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 Semaine du 26 avril au 2 mai 2006, numéro 607

 

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Cinéma . Lors de la 12e édition du Festival national du cinéma égyptien (18-26 avril), les courts métrages ont fait de l’effet avec leurs clins d’œil à la réalité.

Les courts métrages ont la vedette

L’utilisation généralisée du numérique a changé la donne des courts métrages présentés par le festival. De nouvelles manières de produire y apparaissent, bouleversant leur économie et influençant leurs avancées esthétiques. Les films autoproduits par les réalisateurs, ou nés d’une production associative, se sont avérés des plus intéressants. Les solutions qu’ils apportent aux problèmes du présent vont à contre-courant de ce que la création offre de plus neuf. Ils interrogent les diverses strates sociales et espaces privés pour comprendre ou faire comprendre.

Les films les plus en vue étaient : Gheniwat al-tir (Chant des oiseaux) de Attiya Al-Dardiri, Al-Guineih al-khamès (La Cinquième livre) d’Ahmad Khaled, Sabah Al-fol (Bonne journée) de Chérif Al-Bendari, Al-Ahlam (Les Rêves) d’Ahmad Oweiss, Leilat 20 mars (La Nuit du 20 mars) de Lamis Saleh. Qu’en retenir ? Une ligne de force et une sensation. Ligne de force : la référence à un réel, la rencontre entre réalités et regards affirment l’absence d’inspiration des jeunes vis-à-vis de l’avenir, l’impossibilité de voir une issue au trou, à l’impasse de l’ennui existentiel, du chômage et du manque de débouchés. Une impression d’injustice. Leur amour meurtri et leurs espoirs déçus dans la vie se cherchent à vue une nouvelle destinée. Ils basculent dans la folle exaspération, l’intoxication. Tous ces films sont traversés d’une énergie brutale, flirtant parfois avec le fantastique. Mais la modestie des moyens et un moindre souci formaliste permettent à leur rage modelée profil bas de faire de leur modernité notre complice. Toutefois, une sensation prime : le tissage de récits, de vibrations, où le fantasme, le sexe, l’ivresse et les hallucinations se font écho.

Quelques repères, inévitablement partiels, s’imposent. Dans Al-Agouz wal sahraa (Le Vieillard et le désert) de Sayed Eissawi, l’observation attentive de quelques pans du réel se peuple de réminiscences, d’angoisses personnelles et collectives. Ali (Mohamad Nagati) dans le film veut épouser sa bien-aimée, mais manque de ressources. Il cherche à émigrer. Mais au cours d’un voyage pour Hurghada, il descend du bus et va s’isoler dans le désert pour tout remettre en question. Un vieillard qui habite le désert le récupère et se tresse entre eux subtilement une amitié, pour donner au film à la fois son unité, sa respiration et sa puissance. Le vieillard initie Ali au devoir de travailler, de se réaliser dans toute œuvre qu’il entreprend et de s’accrocher à ses objectifs. Ainsi, miraculeusement le défi devient émouvant.

Un autre film mérite aussi le détour, Achane tertahou (Pour vous faire plaisir) d’Ahmad Abdallah. Il prend à rebrousse-poil tous les clichés où l’arrimage au réel sert souvent de caution à toutes les paresses. Mona, une assistante-réalisateur, y tente sans succès d’écrire et de tourner son premier film. Elle fait fixation sur la publicité d’un magasin de réparation de pianos, datant des années 1940, et se voit projetée dans le passé, au seuil du magasin, où son propriétaire l’invite à écouter le disque de Abdel-Wahab qui vient d’être lancé sur le marché. Le film devient passionnant par cette élégance fantasmagorique.

Pour faire bonne mesure, évoquons aussi le film Gooan (But) de Zaki Al-Naggar, où le milieu rural, rugueux de misère, vient à la lumière. Sa beauté se trouve explicitement dans l’attitude de jeunes enfants qui défient la peur, leurs incertitudes juvéniles et les assauts d’un fou affranchi des codes et des jugements moraux. Leur quête sauvage d’un espace de jeu dans un univers rural sous défonce chronique suscite notre admiration. Elle alimente une songerie secrètement dialectique sur la part d’enfance que nous conservons au fond de nous-mêmes, vivace et jamais enrayée par les vicissitudes de la vie.

Cependant, à part le documentaire The Place I call Home (Le Lieu que j’appelle ma patrie) de Tamer Ezzat, qui élucide la notion d’appartenance à la patrie, les documentaires présentés par le festival se révèlent vierges de toute argumentation idéologique ou politique. Au lieu d’interroger, caméra au poing, les conditions de vie de la population, dessinant en négatif ou en positif l’histoire politique et sociale récente, ils se cantonnent dans le recensement des effets stylistiques et esthétiques de la description des oasis, de l’art ancien propre aux époques révolues, du savoir-faire de musiciens, de peintres ou de simples artisans. Nous avons vu cela dans des films tels Konouz masriya (Trésors égyptiens) de Eissa Mokhtar, Saher al-nagham (Magicien du chant) de Sami Sorour ou Lamha an Hassan Fathi (Détail de la vie de Hassan Fathi).

C’est ainsi que pendant que les courts métrages ancrés dans leurs environnements esthétiques et imaginaires sont capables de se renvoyer la balle par-dessus les frontières artistiques et géopolitiques, les documentaires refusent de se détacher d’une cécité qui caractérise leurs choix par rapport au réel.

Amina Hassan

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