Al-Ahram Hebdo, Afrique | Guerre de nerfs
  Président Salah Al-Ghamry
 
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 Semaine du 26 avril au 2 mai 2006, numéro 607

 

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Afrique

Tchad . Les autorités maintiennent la date du 3 mai pour la tenue des présidentielles malgré un climat de tension persistant et des menaces d'une nouvelle offensive de la rébellion.

Guerre de nerfs

Après deux semaines de tension, le régime tchadien a réitéré son intention d'organiser coûte que coûte l'élection présidentielle du 3 mai prochain. Pourtant, la situation est loin d'être stable et selon certaines informations, la rébellion du Front Uni pour le Changement (FUC) serait en train de se réarmer en vue d'une nouvelle offensive que N'Djamena accuse le Soudan de préparer. Comme il l'avait déjà promis le 13 avril, le fracas de la bataille de N'Djamena à peine calmé, le président-candidat, Idriss Deby Itno, a répété que le premier tour du scrutin présidentiel serait maintenu le 3 mai. « Il n'y a aucune autre force qui puisse empêcher la tenue des élections », a-t-il insisté. Le président tchadien a également insisté sur le fait que l'Armée Nationale Tchadienne (ANT) avait totalement démantelé les colonnes rebelles du FUC. « La situation est sous contrôle sur l'ensemble du territoire, le calme et la stabilité vont revenir dans le pays », a-t-il assuré.

Au pouvoir depuis 1990, le président Deby, qui a modifié la Constitution il y a un an pour pouvoir briguer un nouveau mandat, est le grandissime favori d'un scrutin où il affronte quatre autres candidats, tous issus de partis représentés dans son gouvernement. Les partis d'opposition ont préféré boycotter l'élection, qu'ils jugent pipée et jouée d'avance, et appelé les forces politiques du pays à un « dialogue national ». Un scénario encouragé par certains bailleurs de fonds que le pouvoir a jusque-là écarté d'un revers de main.

Mais Idriss Deby se trouve en mauvaise posture avec d'un côté les accusations de l'opposition, et même au sein de son clan, de corruption et de mauvaise gestion de la manne pétrolière, et de l'autre les menaces toujours présentes de la rébellion du FUC. En effet, même si le front militaire était calme au courant de la semaine dernière, les autorités s'inquiètent d'une possible reprise des opérations de la rébellion à l'approche du scrutin. Un porte-parole du FUC, Albissaty Saleh Allazam, n'a d'ailleurs pas fait mystère de ses intentions de « tout faire pour empêcher l'élection ». « La stratégie des rebelles va consister à essayer de prendre un maximum de villes hors de N'Djamena pour y empêcher le scrutin », a confirmé sous couvert de l'anonymat un responsable militaire tchadien.

De même, en accusant à plusieurs reprises ces derniers jours le Soudan de réarmer les rebelles en vue d'une nouvelle offensive, les autorités n'ont pas caché qu'elles se préparaient à de nouveaux combats. « Je vous promets que nous mettrons en déroute toute tentative de déstabilisation de notre pays par les mercenaires à la solde du criminel Omar Al-Béchir (le président soudanais) », a déclaré le président Deby. Il a exhorté l'Union Européenne (UE) et l'Union Africaine (UA) à « condamner Omar Al- Béchir avant que ce dernier ne mette la région à feu et à sang » et a demandé à la population de « rester vigilante car Béchir n'a pas baissé les bras ».

Mission de l'UA

A ce sujet, l'UA) a envoyé cette semaine une délégation au Tchad pour enquêter sur les accusations portées par N'Djamena contre le Soudan et évaluer la situation politique dans le pays. « La délégation aura notamment pour mission de voir quelles preuves le Tchad peut apporter d'une invasion (de son pays) par le Soudan et de considérer la situation politique au Tchad », a déclaré le vice-président de la Commission de l'UA, Patrick Mazimhaka, précisant que cette mission resterait quatre jours sur place. « Il s'agit d'avoir des informations concrètes. Cette délégation devra ensuite faire son rapport au Conseil de paix et de sécurité pour voir quelle action entreprendre », a poursuivi M. Mazimhaka.

La délégation composée de six fonctionnaires des départements de la paix et la sécurité et des affaires politiques de l'UA devrait rencontrer le président tchadien Idriss Deby et les différentes forces politiques tchadiennes. « Il s'agit de voir comment amener les différentes forces à un dialogue pour apaiser la situation actuelle », a expliqué de son côté un fonctionnaire de l'UA sous couvert d'anonymat. Le président tchadien Deby a dénoncé la « politique de l'autruche » de l'UA dans le conflit qui l'oppose au Soudan voisin, lui reprochant de ne pas condamner assez fermement « l'agression » dont il se dit victime de la part de Khartoum. Mazimhaka a refusé de commenter ces critiques. Le régime du président tchadien a rompu ses relations diplomatiques avec le Soudan.

Maha Salem

 




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