« Je voudrais m’abonner au service d’Internet
à haut débit (ADSL) mais le montant d’abonnement mensuel est
trop élevé. Je ne peux pas me le permettre. Car mes voisins
d’immeuble refusent de partager avec moi une seule ligne »,
lance Hanaa Moussa. Mais Hanaa et ses voisins seront capables
d’utiliser le service d’ADSL dans le cadre de la nouvelle
initiative qui sera lancée dans un mois par l’Organisme du
contrôle des télécommunications. Cette nouvelle initiative
consiste à réduire de moitié le tarif de l’abonnement. Par
ailleurs, elle comprend aussi la réduction des prix des bandes
de fréquences (Bandweights) et les équipements achetés par les
sociétés fournisseurs du service. « Ces deux éléments
représentent la majeure partie des coûts assumés par les
sociétés d’ADSL en Egypte. Suite à leurs demandes, nous tenons
actuellement des négociations avec la société internationale
Flags, le seul fournisseur dans la région du Moyen-Orient, pour
baisser les prix », déclare le président de l’Organisme du
contrôle des télécommunications, Amr Badawi. Cet organisme est
le seul appareil chargé de fixer les tarifs des
télécommunications et de sanctionner ceux qui cassent les prix
fixés.
Le ministère a voulu réduire les tarifs pour
réaliser l’objectif non atteint dans le cadre de l’ancienne
initiative, arriver à un nombre de clients estimés à 180 000
utilisateurs. En 2004, le ministère des Télécommunications avait
réduit l’abonnement mensuel de 300 à 150 L.E. « Au début de
l’initiative, nous avons prévu l’utilisation de chaque ligne par
un seul client. Malheureusement, nous avons été choqués de voir
qu’au moins 4 à 5 clients co-utilisent la même ligne de façon
illégale. Et ce à cause du prix élevé du montant de l’abonnement
pour les consommateurs. Cette situation a limité les bénéfices
des sociétés fournisseurs du service et les a poussées à réduire
le niveau du service proposé », explique Amr Hachem, conseiller
du ministre des Télécommunications.
D’après les statistiques du ministère des
Télécommunications, le total des clients d’Internet à haut débit
s’est élevé à 100 000 en 2005, contre 3 500 clients en 2004 (avant
l’adoption de l’ancienne initiative). Toutefois, ce chiffre
reste trop bas si on le compare avec les utilisateurs d’Internet
gratuit, au nombre de 4,9 millions de clients en 2005. Cet
Internet dit « gratuit » coûte au client seulement 1,24 L.E. par
heure, ce qui revient à 40 par mois pour une moyenne de 30
heures d’utilisation mensuelle.
« Le taux d’utilisation de l’Internet à haut
débit reste également trop modeste comparé aux pays du Golfe, où
les clients d’ADSL représentent plus de la moitié des clients
d’Internet », souligne Nagui Annis, membre de la chambre des
télécommunications auprès de l’Union égyptienne des industries.
Il prévoit de son côté l’augmentation du total des clients à au
moins un million d’utilisateurs dans deux ans avec l’application
de la nouvelle initiative. Il ajoute aussi que pour baisser les
prix à 75 L.E., les coûts d’équipements devraient être réduits
d’au moins 60 % pour permettre aux sociétés d’ADSL de réaliser
une marge de bénéfice.
Le marché d’Internet à haut débit est
contrôlé par 8 grandes sociétés (LinkDotNet, TE Data, Nile on
Line, Egynet, Raya, Menanet, Yalla Misr et Nour).
Les deux premières sociétés sont les plus
grandes, occupant respectivement 31 % et 28 % du marché d’ADSL
en Egypte. Cent petites agences de vente exercent l’activité de
ces grandes sociétés en sous-traitance. Ces agences apportent
leurs équipements, et le montant de l’abonnement versé par le
client est partagé comme suit : de 10 à 30 % pour les agences de
vente, selon le volume des ventes, et le reste à la société mère.
« Avec l’adoption de la nouvelle initiative, nous serons
capables de couvrir tous les centraux de la République. 300
seulement sur un total de 700 sont couverts par les sociétés
fournisseurs du service », souligne Hani Aziz, directeur du
département de marketing auprès de la société Yalla Misr. Il
explique de son côté que les sociétés d’Internet à haut débit
souffrent de la hausse des prix des équipements et des bandes de
fréquences. Par exemple, ces sociétés s’engagent à payer des
coûts de maintenance des équipements évalués à 80 000 dollars
annuellement. Opinion partagée par Karim Bichara, PDG de
Linkdotnet, qui assure que « le service d’ADSL est plus coûteux
pour les fournisseurs du service que l’Internet gratuit. Il faut
aussi compter les coûts annuels des campagnes de publicité
évaluées à une dizaine de millions de L.E. pour attirer le
maximum de clients. C’est un investissement à haute rentabilité
mais à long terme ». Il ajoute que pour compenser la hausse des
coûts du service d’ADSL, les sociétés fournissent aussi le
service d’Internet gratuit qui n’a besoin ni d’installation ni
de réseaux.
En effet, la hausse des coûts a poussé
certaines sociétés à lancer une campagne de réduction des prix
sans en informer l’Organisme du contrôle des télécommunications.
Sa réponse ne s’est pas fait attendre et il a vite sanctionné
ces sociétés. Ainsi, LinkDotNet et TE Data, qui ont réduit leur
tarifs de moitié, ont été suspendues pour une durée de trois
semaines. Pour dire que l’initiative de réduire les tarifs de
l’ADSL est réellement une bouffée d’oxygène pour tout le monde.
Gilane Magdi