Un
public jeune et diversifié a assisté aux quatre jours
de débats organisés par le Centre d’études socialistes,
autour de thèmes aussi divers que « Les coptes, l’Etat
et la lutte des classes », « Les Egyptiens sont-ils
racistes ? », « L’art et les institutions », « Femme
et changement ».
«
Cette année, les débats étaient plus directement aux
prises avec l’actualité des derniers mois. L’année dernière,
il s’agissait de thématiques plus classiques, sur des
questions de théorie marxiste », explique Hicham Fouad,
journaliste et membre du Centre d’études socialistes.
« L’année dernière, le public était plus âgé ; c’était
pour la plupart des gens de l’ancienne gauche. Cette
fois-ci, le public était qualitativement différent,
beaucoup plus jeune », confirme Marwa, avocate, 28 ans,
et également membre du centre. « Et surtout, il y avait
parmi eux des gens qui n’avaient jamais fait de politique
auparavant ». Dans le hall, un stand des Tollab ichtirakiyine,
(Etudiants socialistes), était placé pour discuter avec
les jeunes. « Il y a des étudiants qui sont venus uniquement
parce qu’ils ont vu l’annonce sur le site des Tollab
», rajoute Marwa.
Ayam
ichtirakiya a certainement profité du bouillonnement
politique de l’année dernière. Les mots d’ordre de Kéfaya
ainsi que les innombrables sit-in et manifestations
organisés par ce mouvement, ont certainement politisé
une nouvelle génération, et ouvert la porte à des questionnements
jusque-là étouffés, tout en reposant de façon de plus
en plus urgente la question des partis politiques égyptiens.
« Il y a un besoin objectif de nouveaux partis politiques,
y compris d’un nouveau parti à gauche », estime ainsi
Nabil Abdel-Fattah, chercheur au Centre d’Etudes Politiques
et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Cette thématique
se taillait d’ailleurs la part du lion lors des Ayam
ichtirakiya, avec deux grands débats sur « La montée
de la gauche dans le monde », un autre sur « La gauche
égyptienne et la lutte des classes : comment construire
une gauche militante ». Plusieurs courants, situés à
gauche du parti du Rassemblement sur l’échiquier politique,
s’y sont exprimés, qu’il s’agisse du Parti du peuple
socialiste ou des Socialistes révolutionnaires, en plus
des indépendants. Et, lors de la session finale, Kamal
Khalil, qui avait recueilli plus de 600 votes lors des
dernières élections législatives dans la circonscription
d’Imbaba, a invité « ceux qui se reconnaissaient dans
leurs idées pour un monde délivré de l’exploitation
à rejoindre les rangs des socialistes révolutionnaires
», annonçant en même temps la sortie d’un nouveau journal,
Al-Ichtiraki, un bimensuel. Quelle signification donner
à ces déclarations ? S’agit-il d’un réel élargissement
de l’audience de l’extrême gauche ?
Pour
Abdel-Fattah, « le Centre d’études socialistes a connu
un certain recul, parallèlement au reflux du bouillonnement
politique dans la société. L’organisation d’une conférence
comme Ayam ichtirakiya n’est pas en soi significative
de quelque chose de différent ».
Cependant,
les organisateurs de la conférence semblent déterminés
à prouver le contraire. « Le centre joue un rôle particulier,
car c’est un espace qui propose des analyses politiques
sur le mouvement. Nous avons invité les gens qui sont
venus écouter ces analyses à passer à l’action et à
rejoindre les groupes de travail du centre », conclut
Marwa.
Les
prochains mois, à travers les indices de diffusion de
la nouvelle publication, et la réactivité aux défis
liés à la remise en question des acquis sociaux, devraient
permettre une analyse plus approfondie du phénomène
jeune gauche, encore embryonnaire .
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