Bien sûr qu’il y a un problème, un
grand problème même. Tout d’abord, il faut que tout le monde
sache, à savoir le gouvernement et les citoyens, que lorsqu’un
citoyen confronte un danger quelconque, ceci touche et influence
tout le pays et non pas une simple catégorie. Il en est de même
pour ce qui s’est passé. Lorsqu’une personne attaque une église
et des chrétiens, les conséquences ne retombent pas uniquement
sur les seuls chrétiens mais sur tout le pays. Les coptes en
Egypte souffrent dans presque tous les domaines. Je peux en
citer quelques petits exemples. Dans les différents postes-clefs,
ils ne sont généralement pas acceptés. Les médias et les
journaux nationaux n’évoquent jamais leur religion, même les
enfants dans les écoles souffrent car ils sont traités comme
s’ils étaient inférieurs aux musulmans. Les programmes scolaires
leur imposent des versets coraniques qu’ils sont obligés
d’apprendre sans oublier les phrases provocatrices comme la
vraie religion est l’islam. Comment en tant que mère chrétienne
je peux apprendre cela à mon fils ?
— Peut-on dire que cette affaire d’Alexandrie
a exacerbé davantage la colère ?
— Le chrétien égyptien souffrait même avant
cette affaire sur le plan de sa citoyenneté. La citoyenneté est
définie comme des droits et des devoirs. Ces derniers sont
représentés par exemple par les impôts. L’Etat en retour doit
nous présenter des services. Mais rien de tout cela dans les
faits. Tout comme les musulmans, les chrétiens payent leurs
impôts et pourtant ne bénéficient pas de services. Le président
de la République veille à consacrer un quota dans les emplois
gouvernementaux aux chrétiens qui sont toujours accaparés par
des musulmans qui prétendent par la suite qu’aucun chrétien ne
s’y est présenté. Les programmes religieux diffusés à la
télévision ne sont que pour les musulmans et s’ils invitent des
chrétiens, ils ne choisissent que les hypocrites qui ne disent
que ce qui leur plaît. Donc je crois que dans ces conditions, on
est loin de parler de citoyenneté.
— Qu’est-ce qui a donné de l’ampleur à cette
affaire et pourquoi aujourd’hui précisément ?
— Tout simplement parce qu’on n’osait jamais
avouer qu’il y avait un vrai problème. Il est vrai que la
plupart de mes amies sont des musulmanes et je m’entends très
bien avec elles, mais cela n’empêche pas qu’il y a un problème.
Les violences qui ont eu lieu à Alexandrie sont provoquées par
les violences morales dont sont nourris les Egyptiens depuis
leur enfance. On peut très bien s’attendre à des affaires comme
celles-ci de la part d’une personne qui a grandi avec l’idée que
le christianisme n’est pas une vraie religion et de toute façon
inférieure à l’islam.
Nous avons besoin d’un moment de vérité pour
avouer que nous vivons un vrai problème et surtout ne pas jeter
la pierre aux pays étrangers en disant qu’une main invisible
essaye de semer la discorde entre les Egyptiens ni même dire
qu’un malade mental en est l’auteur.
Chaïmaa Abdel-Hamid