Il y a d’abord un problème
d’incompréhension entre l’islam et le monde occidental. Il y a
des événements internationaux qui nous bouleversent nous les
Européens vis-à-vis du monde arabo-musulman. L’Europe connaît
seulement les problèmes internationaux du Moyen-Orient comme
ceux de la Palestine, de la Syrie avec le Liban, de l’Iraq, de
l’Afghanistan et de l’Iran. Ces problèmes sont vus négativement
surtout après le 11 septembre. Quant à l’opinion publique
européenne plus large, elle n’a aucune connaissance économique,
sociale, culturelle ou géographique du monde arabo-musulman.
L’islam est considéré comme un instrument, un
slogan social très hypocrite, très mal vu. Les Européens ont
peur de l’islam et se méfient des pratiquants. L’image véhiculée
par les médias est celle d’un monde arabo-musulman avec beaucoup
de problèmes et trop divisé. Les images de violence diffusées
dans les médias sont bien plus révélatrices qu’un texte dans un
journal. L’image que véhiculent les médias est que les Arabes et
les musulmans se disputent tout le temps entre eux et qu’ils
sont pris par des guerres sur leurs territoires. Alors que les
questions de réformes par exemple n’avancent pas.
Du fait de la complexité des problèmes du
Moyen-Orient, l’Europe politique cherche d’autres alternatives
d’énergie aux gaz et pétrole de cette région. L’Europe a pris
une décision irréversible de chercher d’autres alternatives
d’énergie. D’où le rapprochement avec la Russie, devenue un
fournisseur de gaz à l’Europe. Actuellement, l’Europe
s’intéresse à faire du commerce avec le monde asiatique et
l’Amérique latine à la place du monde arabe ou musulman.
Le monde arabo-musulman doit faire un effort
pour mieux se faire comprendre à l’étranger. Il faut qu’il
cherche des solutions et aussi à établir des contacts avec
l’Europe via les écoles et les universités. Beaucoup
d’informations doivent être échangées avec l’Union européenne
pour mieux se connaître.
— La crise des caricatures du prophète
Mohamad a démontré l’échec de toute tentative de dialogue entre
l’Europe et le monde islamique. Qu’en pensez-vous ? Comment peut-on
faire pour surmonter ce genre de problèmes d’incompréhension
entre les deux parties ?
— En Europe, il y a toujours une séparation
entre l’Etat et la religion, qui est une affaire privée. Quand
je discutais avec mes collègues au Parlement belge, je trouvais
— eux-mêmes le reconnaissent — qu’il ne faut pas s’attendre
d’eux à quelque chose de concret, car ils n’ont pas la même
croyance que nous, les musulmans. Nous, les musulmans en Europe,
nous avons beaucoup de respect pour notre prophète et le Coran,
mais nous vivons dans un Etat laïque qui prône la liberté
d’expression.
La loi en Europe ne sanctionne que le racisme,
l’antisémitisme et celui qui attaque l’honneur de quelqu’un. Les
musulmans d’Europe doivent bouger dans le sens d’expliquer au
monde occidental le vrai visage de l’islam. Mais les politiciens
européens d’origine arabe ne sont pas des théologiens qui
peuvent tout expliquer de l’islam, alors que les oulémas n’ont
pas le contexte explicatif.
— Pensez-vous que la culture peut jouer un
rôle pour remédier à cette incompréhension entre le monde
arabo-islamique et l’Europe ?
— Hélas, cet échange culturel est très faible.
Où sont ces échanges d’art et de culture ? Le monde arabe n’a
pas traduit les grands livres qui sont apparus dernièrement en
Europe dans le domaine de la culture, de la science et de la
technologie. A mon avis, le monde arabe est trop concentré sur
le problème de la religion tandis que le Coran appelle à la
science et à l’ouverture au monde extérieur. Les échanges
scientifiques provoquent évidemment un contact direct, une
connaissance à fond et ensuite une compréhension raisonnable des
traditions de chaque pays.
— Vous avez exprimé des idées pour un
meilleur avenir pour le monde arabo-islamique. Pouvez-vous nous
expliciter ces idées ?
— Je suis plutôt occidentale, mais je ne peux
pas fermer les yeux sur ce qui se passe dans le monde arabe.
Celui-ci souffre surtout d’un retard sur les plans technologique,
industriel et scientifique. Il faut aussi que ce monde se tourne
plus vers l’Europe et qu’il ne se contente pas d’une culture
anglo-américaine. Nous, les Occidentaux d’origine arabe ou
islamique, avons beaucoup à offrir au monde arabe et islamique
puisqu’il s’agit d’une culture commune et d’une religion
commune. Nous devons rapprocher les points de vue entre le monde
arabe et l’Europe.
— Vous avez dit que les réformes politiques
n’avancent pas dans le monde arabe. Pourquoi, selon vous ?
— Il n’y a pas de démocratie parfaite sur
terre. Même en Occident, nous sommes en voie de démocratie, il y
a aussi des choses qui ne marchent pas chez nous, en Belgique.
L’expérience européenne doit être transmise aux peuples arabes
pour rendre les secteurs concernés comme la société civile, la
justice et la police, des éléments plus efficaces pour détecter
les défauts qui surviennent souvent dans le système démocratique.
Les sociétés civiles dans le monde arabe, dont les organisations
de défense des droits de l’homme, de la femme et des enfants,
sont fragiles et n’ont pas d’influence sur la politique, le
Parlement et le gouvernement. Les régimes arabes ne semblent pas
disposés à donner leurs droits aux citoyens.
D’autre part, il faut lutter contre la
corruption dans les pays arabes. Car un pays qui veut jouir de
la démocratie doit lutter contre la corruption qui est un cancer
dans le corps de l’Etat.
Dina Ibrahim