Après
deux semaines de tension, le régime tchadien a réitéré son
intention d'organiser coûte que coûte l'élection présidentielle
du 3 mai prochain. Pourtant, la situation est loin d'être stable
et selon certaines informations, la rébellion du Front Uni pour
le Changement (FUC) serait en train de se réarmer en vue d'une
nouvelle offensive que N'Djamena accuse le Soudan de préparer.
Comme il l'avait déjà promis le 13 avril, le fracas de la
bataille de N'Djamena à peine calmé, le président-candidat,
Idriss Deby Itno, a répété que le premier tour du scrutin
présidentiel serait maintenu le 3 mai. « Il n'y a aucune autre
force qui puisse empêcher la tenue des élections », a-t-il
insisté. Le président tchadien a également insisté sur le fait
que l'Armée Nationale Tchadienne (ANT) avait totalement
démantelé les colonnes rebelles du FUC. « La situation est sous
contrôle sur l'ensemble du territoire, le calme et la stabilité
vont revenir dans le pays », a-t-il assuré.
Au pouvoir depuis 1990, le président Deby,
qui a modifié la Constitution il y a un an pour pouvoir briguer
un nouveau mandat, est le grandissime favori d'un scrutin où il
affronte quatre autres candidats, tous issus de partis
représentés dans son gouvernement. Les partis d'opposition ont
préféré boycotter l'élection, qu'ils jugent pipée et jouée
d'avance, et appelé les forces politiques du pays à un «
dialogue national ». Un scénario encouragé par certains
bailleurs de fonds que le pouvoir a jusque-là écarté d'un revers
de main.
Mais Idriss Deby se trouve en mauvaise
posture avec d'un côté les accusations de l'opposition, et même
au sein de son clan, de corruption et de mauvaise gestion de la
manne pétrolière, et de l'autre les menaces toujours présentes
de la rébellion du FUC. En effet, même si le front militaire
était calme au courant de la semaine dernière, les autorités
s'inquiètent d'une possible reprise des opérations de la
rébellion à l'approche du scrutin. Un porte-parole du FUC,
Albissaty Saleh Allazam, n'a d'ailleurs pas fait mystère de ses
intentions de « tout faire pour empêcher l'élection ». « La
stratégie des rebelles va consister à essayer de prendre un
maximum de villes hors de N'Djamena pour y empêcher le scrutin
», a confirmé sous couvert de l'anonymat un responsable
militaire tchadien.
De même, en accusant à plusieurs reprises ces
derniers jours le Soudan de réarmer les rebelles en vue d'une
nouvelle offensive, les autorités n'ont pas caché qu'elles se
préparaient à de nouveaux combats. « Je vous promets que nous
mettrons en déroute toute tentative de déstabilisation de notre
pays par les mercenaires à la solde du criminel Omar Al-Béchir
(le président soudanais) », a déclaré le président Deby. Il a
exhorté l'Union Européenne (UE) et l'Union Africaine (UA) à «
condamner Omar Al- Béchir avant que ce dernier ne mette la
région à feu et à sang » et a demandé à la population de «
rester vigilante car Béchir n'a pas baissé les bras ».
Mission de l'UA
A ce sujet, l'UA) a envoyé cette semaine une
délégation au Tchad pour enquêter sur les accusations portées
par N'Djamena contre le Soudan et évaluer la situation politique
dans le pays. « La délégation aura notamment pour mission de
voir quelles preuves le Tchad peut apporter d'une invasion (de
son pays) par le Soudan et de considérer la situation politique
au Tchad », a déclaré le vice-président de la Commission de l'UA,
Patrick Mazimhaka, précisant que cette mission resterait quatre
jours sur place. « Il s'agit d'avoir des informations concrètes.
Cette délégation devra ensuite faire son rapport au Conseil de
paix et de sécurité pour voir quelle action entreprendre », a
poursuivi M. Mazimhaka.
La délégation composée de six fonctionnaires
des départements de la paix et la sécurité et des affaires
politiques de l'UA devrait rencontrer le président tchadien
Idriss Deby et les différentes forces politiques tchadiennes. «
Il s'agit de voir comment amener les différentes forces à un
dialogue pour apaiser la situation actuelle », a expliqué de son
côté un fonctionnaire de l'UA sous couvert d'anonymat. Le
président tchadien Deby a dénoncé la « politique de l'autruche »
de l'UA dans le conflit qui l'oppose au Soudan voisin, lui
reprochant de ne pas condamner assez fermement « l'agression »
dont il se dit victime de la part de Khartoum. Mazimhaka a
refusé de commenter ces critiques. Le régime du président
tchadien a rompu ses relations diplomatiques avec le Soudan.
Maha Salem