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From : « seerehwenfadha7et
»
Date: 16/7/2004
Subject: Une
aventure inoubliable
Seuls ceux qui
ont le goût du risque peuvent découvrir à quel point leur
but est proche.
T.S. Eliot
Je suis très
inspirée par les versets, les dires du prophète et les citations
religieuses que j’insère dans mes mails, et aussi par les
citations célèbres et les chansons. Est-ce que c’est une contradiction
comme certains le prétendent ? Est-ce que je dois mentir et
prétendre que je suis démodée et que je n'ai qu'une seule
passion ? Je suis comme n’importe quelle jeune fille de mon
âge, comme n’importe quel être humain. La seule différence
entre eux et moi, c’est que je ne me cache pas, que je n’aime
pas me taire et que je n’ai pas honte d’être ce que je suis.
***
C’est en accompagnant
Fatma à la gare en voiture, que Lamis rencontra le frère de
son amie. Ali était plus âgé de quatre ans ; il étudiait également
la médecine mais c’était la première fois qu’elle le rencontrait,
devant ce train en partance pour Al-Qatif. Il avait décidé
de prendre le train parce que sa voiture, qu’il prenait généralement
pour ce voyage, était en panne.
Lamis trouvait
la relation de Fatma avec son frère assez bizarre. Ali habitait
avec ses amis dans un de ces appartements qui étaient loués
aux étudiants venant de l’extérieur de Riyad, tandis que sa
sœur habitait ailleurs, dans un autre appartement. Il ne venait
la voir qu’assez rarement car ils préféraient tous deux passer
du temps avec leurs amis. Chaque week-end, il partait en voiture,
seul ou avec ses amis, tandis qu’elle prenait le train avec
ses amies pour rentrer à Al-Qatif.
La première chose
qui avait plu à Lamis, c’était la taille de Ali. La plupart
des jeunes qu’elle rencontrait étaient plus petits qu’elle
ou de la même taille qu’elle — elle faisait 1m76. Mais Ali,
lui, faisait au moins 1m90, et son teint mat cuivré était
attirant ainsi que ses sourcils épais, qui lui donnaient une
allure ensorcelante et une virilité très prononcée.
Une semaine après
cette première rencontre, Lamis alla à l'hôpital, où elle
n'avait pas encore à se rendre régulièrement, pour y acheter
des livres ; c'est là qu'elle revit Ali. Par la suite, elle
le revit plusieurs fois, toujours à l’hôpital ; elle se faisait
expliquer les leçons trop difficiles pour elle, comme le faisaient
toutes ses collègues à la faculté qui faisaient appel à l’étudiant
qu’elles estimaient « convenable » pour les aider à assimiler.
Petit à petit ils se donnèrent des rendez-vous en dehors de
l’hôpital, dans un de ces cafés qu’il y avait partout.
La relation de
Lamis avec Ali dura pendant des mois, mais elle ne raconta
rien à ses amies. Fatma était la seule à être au courant,
par son frère ; mais devant son amie, elle faisait comme si
elle n’était au courant de rien, alors que c’était elle qui
avait arrangé leur première rencontre à la gare, à la demande
de son frère qui avait aimé la photo de Lamis qu’il avait
vue dans la chambre de sa sœur à Al-Qatif. C’était une photo
de Lamis et Fatma au milieu de leurs amies, toutes en blouses
blanches à côté d’un cadavre qu’elles venaient de disséquer
à la morgue de la faculté de médecine pour femmes, cette morgue
déprimante où l’odeur du formol se mêle à celle des corps
en décomposition et à une senteur d’encens bon marché.
Ali était en
dernière année de médecine et il allait commencer son stage
pratique immédiatement après son diplôme dans un hôpital de
la zone Est. Lamis et Fatma, elles, en étaient encore à leur
deuxième année de fac.
Lors de l’une
des rencontres entre Lamis et Ali dans un café de la rue 30,
ils furent surpris par les hommes du Comité pour la prévention
du vice et la protection de la vertu entourés de policiers.
Ils furent rapidement embarqués, chacun dans une voiture de
type « GMC » qui les emmenèrent au centre le plus proche du
comité.
Là-bas, Lamis
et Ali furent emmenés chacun dans une chambre séparée, et
l’interrogatoire commença. Lamis ne réussit pas à supporter
les questions blessantes qu’on lui posa. Ils se mirent à l’interroger
grossièrement sur les détails de sa relation avec Ali, en
lui faisant entendre des mots qu’elle aurait eu honte de prononcer
devant ses amies les plus intimes. Elle fondit en larmes après
avoir tout fait pendant des heures pour paraître sûre d’elle-même
et convaincue de ce qu’elle avait fait — car elle n'y voyait
rien de mal. Dans la pièce d’à côté, l’enquêteur faisait pression
sur Ali qui craqua lorsque l’homme prétendit que Lamis avait
tout avoué et qu’il ne servait plus à rien de nier.
Les responsables
du comité contactèrent le père de Lamis et lui annoncèrent
que sa fille avait été surprise avec un jeune dans un café
et emmenée au centre du comité, et qu’il devait venir la chercher
après avoir signé un engagement qu’elle n’aurait plus ce genre
de comportement portant atteinte aux mœurs publiques.
Son père arriva,
le visage blafard. Il signa tous les papiers qu’on lui demandait
avant qu’on ne lui autorise à ramener sa fille à la maison.
Sur le chemin du retour, il tenta d’étouffer sa rage et de
calmer sa fille qui se lamentait. Il lui promit de ne rien
raconter à sa mère ni à sa sœur, à condition qu’elle ne tente
plus de revoir son collègue à l’extérieur de l’université.
C’est vrai qu’à Djeddah, il lui permettait de sortir seule
avec ses cousins ou avec les fils de ses amis ou des amies
de sa mère, mais à Djeddah, c’était différent.
Lamis eut pitié
de Ali lorsqu’elle entendit le soldat chuchoter à l’oreille
de son père, au siège du comité, qu’ils avaient découvert
que le jeune qui était avec elle était d’Al-Rafda, et que
sa punition serait beaucoup plus lourde que la sienne. C’était
la première fois qu’elle rencontrait à Riyad une couche de
citoyens plus opprimée que les gens du Hijaz.
Depuis ce jour,
la relation entre Ali et Lamis prit fin, tout comme la relation
qu’elle avait avec sa sœur Fatma, qui lui lançait des regards
noirs chaque fois que leurs regards se croisaient, comme si
elle la considérait responsable de ce qui s’était passé. Ce
pauvre Ali. Il était agréable, et, franchement, s’il n’avait
pas été chiite, elle l’aurait aimé .
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