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 Semaine du 26 avril au 2 mai 2006, numéro 607

 

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Fauzaya Talhaoui, membre du Parti socialiste progressiste au Sénat belge, était récemment au Caire pour assister à une conférence sur les problèmes contemporains de l’islam. Elle évoque l’incompréhension entre l’Europe et le monde arabo-islamique et prône une intensification des échanges culturels et scientifiques entre les deux parties.

« L’opinion européenne ne connaît pas le monde arabo-islamique »

Al-Ahram Hebdo : Vous êtes venue au Caire pour assister à la conférence organisée par le Haut Conseil des affaires islamiques sur les problèmes du monde islamique et leur règlement à l’ère de la mondialisation. Comment définissez-vous ces problèmes et comment leur apporter des solutions ?

Fauzaya Talhaoui : Il y a d’abord un problème d’incompréhension entre l’islam et le monde occidental. Il y a des événements internationaux qui nous bouleversent nous les Européens vis-à-vis du monde arabo-musulman. L’Europe connaît seulement les problèmes internationaux du Moyen-Orient comme ceux de la Palestine, de la Syrie avec le Liban, de l’Iraq, de l’Afghanistan et de l’Iran. Ces problèmes sont vus négativement surtout après le 11 septembre. Quant à l’opinion publique européenne plus large, elle n’a aucune connaissance économique, sociale, culturelle ou géographique du monde arabo-musulman.

L’islam est considéré comme un instrument, un slogan social très hypocrite, très mal vu. Les Européens ont peur de l’islam et se méfient des pratiquants. L’image véhiculée par les médias est celle d’un monde arabo-musulman avec beaucoup de problèmes et trop divisé. Les images de violence diffusées dans les médias sont bien plus révélatrices qu’un texte dans un journal. L’image que véhiculent les médias est que les Arabes et les musulmans se disputent tout le temps entre eux et qu’ils sont pris par des guerres sur leurs territoires. Alors que les questions de réformes par exemple n’avancent pas.

Du fait de la complexité des problèmes du Moyen-Orient, l’Europe politique cherche d’autres alternatives d’énergie aux gaz et pétrole de cette région. L’Europe a pris une décision irréversible de chercher d’autres alternatives d’énergie. D’où le rapprochement avec la Russie, devenue un fournisseur de gaz à l’Europe. Actuellement, l’Europe s’intéresse à faire du commerce avec le monde asiatique et l’Amérique latine à la place du monde arabe ou musulman.

Le monde arabo-musulman doit faire un effort pour mieux se faire comprendre à l’étranger. Il faut qu’il cherche des solutions et aussi à établir des contacts avec l’Europe via les écoles et les universités. Beaucoup d’informations doivent être échangées avec l’Union européenne pour mieux se connaître.

— La crise des caricatures du prophète Mohamad a démontré l’échec de toute tentative de dialogue entre l’Europe et le monde islamique. Qu’en pensez-vous ? Comment peut-on faire pour surmonter ce genre de problèmes d’incompréhension entre les deux parties ?

— En Europe, il y a toujours une séparation entre l’Etat et la religion, qui est une affaire privée. Quand je discutais avec mes collègues au Parlement belge, je trouvais — eux-mêmes le reconnaissent — qu’il ne faut pas s’attendre d’eux à quelque chose de concret, car ils n’ont pas la même croyance que nous, les musulmans. Nous, les musulmans en Europe, nous avons beaucoup de respect pour notre prophète et le Coran, mais nous vivons dans un Etat laïque qui prône la liberté d’expression.

La loi en Europe ne sanctionne que le racisme, l’antisémitisme et celui qui attaque l’honneur de quelqu’un. Les musulmans d’Europe doivent bouger dans le sens d’expliquer au monde occidental le vrai visage de l’islam. Mais les politiciens européens d’origine arabe ne sont pas des théologiens qui peuvent tout expliquer de l’islam, alors que les oulémas n’ont pas le contexte explicatif.

— Pensez-vous que la culture peut jouer un rôle pour remédier à cette incompréhension entre le monde arabo-islamique et l’Europe ?

— Hélas, cet échange culturel est très faible. Où sont ces échanges d’art et de culture ? Le monde arabe n’a pas traduit les grands livres qui sont apparus dernièrement en Europe dans le domaine de la culture, de la science et de la technologie. A mon avis, le monde arabe est trop concentré sur le problème de la religion tandis que le Coran appelle à la science et à l’ouverture au monde extérieur. Les échanges scientifiques provoquent évidemment un contact direct, une connaissance à fond et ensuite une compréhension raisonnable des traditions de chaque pays.

— Vous avez exprimé des idées pour un meilleur avenir pour le monde arabo-islamique. Pouvez-vous nous expliciter ces idées ?

— Je suis plutôt occidentale, mais je ne peux pas fermer les yeux sur ce qui se passe dans le monde arabe. Celui-ci souffre surtout d’un retard sur les plans technologique, industriel et scientifique. Il faut aussi que ce monde se tourne plus vers l’Europe et qu’il ne se contente pas d’une culture anglo-américaine. Nous, les Occidentaux d’origine arabe ou islamique, avons beaucoup à offrir au monde arabe et islamique puisqu’il s’agit d’une culture commune et d’une religion commune. Nous devons rapprocher les points de vue entre le monde arabe et l’Europe.

— Vous avez dit que les réformes politiques n’avancent pas dans le monde arabe. Pourquoi, selon vous ?

— Il n’y a pas de démocratie parfaite sur terre. Même en Occident, nous sommes en voie de démocratie, il y a aussi des choses qui ne marchent pas chez nous, en Belgique. L’expérience européenne doit être transmise aux peuples arabes pour rendre les secteurs concernés comme la société civile, la justice et la police, des éléments plus efficaces pour détecter les défauts qui surviennent souvent dans le système démocratique. Les sociétés civiles dans le monde arabe, dont les organisations de défense des droits de l’homme, de la femme et des enfants, sont fragiles et n’ont pas d’influence sur la politique, le Parlement et le gouvernement. Les régimes arabes ne semblent pas disposés à donner leurs droits aux citoyens.

D’autre part, il faut lutter contre la corruption dans les pays arabes. Car un pays qui veut jouir de la démocratie doit lutter contre la corruption qui est un cancer dans le corps de l’Etat.

Dina Ibrahim

 




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