre annoncé la nomination
de Jamal Abou-Samhadana, chef des Comités de la résistance
populaire, au poste de « superviseur général » des divers
services du ministère de l’Intérieur, y compris la nouvelle
force de sécurité. Sa nomination a été dénoncée par le
département d’Etat américain, qui y a vu la preuve de « la vraie
nature » du cabinet dirigé par le Hamas et par Israël, qui a
déclaré avoir « un long compte à régler avec lui ».
Jamal Abou-Samhadana a affirmé que ces
menaces ne l’impressionnaient pas. « Nous n’avons pas peur de
l’entité sioniste. Tout le peuple palestinien est visé et nous
allons recourir à tous les moyens pour protéger les résistants
et les fils de notre peuple », a-t-il déclaré.
M. Samhadana a échappé à deux raids ciblés
d’Israël, qui le tient pour responsable de nombreuses attaques
anti-israéliennes.
Déclarations « graves »
A la diatribe du chef du Hamas en exil Khaled
Mechaal, s’ajoute une autre affaire, à savoir les armes saisies
en Jordanie appartenant, selon Amman, au mouvement islamiste. Le
Hamas s’est déclaré « surpris » dimanche par les déclarations du
président de l’Autorité palestinienne, qui a qualifié samedi de
« graves » les informations jordaniennes sur cette saisie. «
Nous préférons régler cette question par les canaux politiques,
calmement », a déclaré M. Abbass à Amman, à l’issue d’un
entretien avec le premier ministre jordanien, Maarouf Bakhit. «
Il est important que les choses ne s’enveniment pas plus sur la
scène palestinienne car elle ne supportera pas de plus grandes
tensions ». « Nous sommes en désaccord politiquement, sur notre
perception des choses et des engagements internationaux, c’est
pourquoi nous devons trouver des solutions », a déclaré M.
Abbass. « Nous ne permettrons pas une guerre civile ni des
confrontations armées », a-t-il ajouté.
La Jordanie avait annoncé avoir découvert des
armes et des explosifs chez un groupe du Hamas, et décidé en
conséquence de reporter sine die la visite que devait effectuer
le ministre des Affaires étrangères palestinien, Mahmoud Zahar,
dans le royaume.
Le Hamas a démenti ces informations et
qualifié de « sans fondement » les accusations jordaniennes.
« La décision de la Jordanie de s’éloigner du
gouvernement palestinien et les moyens utilisés pour annuler la
visite du ministre des Affaires étrangères, ont provoqué un fort
mécontentement dans la rue palestinienne », a indiqué le Hamas
dans son communiqué.
« Nous refusons d’exonérer le gouvernement
jordanien pour la grosse erreur qu’il a commise aux dépens du
gouvernement et du peuple palestiniens », a poursuivi M. Zahar.
Rania Adel