Al-Ahram Hebdo,Environnement | Replanter sur de bonnes bases
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 Semaine du 26 avril au 2 mai 2006, numéro 607

 

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Environnement
Ecotourisme. La forêt et réserve naturelle de Mabira, au centre de l’Ouganda, est parvenue à stopper le fléau de la déforestation et est aujourd’hui un exemple à suivre en matière d’écotourisme durable.

Replanter sur de bonnes bases

Kampala, De notre envoyée spéciale —

Attention ! Mabira, le plus grand bloc de forêt humide semi-décidue restant au centre de l’Ouganda est menacé de déforestation ! C’est la sonnette d’alarme qui avait été tirée durant les années 1980 et qui a abouti à déclarer ce site réserve naturelle en 1985.

La forêt Mabira, située à 56 km de la capitale Kampala, figure en fait parmi les sites dont la biodiversité est la plus riche. On y trouve également 312 espèces d’arbres, 287 espèces d’oiseaux (Nahan, Francolin et aigle de faucon de Cassin). Outre 218 espèces de papillons, 97 espèces de mites et 23 petites espèces de mammifères. Bref, un site idéal pour les promenades des amateurs de la nature et de l’écotourisme.

Dire que toute cette biodiversité risquait de disparaître avec la disparition de la forêt elle-même. Selon l’Autorité nationale pour la gestion de l’environnement (NEMA), ou National Environment Managment Authority, l’histoire de la détérioration de l’état de la forêt Mabira a commencé lorsque la Coopérative d’agriculteurs de Kanani a pénétré dans la forêt, en 1975. L’administration du district a donné des autorisations de cultiver à 115 de ses membres, considérant qu’il s’agissait d’un projet d’entraide et non d’un empiétement sur la forêt. Ces autorisations précisaient cependant que les bénéficiaires ne devaient plus défricher, et qu’il était interdit de construire. La réglementation n’a pas été appliquée et en 1981, plus de 1 800 personnes s’étaient installées et avaient dégradé plus de 7 200 hectares de la réserve.

« Les gens installés dans la réserve coupaient les arbres rares pour planter des bananiers à leur place, afin de se nourrir », explique Ahebwa Judith, directrice du secteur de l’écotourisme du site de Mabira dépendant de l’Administration nationale des forêts (NFA) ou National Forestry Authority. Pire encore, les populations dépendaient largement du bois pour garantir leurs besoins en énergie qui sont estimés à une consommation quotidienne de 1 à 2 kilogrammes par personne, le Burundi par exemple en consomme 0,6 kilogramme par personne, selon la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture).

La croissance démographique et l’augmentation des besoins en combustibles et en terres agricoles exerçaient des pressions sur les forêts depuis des décennies. Selon un rapport de la FAO publié en 2001, vers 1890, les forêts couvraient 45 % du territoire ougandais. Ce taux n’est plus que de 21 % à l’heure actuelle.

Et ces principales pressions qui s’exerçaient sur les ressources forestières sont notamment dues aux stratégies de développement économique et au laxisme de l’application des règles de protection des forêts. De plus, selon la NEMA, la déforestation coûte annuellement à l’Ouganda entre 3 à 6 millions de dollars, une somme importante par rapport aux revenus du pays. Sans oublier le problème du déclin de la fertilité des sols dans les zones cultivées, plus particulièrement lorsque les pressions de la production ne permettent pas de périodes de jachère suffisantes. Ceci entraîne une plus grande déforestation et un empiétement par les communautés locales et par les réfugiés, dont l’impact est aggravé par un manque de volonté politique. Selon la FAO, la demande en bois de chauffage (charbon de bois compris) en Afrique orientale augmentera de plus de 40 % au cours des 30 prochaines années.

 

Sensibiliser les communautés locales

Les départements des forêts de la sous-région ont souvent été associés aux ministères responsables de l’Agriculture, de l’Eau ou de l’Environnement et ont été institutionnellement éclipsés. Ils ont aussi souvent manqué des financements nécessaires à la mise en œuvre des règlements, des activités de protection ou au développement du commerce des produits forestiers.

« Pour corriger les faiblesses institutionnelles, la NFA a formé un comité ayant pour but de lutter contre la déforestation et d’établir les bases du développement durable du site afin d’y garantir un écotourisme également durable », selon Ahebwa Judith. Et d’ajouter qu’ils ont eu recours aux communautés locales qui ont suivi des stages de sensibilisation à la déforestation et ont été appelées à replanter ce qui a été déraciné. « La communauté locale est devenue digne de former des Organisations non gouvernementales capables de trouver des financements et d’exécuter des projets de sensibilisation dans les écoles et la société, et parmi les jeunes », assure Judith. De plus, les femmes vivant dans la forêt ont été invitées à réaliser des œuvres d’art en utilisant les matières premières amies de l’environnement comme le bois et les peaux de bananes, œuvres qu’ils revendent aux touristes nombreux, venus observer les différentes espèces d’oiseaux.

Par ailleurs, le projet de développement durable appliqué par la NFA consiste à construire un hôtel écologique, qui n’utilise que des matières amies de l’environnement, sur le site même de Mabira, qui on l’espère créera des emplois pour les populations de la région et aidera à réduire la pauvreté qui figure parmi les objectifs du millénaire pour le développement.

Le projet de développement durable de Mabira commence à porter ses fruits. Aujourd’hui, c’est la communauté locale qui protège le site après avoir été la première cause de sa détérioration. Reste à la NFA d’appliquer ces mêmes principes aux autres forêts de l’Ouganda .

Dalia Abdel-Salam

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