Iraq . Le nouveau premier ministre iraqien, Jawad Al-Maliki, dispose d’un mois pour former un gouvernement qui aura la dure tâche de contrer la violence et de préserver l’unité du pays.

A l’heure des défis

Il aura fallu des mois d’âpres négociations et d’intenses pressions externes pour que les différentes parties iraqiennes parviennent enfin à surmonter leurs clivages et à s’entendre finalement sur les postes-clés de l’Etat iraqien. C’est samedi dernier, après de multiples reports d’une réunion du Parlement et une obstination acharnée de l’ancien premier ministre, Ibrahim Jaafari, désigné à la suite des législatives de décembre dernier, que ce dernier a baissé les bras et accepté d’abandonner son poste.

L’Iraq s’est donc finalement doté d’une présidence qui a chargé un nouveau premier ministre de former un cabinet, après avoir désigné un chef du Parlement et ses adjoints. Fruit de longues discussions, de savants équilibres à caractère ethnique et confessionnel, alors que la violence n’a cessé de croître, sans compter les pressions américaine et britannique, le nouvel exécutif s’est mis en place. Le président Jalal Talabani a été réélu et a demandé au chiite Jawad Al-Maliki, du bloc parlementaire dominant, de former le cabinet. Selon la Constitution, une fois nommé à ce poste, le nouveau premier ministre doit s’atteler à former un gouvernement dans un délai de 30 jours. Deux vice-présidents, le chiite Adel Abdel-Mehdi et le sunnite Tarek Al-Hachémi, ont également été nommés samedi. De même, les députés ont aussi élu le sunnite Mahmoud Machhadani à la tête de l’Assemblée.

Avec ces nominations, la crise politique dans laquelle le pays était plongé a commencé à se dissiper. Mais il n’y a pas pour autant de quoi se réjouir ou crier victoire. En effet, le chiite Jawad Al-Maliki se trouve maintenant face au défi de former un gouvernement fort pour maîtriser la violence et contrôler les milices en Iraq. Il dispose d’un mois pour le faire au milieu d’appels américains pressants à un cabinet d’union nationale et à un contrôle des nombreuses milices armées qui opèrent dans le pays.

Travail d’identification

A ce sujet, l’unanimité fait déjà défaut. Dans sa première intervention devant le Parlement après avoir été désigné à la tête de l’exécutif, Jawad Al-Maliki a annoncé samedi son intention d’intégrer les milices armées dans les forces de sécurité. « Les armées doivent être uniquement aux mains du gouvernement et il existe une loi prévoyant d’intégrer les milices dans les forces de sécurité », a-t-il déclaré, en précisant qu’il « existe actuellement onze milices appartenant à des partis politiques ». Ce sont les Etats-Unis qui pressent les autorités iraqiennes à désarmer les milices, dont certaines sont accusées d’agir en dehors de la loi. D’autant plus que la récente flambée de violence confessionnelle en Iraq, qui a fait plusieurs centaines de morts, a souvent été imputée par les sunnites à des milices portant des uniformes des forces de sécurité. Mais il reste un travail d’identification des milices qui doivent obéir à cette décision. En juin 2004, le premier ministre de l’époque, Iyad Allaoui, avait annoncé un accord pour démanteler les milices, dont les 100 000 membres devaient rejoindre les forces de sécurité ou revenir à la vie civile au début de 2005. L’armée du Mehdi, du leader radical chiite Moqtada Sadr, n’était pas partie prenante de cet accord, qui concernait les forces armées de deux formations kurdes (Parti démocratique du Kurdistan, Union patriotique du Kurdistan), de trois mouvements chiites (Organisation Badr, Daawa, Hezbollah d’Iraq), d’une organisation sunnite (Parti islamique d’Iraq) et de trois mouvements laïques. Cependant, cet accord ne s’était pas traduit dans les faits. Et la question la plus délicate reste celle des combattants kurdes, les peshmergas, qui assurent la sécurité dans les trois provinces du Kurdistan iraqien (Soulaimaniyah, Dohouk et Erbil), dans le nord du pays, depuis l’établissement de l’autonomie de la région en 1991, après la première guerre du Golfe. Le président iraqien, le Kurde Jalal Talabani, a d’ores et déjà fait savoir que les peshmergas n’étaient pas une milice mais une « force régulière ».

« Succès historique »

Autre défi majeur alors que la violence continue de faire rage en Iraq, éviter que le pays ne sombre dans une guerre civile. Le président américain George W. Bush, qui a salué la formation d’un nouvel exécutif iraqien comme un « succès historique », a indiqué avoir appelé M. Al-Maliki et d’autres dirigeants pour leur dire qu’ils avaient la responsabilité d’œuvrer à l’unité du pays. « Je leur ai dit qu’ils avaient d’énormes responsabilités envers leur peuple : ils ont la responsabilité de vaincre les terroristes et d’unifier leur pays et je crois qu’ils vont y parvenir », a déclaré M. Bush.

Mais en attendant, le premier pas est de former le gouvernement et de ne pas s’éterniser dans des tractations entre les différents blocs comme cela avait été le cas au lendemain des législatives du 15 décembre dernier. A ce sujet, un député chiite, Abbass Bayati, s’est dit optimiste. « Si tout se passe bien, nous pourrions avoir un nouveau gouvernement dans les deux semaines qui viennent. Les blocs ont déjà leurs candidats et les discussions ont déjà commencé », a-t-il déclaré. « Le peuple iraqien ne comprendrait ni n’accepterait de nouveaux retards », a de son côté estimé le laïc chiite et ancien premier ministre Iyad Allaoui, dont le mouvement ne compte pour l’instant aucun représentant à la tête de l’Etat.

Abir Taleb