Al-Ahram Hebdo, Enquête |
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 26 avril au 2 mai 2006, numéro 607

 

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Enquête

Technologie de l’information . Le gouvernement a lancé des initiatives pour développer ce secteur. Cependant, certaines d’entre elles n’ont pas porté leurs fruits. Dossier.

Telecom Egypt lâche les PC

L’initiative « Un ordinateur pour chaque foyer », ce géant projet public lancé début 2003, est en train de culbuter après l’intention affichée par Telecom Egypt, la semaine dernière, de se retirer du projet. Telecom Egypt, la société égyptienne qui monopolise les lignes fixes, justifie la décision de son retrait par son refus de couper les lignes de peur de perdre ses clients qui payent régulièrement leurs factures mais qui trouvent par contre une certaine difficulté à rembourser les factures mensuelles de l’ordinateur acheté à crédit. « Dès le début du projet, chaque personne possédant une ligne fixe avait le droit d’obtenir un crédit pour acheter un PC. Telecom présentait les papiers du client désireux d’acheter un PC à la Banque Misr pour percevoir le crédit. Notre client pouvait se diriger directement au central téléphonique pour réserver son tour, et acquérir le PC par le biais du distributeur agréé », explique Achraf Machhour, directeur de l’initiative auprès du ministère des Télécommunications. « Même si Telecom Egypt n’assume pas ses factures mensuelles mais plutôt les deux banques publiques, Ahli et la Banque Misr, je risque de perdre mes clients en leur coupant les lignes de téléphone pour les obliger à rembourser les mensualités », commente Oqeil Béchir, président de Telecom Egypt.

L’initiative a donc commencé sous l’intitulé, un ordinateur pour chaque individu, sous l’impulsion du premier ministre Ahmad Nazif, en novembre 2002, alors ministre des Télécommunications. Ce projet a donné naissance à un autre, celui d’un ordinateur pour chaque foyer. A cette époque, le client remboursait le crédit en payant des sommes mensuelles qui variaient entre 90 et 150 L.E. selon le genre du PC.

Mais avec la nomination de Nazif comme premier ministre en juillet 2004, le projet a pris d’autres dimensions. Il voulait par la nouvelle initiative rendre service à une plus large catégorie. Il a voulu s’adresser cette fois-ci à une couche plus modeste qui peut se permettre de payer une somme mensuelle, au dessous de 49 L.E. « Nazif n’a pu mettre en œuvre ce projet que lorsqu’il a réussi en visitant les Etats-Unis à se mettre d’accord avec les sociétés de technologie de l’information comme Intel pour présenter des offres plus modestes. Ces PC très primitifs servent essentiellement les amateurs », souligne Machhour. Depuis cette date, la Banque Ahli a rejoint la Banque Misr pour fournir le financement nécessaire à ce projet, mais cette fois à travers les cartes intelligentes. « Le client n’a qu’à se diriger vers n’importe quelle société des 28 opérant sur le marché pour présenter ses papiers. Une semaine après, il reçoit le crédit à travers sa carte intelligente et obtient son PC du distributeur agréé », ajoute-t-il. Dès le lancement de ce projet, ces deux banques ont émis des réserves sur les clients qui bénéficieront de ce service sans aucune garantie. Il suffisait d’avoir une ligne de téléphone fixe pour l’obtenir. « Ce qui a élevé le taux des insolvables durant ces trois années à 25 %. Les deux banques cherchent de nouveaux mécanismes susceptibles de garantir leurs droits », assure un responsable auprès du département des visas relatifs au projet auprès de la Banque Ahli, qui a préféré requérir l’anonymat.

Mais l’importance de ce projet n’a pas réussi à faire revenir Telecom Egypt sur sa décision. Cette position ferme de cette dernière est justifiée en fait par la privatisation que la société a adoptée en lançant 20 % de ses actions en Bourse qui lui promet d’accumuler d’énormes chiffres d’affaires. Une raison parmi d’autres qui a obligé le ministère des Télécommunications et de la technologie de l’information à réviser l’initiative, trois ans après son lancement en vue de réévaluer sa performance, ses objectifs et ses stratégies. « Le ministère a donc formé un Haut comité chargé du projet d’un ordinateur pour chaque foyer présidé par Mohamad Salem, le directeur de l’Institut national des télécommunications, et regroupant toutes les sociétés opérant dans ce projet pour émettre leurs points de vue sur les modifications », commente Machhour.

Mohamad Salem, président du Haut comité chargé de la restructuration de l’initiative, assure que dans quelques mois, Telecom Egypt se retirera du projet, ce qui nécessitera de trouver immédiatement une alternative. Il est actuellement question de réfléchir à léguer le projet à Egypt Poste qui gère 14 millions de comptes courants, ce qui lui donne la possibilité d’élargir la base de la clientèle adhérant au projet. Il ajoute que cette restructuration du projet permettra de fixer de nouveaux critères aux sociétés fournisseuses ou distributrices opérant dans ce projet. D’autant plus que les conjonctures et la structure du marché ont changé par rapport au début du lancement de cette initiative. Actuellement, le nombre des sociétés travaillant dans ce domaine entre fournisseurs et distributeurs a atteint 28 sociétés, contre 10 dans la première année du projet. « L’accroissement du nombre de ces sociétés a donné à quelques-unes l’opportunité de frauder en utilisant les crédits accordés par les banques pour faire leurs propres profits et gains sans trop se soucier du client », commente Mohamad Salem, président de la société SICO, fournisseuse des PC dans le projet. Dans ce cadre, Machhour souligne que quatre sociétés ont été suspendues ces deux derniers mois, pour des raisons de malversations. « L’un des buts du Haut comité est de stopper cette fraude et de revoir les critères d’adhésion », assure-t-il. Il ajoute que les sociétés d’assemblage d’ordinateurs essayent par des moyens illégitimes de dominer le plus grand nombre possible de distributeurs d’ordinateurs au Caire et dans tous les gouvernorats pour mieux vendre. Pour sa part, Mohamad Salem, le président du Haut comité chargé de la restructuration du projet, souligne que la cause principale du lancement de ce projet « n’était pas de vendre le plus possible de PC, mais plutôt de diffuser la culture et la technologie en sensibilisant le public en ce sens et en encourageant l’industrie de l’assemblage des PC afin de pouvoir créer des offres de travail et d’exporter », a-t-il mentionné.

Selon une statistique officielle publiée par le ministère des Télécommunications, le nombre des ordinateurs vendus a atteint depuis le lancement du projet et jusqu’à février 2005, 92 000 PC, contre 42 000 depuis février 2005 jusqu’à février 2006. Selon Machhour, le chiffre de vente des PC a atteint en moyenne 5 000 PC par mois, alors que le chiffre estimé s’élève à 17 000 PC. Selon Maha Abdel-Nasser, attachée de presse auprès de la société Centra, participant au projet, « on est loin d’atteindre ce but, mais il me semble qu’avec le Haut comité de restructuration, d’autres mécanismes seront valables comme les caravanes d’ordinateurs qui ont été lancées effectivement dans les gouvernorats de Sohag et d’Assiout pour mieux promouvoir le projet », a-t-elle conclu.

Dahlia Réda

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« Le ministère des Télécommunications ne veut que jouer un rôle politique »

Medhat Khalil, président de la société Raya Holding, critique les politiques du ministère des Télécommunications qui mènent à des monopoles.

Al-Ahram Hebdo : Le ministère des Télécommunications parraine plusieurs initiatives pour répandre l’utilisation de l’ordinateur et de l’Internet. Ces initiatives vous semblent-elles bénéfiques ?

Medhat Khalil : L’objectif de ces initiatives « Un ordinateur pour chaque foyer » et « l’Internet gratuit » a changé avec le temps. Il n’est plus vraiment économique, ni même vise la sensibilisation. Le ministère des Télécommunications ne veut en fait que jouer un rôle politique. Actuellement, le premier ministre Ahmad Nazif, qui était lui-même ministre des Télécommunications, appuie directement ces initiatives, pour répandre l’utilisation des PC et de l’ADSL, pour donner plus de légitimité et de crédibilité à l’existence de son cabinet. C’est pourquoi il a choisi son bras droit, Tareq Kamel, au poste de ministre des Télécommunications, pour garantir la poursuite fidèle de sa politique.

— Pensez-vous que l’initiative « Un ordinateur pour chaque foyer » a été fructueuse ?

— C’est une initiative qui a été vidée de son contenu et qui n’a pas réalisé son objectif. Elle visait notamment à vendre le plus de PC possible, dans le but d’entraîner les Egyptiens à utiliser l’ordinateur. Au fil des années, le nombre de PC vendus était en-deçà des prévisions du ministère (voir article principal). La qualité est devenue médiocre, parce que le ministre des Télécommunications a voulu répandre l’initiative à une plus large clientèle, ce qui l’a poussé à réduire le coût mensuel que le client paye de 90 L.E. à moins de 49 LE, notamment après que le nombre des acheteurs qui peinent à régler leurs crédits mensuels eut considérablement augmenté, causant un problème aux deux banques offrant les crédits, la banque Misr et la banque Ahli. En ce qui concerne Raya Holding, elle a abandonné l’initiative il y a trois mois et ne pense plus y participer.

— Le prix de l’abonnement à l’ADSL (150 L.E. par mois) reste trop élevé pour le consommateur égyptien. Peut-on réduire ces tarifs ?

— Pour que le prix puisse baisser, il faut libéraliser le marché, c’est-à-dire l’ouvrir à plusieurs sociétés qui puissent concurrencer Telecom Egypt (TE). En fait, cette société (majoritairement publique) impose au consommateur une seule entreprise étrangère fournisseur d’ADSL, la multinationale allemande Flag. De plus, TE est la seule à avoir le droit d’étendre le réseau de l’ADSL sur le plan local aux sociétés qui veulent opérer sur le marché. La concurrence en revanche mène à la réduction des prix et à l’amélioration du service. Tant que TE n’aura pas de concurrents sur le marché, les prix ne pourront pas baisser. Et donc il n’y a d’autres moyens pour réduire le prix du service que de le subventionner. Sinon, les sociétés d’ADSL feront faillite.

— Mais le marché renferme quand même un grand nombre de fournisseurs d’ADSL, dont votre entreprise. Ne représentent-ils pas un marché compétitif ?

— Au début, le ministère des Télécommunications a encouragé beaucoup de sociétés à fournir le service d’ADSL. Le marché s’est trouvé alors encombré par un grand nombre de sociétés, bien que la demande ait été encore restreinte. Actuellement, trois grandes sociétés ont la part du lion, et trois autres sont en difficulté et en voie de faillite, cédant leurs parts du marché aux trois grandes. Pour le reste, elles sont trop petites et n’occupent qu’une petite part du marché. Pour ne pas créer un situation de monopole, avec trois grandes seulement sur le marché, cela exige une restructuration de la part du ministère, ou du régulateur, mettant de nouvelles normes pour les sociétés existantes sur le marché.

D.R.

 




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