Al-Ahram Hebdo,Arts |Zoom sur Achoura
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 Semaine du 26 avril au 2 mai 2006, numéro 607

 

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Arts

Photos . Nermine Hammam a choisi de capter et de retoucher des portraits lors des célébrations d’Achoura.

Zoom sur Achoura

Martyrs ou rebelles chiites ? Les Portraits d’Achoura captés par l’artiste Nermine Hammam mettent en relief la souffrance corporelle ainsi que les vives émotions qu’éprouvent les chiites de par le monde, notamment en Iraq, en Afghanistan, au Bahreïn et au Liban.

Nermine Hammam, diplômée de l’Université de New York, précisément de Tisch School of Arts, a pris ses photos à Nabatiyé (Sud-Liban), entre 2004 et 2006. C’est-à-dire au lendemain de la guerre contre l’Iraq et la chute de Bagdad. Et à l’heure où les médias ont transformé les convictions chiites en un thème à la mode, en tant que photographe, Hammam a voulu capter de près les sentiments et les diverses opinions concernant la tradition d’Achoura, qui se déroule tous les ans, le 10 de Moharram. Ce, afin de célébrer la mémoire d’Al-Husssein, le petit-fils du prophète, mort durant la bataille de Kerbala en l’an 61 de l’hégire. Les chiites s’autoflagellent et subissent plusieurs tortures physiques afin de se déculpabiliser, ne pouvant oublier qu’ils avaient abandonné Hussein à son sort.

Le clair-obscur accentue la dramatisation de ces portraits. Il s’agit de photos digitales, retouchées à l’aide de la peinture et rehaussées en couleurs. Les images s’enchaînent comme dans un reportage-photo. Des gros plans servent à mettre en relief des visages et des expressions, allant de la souffrance à la soumission. Et des dessins en noir et blanc transmettent l’atmosphère d’agonie et de sang, dominant Achoura. Des hommes et des enfants, en détresse, baissent les yeux, prient, les regards apeurés.

Les photos sont comme figées, dans un horizon lumineux. Elles surgissent tel un soleil dont les rayons s’infiltrent à travers les barreaux d’une grande prison. Achoura se déroule en Iraq sur fond de guerre. Malgré tout, les gens restent fidèles à leur tradition religieuse. Ils s’y attachent de plus en plus, à l’ombre d’un regain islamique.

Outre le côté violent, un autre aspect esthétique prend le dessus. Calligraphie et peinture s’ajoutent aux photos, créant un effet hors pair. La technique digitale multiplie les possibilités, et élargit les dimensions. Ceci dit, les œuvres de Hammam peuvent être lues, à des niveaux très différents, en fonction du récepteur lequel est censé replacer les photos dans leur contexte politique et social. Il peut ainsi y voir une tradition ensanglantée ou les dynamiques d’une culture pop, des héros ou des vilains. Certes, la couverture médiatique offerte par les médias peut influencer la vision des choses. Par exemple, en regardant les photos, il faut tenir compte du fait que l’autoflagellation (présente sur l’une des photos qui captent le plus l’attention) n’est plus pratiquée comme auparavant. Il faut savoir contextualiser.

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