Martyrs ou rebelles chiites ? Les Portraits
d’Achoura captés par l’artiste Nermine Hammam mettent en relief
la souffrance corporelle ainsi que les vives émotions
qu’éprouvent les chiites de par le monde, notamment en Iraq, en
Afghanistan, au Bahreïn et au Liban.
Nermine Hammam, diplômée de l’Université de
New York, précisément de Tisch School of Arts, a pris ses photos
à Nabatiyé (Sud-Liban), entre 2004 et 2006. C’est-à-dire au
lendemain de la guerre contre l’Iraq et la chute de Bagdad. Et à
l’heure où les médias ont transformé les convictions chiites en
un thème à la mode, en tant que photographe, Hammam a voulu
capter de près les sentiments et les diverses opinions
concernant la tradition d’Achoura, qui se déroule tous les ans,
le 10 de Moharram. Ce, afin de célébrer la mémoire d’Al-Husssein,
le petit-fils du prophète, mort durant la bataille de Kerbala en
l’an 61 de l’hégire. Les chiites s’autoflagellent et subissent
plusieurs tortures physiques afin de se déculpabiliser, ne
pouvant oublier qu’ils avaient abandonné Hussein à son sort.
Le clair-obscur accentue la dramatisation de
ces portraits. Il s’agit de photos digitales, retouchées à
l’aide de la peinture et rehaussées en couleurs. Les images
s’enchaînent comme dans un reportage-photo. Des gros plans
servent à mettre en relief des visages et des expressions,
allant de la souffrance à la soumission. Et des dessins en noir
et blanc transmettent l’atmosphère d’agonie et de sang, dominant
Achoura. Des hommes et des enfants, en détresse, baissent les
yeux, prient, les regards apeurés.
Les photos sont comme figées, dans un horizon
lumineux. Elles surgissent tel un soleil dont les rayons
s’infiltrent à travers les barreaux d’une grande prison. Achoura
se déroule en Iraq sur fond de guerre. Malgré tout, les gens
restent fidèles à leur tradition religieuse. Ils s’y attachent
de plus en plus, à l’ombre d’un regain islamique.
Outre le côté violent, un autre aspect
esthétique prend le dessus. Calligraphie et peinture s’ajoutent
aux photos, créant un effet hors pair. La technique digitale
multiplie les possibilités, et élargit les dimensions. Ceci dit,
les œuvres de Hammam peuvent être lues, à des niveaux très
différents, en fonction du récepteur lequel est censé replacer
les photos dans leur contexte politique et social. Il peut ainsi
y voir une tradition ensanglantée ou les dynamiques d’une
culture pop, des héros ou des vilains. Certes, la couverture
médiatique offerte par les médias peut influencer la vision des
choses. Par exemple, en regardant les photos, il faut tenir
compte du fait que l’autoflagellation (présente sur l’une des
photos qui captent le plus l’attention) n’est plus pratiquée
comme auparavant. Il faut savoir contextualiser.