Attention
! Mabira, le plus grand bloc de forêt humide semi-décidue
restant au centre de l’Ouganda est menacé de déforestation !
C’est la sonnette d’alarme qui avait été tirée durant les années
1980 et qui a abouti à déclarer ce site réserve naturelle en
1985.
La forêt Mabira, située à 56 km de la
capitale Kampala, figure en fait parmi les sites dont la
biodiversité est la plus riche. On y trouve également 312
espèces d’arbres, 287 espèces d’oiseaux (Nahan, Francolin et
aigle de faucon de Cassin). Outre 218 espèces de papillons, 97
espèces de mites et 23 petites espèces de mammifères. Bref, un
site idéal pour les promenades des amateurs de la nature et de
l’écotourisme.
Dire que toute cette biodiversité risquait de
disparaître avec la disparition de la forêt elle-même. Selon
l’Autorité nationale pour la gestion de l’environnement (NEMA),
ou National Environment Managment Authority, l’histoire de la
détérioration de l’état de la forêt Mabira a commencé lorsque la
Coopérative d’agriculteurs de Kanani a pénétré dans la forêt, en
1975. L’administration du district a donné des autorisations de
cultiver à 115 de ses membres, considérant qu’il s’agissait d’un
projet d’entraide et non d’un empiétement sur la forêt. Ces
autorisations précisaient cependant que les bénéficiaires ne
devaient plus défricher, et qu’il était interdit de construire.
La réglementation n’a pas été appliquée et en 1981, plus de 1
800 personnes s’étaient installées et avaient dégradé plus de 7
200 hectares de la réserve.
« Les gens installés dans la réserve
coupaient les arbres rares pour planter des bananiers à leur
place, afin de se nourrir », explique Ahebwa Judith, directrice
du secteur de l’écotourisme du site de Mabira dépendant de
l’Administration nationale des forêts (NFA) ou National Forestry
Authority. Pire encore, les populations dépendaient largement du
bois pour garantir leurs besoins en énergie qui sont estimés à
une consommation quotidienne de 1 à 2 kilogrammes par personne,
le Burundi par exemple en consomme 0,6 kilogramme par personne,
selon la FAO (Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation
et l’agriculture).
La croissance démographique et l’augmentation
des besoins en combustibles et en terres agricoles exerçaient
des pressions sur les forêts depuis des décennies. Selon un
rapport de la FAO publié en 2001, vers 1890, les forêts
couvraient 45 % du territoire ougandais. Ce taux n’est plus que
de 21 % à l’heure actuelle.
Et ces principales pressions qui s’exerçaient
sur les ressources forestières sont notamment dues aux
stratégies de développement économique et au laxisme de
l’application des règles de protection des forêts. De plus,
selon la NEMA, la déforestation coûte annuellement à l’Ouganda
entre 3 à 6 millions de dollars, une somme importante par
rapport aux revenus du pays. Sans oublier le problème du déclin
de la fertilité des sols dans les zones cultivées, plus
particulièrement lorsque les pressions de la production ne
permettent pas de périodes de jachère suffisantes. Ceci entraîne
une plus grande déforestation et un empiétement par les
communautés locales et par les réfugiés, dont l’impact est
aggravé par un manque de volonté politique. Selon la FAO, la
demande en bois de chauffage (charbon de bois compris) en
Afrique orientale augmentera de plus de 40 % au cours des 30
prochaines années.
Sensibiliser les communautés locales
Les départements des forêts de la sous-région
ont souvent été associés aux ministères responsables de
l’Agriculture, de l’Eau ou de l’Environnement et ont été
institutionnellement éclipsés. Ils ont aussi souvent manqué des
financements nécessaires à la mise en œuvre des règlements, des
activités de protection ou au développement du commerce des
produits forestiers.
« Pour corriger les faiblesses
institutionnelles, la NFA a formé un comité ayant pour but de
lutter contre la déforestation et d’établir les bases du
développement durable du site afin d’y garantir un écotourisme
également durable », selon Ahebwa Judith. Et d’ajouter qu’ils
ont eu recours aux communautés locales qui ont suivi des stages
de sensibilisation à la déforestation et ont été appelées à
replanter ce qui a été déraciné. « La communauté locale est
devenue digne de former des Organisations non gouvernementales
capables de trouver des financements et d’exécuter des projets
de sensibilisation dans les écoles et la société, et parmi les
jeunes », assure Judith. De plus, les femmes vivant dans la
forêt ont été invitées à réaliser des œuvres d’art en utilisant
les matières premières amies de l’environnement comme le bois et
les peaux de bananes, œuvres qu’ils revendent aux touristes
nombreux, venus observer les différentes espèces d’oiseaux.
Par ailleurs, le projet de développement
durable appliqué par la NFA consiste à construire un hôtel
écologique, qui n’utilise que des matières amies de
l’environnement, sur le site même de Mabira, qui on l’espère
créera des emplois pour les populations de la région et aidera à
réduire la pauvreté qui figure parmi les objectifs du millénaire
pour le développement.
Le projet de développement durable de Mabira
commence à porter ses fruits. Aujourd’hui, c’est la communauté
locale qui protège le site après avoir été la première cause de
sa détérioration. Reste à la NFA d’appliquer ces mêmes principes
aux autres forêts de l’Ouganda .
Dalia Abdel-Salam