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Technologie de l’information .
Le gouvernement a lancé des
initiatives pour développer ce secteur. Cependant, certaines
d’entre elles n’ont pas porté leurs fruits. Dossier.
Telecom Egypt lâche les PC
L’initiative « Un ordinateur pour chaque
foyer », ce géant projet public lancé début 2003, est en train
de culbuter après l’intention affichée par Telecom Egypt, la
semaine dernière, de se retirer du projet. Telecom Egypt, la
société égyptienne qui monopolise les lignes fixes, justifie la
décision de son retrait par son refus de couper les lignes de
peur de perdre ses clients qui payent régulièrement leurs
factures mais qui trouvent par contre une certaine difficulté à
rembourser les factures mensuelles de l’ordinateur acheté à
crédit. « Dès le début du projet, chaque personne possédant une
ligne fixe avait le droit d’obtenir un crédit pour acheter un
PC. Telecom présentait les papiers du client désireux d’acheter
un PC à la Banque Misr pour percevoir le crédit. Notre client
pouvait se diriger directement au central téléphonique pour
réserver son tour, et acquérir le PC par le biais du
distributeur agréé », explique Achraf Machhour, directeur de
l’initiative auprès du ministère des Télécommunications. « Même
si Telecom Egypt n’assume pas ses factures mensuelles mais
plutôt les deux banques publiques, Ahli et la Banque Misr, je
risque de perdre mes clients en leur coupant les lignes de
téléphone pour les obliger à rembourser les mensualités »,
commente Oqeil Béchir, président de Telecom Egypt.
L’initiative a donc commencé sous l’intitulé,
un ordinateur pour chaque individu, sous l’impulsion du premier
ministre Ahmad Nazif, en novembre 2002, alors ministre des
Télécommunications. Ce projet a donné naissance à un autre,
celui d’un ordinateur pour chaque foyer. A cette époque, le
client remboursait le crédit en payant des sommes mensuelles qui
variaient entre 90 et 150 L.E. selon le genre du PC.
Mais avec la nomination de Nazif comme
premier ministre en juillet 2004, le projet a pris d’autres
dimensions. Il voulait par la nouvelle initiative rendre service
à une plus large catégorie. Il a voulu s’adresser cette fois-ci
à une couche plus modeste qui peut se permettre de payer une
somme mensuelle, au dessous de 49 L.E. « Nazif n’a pu mettre en
œuvre ce projet que lorsqu’il a réussi en visitant les
Etats-Unis à se mettre d’accord avec les sociétés de technologie
de l’information comme Intel pour présenter des offres plus
modestes. Ces PC très primitifs servent essentiellement les
amateurs », souligne Machhour. Depuis cette date, la Banque Ahli
a rejoint la Banque Misr pour fournir le financement nécessaire
à ce projet, mais cette fois à travers les cartes intelligentes.
« Le client n’a qu’à se diriger vers n’importe quelle société
des 28 opérant sur le marché pour présenter ses papiers. Une
semaine après, il reçoit le crédit à travers sa carte
intelligente et obtient son PC du distributeur agréé »,
ajoute-t-il. Dès le lancement de ce projet, ces deux banques ont
émis des réserves sur les clients qui bénéficieront de ce
service sans aucune garantie. Il suffisait d’avoir une ligne de
téléphone fixe pour l’obtenir. « Ce qui a élevé le taux des
insolvables durant ces trois années à 25 %. Les deux banques
cherchent de nouveaux mécanismes susceptibles de garantir leurs
droits », assure un responsable auprès du département des visas
relatifs au projet auprès de la Banque Ahli, qui a préféré
requérir l’anonymat.
Mais l’importance de ce projet n’a pas réussi
à faire revenir Telecom Egypt sur sa décision. Cette position
ferme de cette dernière est justifiée en fait par la
privatisation que la société a adoptée en lançant 20 % de ses
actions en Bourse qui lui promet d’accumuler d’énormes chiffres
d’affaires. Une raison parmi d’autres qui a obligé le ministère
des Télécommunications et de la technologie de l’information à
réviser l’initiative, trois ans après son lancement en vue de
réévaluer sa performance, ses objectifs et ses stratégies. « Le
ministère a donc formé un Haut comité chargé du projet d’un
ordinateur pour chaque foyer présidé par Mohamad Salem, le
directeur de l’Institut national des télécommunications, et
regroupant toutes les sociétés opérant dans ce projet pour
émettre leurs points de vue sur les modifications », commente
Machhour.
Mohamad Salem, président du Haut comité
chargé de la restructuration de l’initiative, assure que dans
quelques mois, Telecom Egypt se retirera du projet, ce qui
nécessitera de trouver immédiatement une alternative. Il est
actuellement question de réfléchir à léguer le projet à Egypt
Poste qui gère 14 millions de comptes courants, ce qui lui donne
la possibilité d’élargir la base de la clientèle adhérant au
projet. Il ajoute que cette restructuration du projet permettra
de fixer de nouveaux critères aux sociétés fournisseuses ou
distributrices opérant dans ce projet. D’autant plus que les
conjonctures et la structure du marché ont changé par rapport au
début du lancement de cette initiative. Actuellement, le nombre
des sociétés travaillant dans ce domaine entre fournisseurs et
distributeurs a atteint 28 sociétés, contre 10 dans la première
année du projet. « L’accroissement du nombre de ces sociétés a
donné à quelques-unes l’opportunité de frauder en utilisant les
crédits accordés par les banques pour faire leurs propres
profits et gains sans trop se soucier du client », commente
Mohamad Salem, président de la société SICO, fournisseuse des PC
dans le projet. Dans ce cadre, Machhour souligne que quatre
sociétés ont été suspendues ces deux derniers mois, pour des
raisons de malversations. « L’un des buts du Haut comité est de
stopper cette fraude et de revoir les critères d’adhésion »,
assure-t-il. Il ajoute que les sociétés d’assemblage
d’ordinateurs essayent par des moyens illégitimes de dominer le
plus grand nombre possible de distributeurs d’ordinateurs au
Caire et dans tous les gouvernorats pour mieux vendre. Pour sa
part, Mohamad Salem, le président du Haut comité chargé de la
restructuration du projet, souligne que la cause principale du
lancement de ce projet « n’était pas de vendre le plus possible
de PC, mais plutôt de diffuser la culture et la technologie en
sensibilisant le public en ce sens et en encourageant
l’industrie de l’assemblage des PC afin de pouvoir créer des
offres de travail et d’exporter », a-t-il mentionné.
Selon une statistique officielle publiée par
le ministère des Télécommunications, le nombre des ordinateurs
vendus a atteint depuis le lancement du projet et jusqu’à
février 2005, 92 000 PC, contre 42 000 depuis février 2005
jusqu’à février 2006. Selon Machhour, le chiffre de vente des PC
a atteint en moyenne 5 000 PC par mois, alors que le chiffre
estimé s’élève à 17 000 PC. Selon Maha Abdel-Nasser, attachée de
presse auprès de la société Centra, participant au projet, « on
est loin d’atteindre ce but, mais il me semble qu’avec le Haut
comité de restructuration, d’autres mécanismes seront valables
comme les caravanes d’ordinateurs qui ont été lancées
effectivement dans les gouvernorats de Sohag et d’Assiout pour
mieux promouvoir le projet », a-t-elle conclu.
Dahlia Réda |
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« Le ministère des Télécommunications ne veut
que jouer un rôle politique »
Medhat Khalil,
président de la société Raya
Holding, critique les politiques du ministère des
Télécommunications qui mènent à des monopoles.
Al-Ahram Hebdo : Le ministère des
Télécommunications parraine plusieurs initiatives pour répandre
l’utilisation de l’ordinateur et de l’Internet. Ces initiatives
vous semblent-elles bénéfiques ?
Medhat Khalil :
L’objectif de ces initiatives « Un
ordinateur pour chaque foyer » et « l’Internet gratuit » a
changé avec le temps. Il n’est plus vraiment économique, ni même
vise la sensibilisation. Le ministère des Télécommunications ne
veut en fait que jouer un rôle politique. Actuellement, le
premier ministre Ahmad Nazif, qui était lui-même ministre des
Télécommunications, appuie directement ces initiatives, pour
répandre l’utilisation des PC et de l’ADSL, pour donner plus de
légitimité et de crédibilité à l’existence de son cabinet. C’est
pourquoi il a choisi son bras droit, Tareq Kamel, au poste de
ministre des Télécommunications, pour garantir la poursuite
fidèle de sa politique.
— Pensez-vous que l’initiative « Un
ordinateur pour chaque foyer » a été fructueuse ?
— C’est une initiative qui a été vidée de son
contenu et qui n’a pas réalisé son objectif. Elle visait
notamment à vendre le plus de PC possible, dans le but
d’entraîner les Egyptiens à utiliser l’ordinateur. Au fil des
années, le nombre de PC vendus était en-deçà des prévisions du
ministère (voir article principal). La qualité est devenue
médiocre, parce que le ministre des Télécommunications a voulu
répandre l’initiative à une plus large clientèle, ce qui l’a
poussé à réduire le coût mensuel que le client paye de 90 L.E. à
moins de 49 LE, notamment après que le nombre des acheteurs qui
peinent à régler leurs crédits mensuels eut considérablement
augmenté, causant un problème aux deux banques offrant les
crédits, la banque Misr et la banque Ahli. En ce qui concerne
Raya Holding, elle a abandonné l’initiative il y a trois mois et
ne pense plus y participer.
— Le prix de l’abonnement à l’ADSL (150 L.E.
par mois) reste trop élevé pour le consommateur égyptien. Peut-on
réduire ces tarifs ?
— Pour que le prix puisse baisser, il faut
libéraliser le marché, c’est-à-dire l’ouvrir à plusieurs
sociétés qui puissent concurrencer Telecom Egypt (TE). En fait,
cette société (majoritairement publique) impose au consommateur
une seule entreprise étrangère fournisseur d’ADSL, la
multinationale allemande Flag. De plus, TE est la seule à avoir
le droit d’étendre le réseau de l’ADSL sur le plan local aux
sociétés qui veulent opérer sur le marché. La concurrence en
revanche mène à la réduction des prix et à l’amélioration du
service. Tant que TE n’aura pas de concurrents sur le marché,
les prix ne pourront pas baisser. Et donc il n’y a d’autres
moyens pour réduire le prix du service que de le subventionner.
Sinon, les sociétés d’ADSL feront faillite.
— Mais le marché renferme quand même un grand
nombre de fournisseurs d’ADSL, dont votre entreprise. Ne
représentent-ils pas un marché compétitif ?
— Au début, le ministère des
Télécommunications a encouragé beaucoup de sociétés à fournir le
service d’ADSL. Le marché s’est trouvé alors encombré par un
grand nombre de sociétés, bien que la demande ait été encore
restreinte. Actuellement, trois grandes sociétés ont la part du
lion, et trois autres sont en difficulté et en voie de faillite,
cédant leurs parts du marché aux trois grandes. Pour le reste,
elles sont trop petites et n’occupent qu’une petite part du
marché. Pour ne pas créer un situation de monopole, avec trois
grandes seulement sur le marché, cela exige une restructuration
de la part du ministère, ou du régulateur, mettant de nouvelles
normes pour les sociétés existantes sur le marché.
D.R. |
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