Al-Ahram Hebdo, Evénement | « On ne quittera jamais Dahab »
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 Semaine du 26 avril au 2 mai 2006, numéro 607

 

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Evénement
Terrorisme. Un triple attentat a secoué lundi la station balnéaire de Dahab dans la péninsule du Sinaï.

« On ne quittera jamais Dahab »

Dahab,
De nos envoyées spéciales —
19h15. Le centre-ville de Dahab s’anime. C’est l’heure d’affluence des touristes. Les gens vont par-ci, par-là. Certains continuent à aller vers la mer y chercher un refuge. D’autres visitent les magasins ou s’attablent dans un restaurant ou un café. C’était juste avant. Un contraste impressionnant avec l’horrible scène qui s’offre à présent après les attentats : des taches de sang partout, des vitres cassées et des débris humains.

Le restaurant Al-Capone était au rendez-vous avec la première explosion. Cet établissement est situé dans la zone d’Al-Mashatt, parallèle à la plage, devant une petite passerelle en bois. Lieu, elle aussi, d’une autre explosion, mais de l’autre côté, devant le restaurant chinois. Et en remontant la rue, presque 200 mètres en direction de Ghazala Market, on retrouve les traces de la 3e explosion. Le tout dans un intervalle de 30 secondes. Bilan provisoire : 18 morts dont six étrangers, et 83 blessés. La stupeur est maîtresse de la situation : « Je portais le plateau pour aller servir les touristes au bord de la mer. L’explosion m’a quasiment soufflé de derrière. Je me suis jeté dans la mer. Une fois sorti, j’ai trouvé mon chef gravement blessé et, juste à la place de l’explosion, un corps calciné et un autre déchiqueté », explique Ahmad, un serveur de 18 ans. En racontant, il a la chair de poule comme Haggag qui, lui, a vu mourir dans sa poussette un enfant. Il était accompagné de sa maman et de son frère. La mère venait de tirer de l’argent du distributeur automatique de la banque juste au moment de l’explosion. Stupeur pour certains, colère pour d’autres. Une touriste interrogée s’est mise en colère : « Ne me posez pas de questions, surtout pas à moi, surtout pas à moi », dit-elle en pleurant avant de disparaître dans la foule. Les touristes, il y en a beaucoup en ce moment. C’est le début de la saison. Contrairement à l’habitude, cette station balnéaire de tourisme populaire, fréquentée par la classe moyenne, n’accueille pas cette semaine beaucoup de touristes israéliens. « Ce sont les deuxièmes habitants de la ville. Mais ils évitent d’être présents en Egypte lors des fêtes nationales, surtout celles liées à l’occupation israélienne du Sinaï », nous explique-t-on. En effet, le 25 avril, les Egyptiens célèbrent le 24e anniversaire de la libération de la péninsule du Sinaï. Coïncidence ? Difficile à dire. Mais tous les attentats qui ont frappé le Sinaï en un an et demi tombaient aux moments de fêtes. Taba en 2004, c’était à la veille du 6 Octobre et les attentats de Charm Al-Cheikh ont eu lieu lors des festivités du 23 Juillet. Le même style donc à chaque fois.

Cela dit, les sources policières avaient estimé que la région était en pleine sécurité. Le même scénario qu’à Taba. La police pourtant avait renforcé sa présence depuis les autres attentats. Les assaillants ont quand même réussi à s’infiltrer. Défaillance ? Y a-t-il eu complicité de la part de certains habitants de la ville ? Les interrogations se multiplient. Pour l’instant, les chiens policiers dressés à renifler les explosifs continuent à faire le tour des zones d’explosion. Dans un bazar cassé, deux enquêteurs interrogent des témoins. Selon ces derniers, au moins une dizaine de personnes ont été arrêtées par les forces de l’ordre.

Les habitants tentent de faire le ménage. Balais à la main, ils s’efforcent d’éliminer les traces. Tentative peut-être d’oublier ou de faire oublier ce qui se passe. Ils s’inquiètent pour leur gagne-pain. Ici, à Dahab, tous vivent de tourisme comme toute la région. Mais plus qu’ailleurs, les habitants de la ville « Or » sont vite touchés. Une seule journée sans visiteurs équivaut à beaucoup de pertes. « On ne quittera jamais Dahab. Je vais reprendre immédiatement le travail dès que la police nous l’autorisera. Nous avons fait de beaux rêves d’avenir en venant ici », déclare Mahmoud, un jeune cuisinier de 18 ans. Cela fait uniquement une vingtaine de jours qu’il a quitté sa ville natale de Béni-Souef pour venir travailler ici. « Celui qui a commis cet acte n’a ni patrie, ni religion », affirme Ahmad Hassan, serveur. Pour lui, un scénario ou un autre pour expliquer les choses ne change rien à la situation. Même s’il est prématuré d’obtenir des résultats probants, les premières constatations de la police sont qu’il s’agit de charges explosives de faible puissance plantées sur les lieux. L’autre version, celle des habitants, évoquerait un kamikaze ou plusieurs qui se seraient fait sauter. La preuve en est pour eux que des plongeurs ont découvert et retiré des restes humains, dont une tête, dans la mer. Ils seraient ceux d’un kamikaze. Des analyses de l’ADN doivent avoir lieu.

Pour les analystes, il y aurait un troisième scénario, plus pessimiste. L’Egypte est entrée dans une nouvelle vague d’affrontement avec des groupes terroristes, avec pour la première fois dans les annales du terrorisme une région, le Sud-Sinaï, attaquée à trois reprises. Impossible de croire à des actes individuels ou un terrorisme aléatoire. La vie va-t-elle reprendre son cours ? Tout semble calme, les touristes reprennent leurs plongées. Et chose importante, les bédouins arrivent en masse, y compris des femmes. Ces bédouins qui ont été pourchassés et maltraités par la police lors des deux autres attentats sont venus exprimer leur rejet des attaques. Ils ont organisé une marche où, s’adressant aux touristes, ils leur demandent : « Revenez » et font appel à la paix.

Chérine Abdel-Azim
Samar Al-Gamal

 




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