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 Semaine du 26 avril au 2 mai 2006, numéro 607

 

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Livre. Montagnes et esprits, d'Ahmad Khaled, est une invitation à partir et à redécouvrir déserts et oasis en Egypte, dans une conception tout à fait mystique.

Pérégrinations de l'âme

Ce sont des navigations, des récits de voyage qui vous mènent dans des coins de l'Egypte à la nature toute particulière. Une invitation à partir mais pas dans le contexte classique ou conventionnel du terme, mais dans des conditions de dépaysement spirituel si l'on veut dire. Ahmad Khaled, journaliste et poète, pourrait passer pour un randonneur comme un autre. D'une certaine manière il l'est, puisqu'il a une passion du désert, du partir. Il a la curiosité aussi de voir, de contempler les sites, de les situer et de les déchiffrer. Mais son voyage, s'il est bien localisé, a un goût d'absolu. Une recherche de l'infini se manifestant dans des lieux désolés et impressionnants et d'autres tout aussi significatifs où les empreintes humaines et de vie se mélangent avec celles de la mort, de l'éternité et aussi du néant.

Ce livre, Montagnes et esprits, attend sa réédition. Sobre sa couverture et assez révélatrice : un tableau de Salvador Dali, L'Heure triangulaire, où le temps se dilue ou se dilate. Le temps, c'est l'éternité. Il est indéfinissable, n'ayant de valeur que pour les vivants, on dirait plutôt les hommes. Mais dans ce désert, le don de vivre est donné aux lieux immenses et aux montagnes. Le randonneur établissant sa tente près d'Abou-Rdeiss, sur la mer Rouge, reçoit des messages de la Montagne, « des papillons porteurs de la seule couleur blanche avec toutes ses tonalités et ses manifestations, son enfance, sa jeunesse, le restant de l'âge ... Il envoya ensuite tous les jours une couleur nouvelle sur les ailes des papillons ». S'il se défend d'être un mystique, l'auteur semble bien en inspiration d'un style quasi mosaïque, où la montagne est l'expression d'un aspect sacré et non un corps immobile.

Il y va ainsi d'ailleurs de toutes ses pérégrinations qui le conduisent vers des lieux d'éternité. Du Désert oriental, il nous mène à Kharga avec comme ancrage la nécropole chrétienne de Bagawat, située au nord-ouest de l'oasis. Là se trouvent 263 chapelles funéraires situées sur des pentes inclinées. Tout y respire un caractère original, authentique. Les peintures murales qui décorent certaines des chapelles illustrent des chapitres de l'Ancien Testament. Le tout est présenté dans un style hellénistique ou romain, mais qui paraît comme l'expression d'un art populaire et naïf plus ancien encore. Comme dans la Chapelle de l'Exode où il contemple « sept vierges portant des flambeaux sur le mur oriental pour m'illuminer les principaux épisodes de la vie ». Révélée par l'archéologue égyptien Ahmad Fakhri, cette chapelle, comme son nom l'indique, a pour thème principal l'exode des juifs hors d'Egypte. Mais ce sont d'autres images aussi sur lesquelles focalise l'auteur, celles d'Adam et Eve chassés du paradis, l'Arche de Noé.

Le salut, gage d'éternité ...

Tout est centré sur la recherche du salut. Un salut recherché par les pèlerins maghrébins à l'époque musulmane se rendant à La Mecque. S'arrêtant sur un lieu considéré comme béni, ils chantent avec accompagnement musical et percussions. Ils sont pleins de langueur et d'attente pour ce lieu qu'ils veulent visiter, cette terre natale du prophète. Entre-temps, ils marquent les murs d'inscriptions sur leur voyage. Des mots qu'ils placent loin des images pour ne pas les effacer. La spiritualité est une, la tolérance est la règle. A Bahariya s'illustre un autre salut recherché par les âmes des Anciens Egyptiens. Une quête qui se manifeste. dans les scènes du célèbre Livre des morts, qui est un recueil de formules magiques et d'incantations. Placé près de la momie dans son cercueil, il permettait au défunt de pouvoir passer les épreuves qui mènent aux champs d'Ialou, c'est-à-dire ce paradis tant rêvé. Il contient des formules pour se transformer, les noms des gardiens de la porte du jugement et la célèbre confession négative des méfaits qui n'ont pas été perpétrés, que le mort doit réciter pour rendre son cœur plus léger que Maât.

« Salut, dieu grand, seigneur de vérité et de justice,

Maître puissant ! Voici que j’arrive devant toi !

Laisse-moi donc contempler ta rayonnante beauté !

(...)

Puisque j’ai vu culminer à Héliopolis l’œil d’Horus,

Puisse aucun mal ne m’arriver, ô dieux,

Ni dans votre vaste salle de vérité-justice !

Car je connais le nom de ces dieux

Qui entourent Maât, la grande divinité de la vérité-justice ».

L'itinéraire où converge la triple réalité, celle du temps présent, celle de l'Histoire et celle de l'âme immortelle ou plutôt dans un état de latence, conduit vers Siwa, vers la « Montagne des morts » parce que dans son flanc et sur ses versants sont gravées des tombes où toujours Osiris trône et la pesée des âmes se poursuit.

Tous comme ces momies d'or de Bahariya vivent dans une Egypte placée sous le signe de l'éternel. Elle est à explorer dans ce sens. Ce que propose ou plutôt suggère l'auteur dans ce livre sans illustrations mais plein d'images en faisant l'avant-projet d'un documentaire.

Ahmed Loutfi

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Référence: Guibal wa arwah (Montagnes et esprits), d'Ahmad Khaled, est en passe d'être réédité par la maison d'édition Al-Dar.

 




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