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Médias. Diffusée sur le Net depuis un mois, Radio Masr Al-Yom (Radio de l’Egypte aujourd’hui) s’impose comme un nouveau moyen d’information, à contre-courant du discours orienté des stations publiques. De quoi provoquer des crispations.

Internet fait avaler de travers

Emettre sur la bande FM n’est pas chose facile en Egypte : la législation impose plusieurs conditions, dont la création d’une société au capital minimum de 500 000 L.E. Mais Internet a permis de contourner l’obstacle et Radio Masr Al-Yom (Radio l’Egypte aujourd’hui) est née il y a un mois, sixième de son genre dans le pays.

Considérée par les intellectuels comme « une réaction positive contre la bureaucratie des lois et l’information orientée des fréquences officielles », elle a réussi à attirer des milliers d’auditeurs grâce à son caractère général, loin des radios-Net spécialisées comme les religieuses Islam Online, Al-Ikhwan Al-Moslémine (Les Frères musulmans), ou Al-Chabab (Les Jeunes), et musicales comme Good News For me ou engagée comme la radio-Net du parti politique d’opposition Al-Ghad.

Avec un budget ne dépassant pas 20 000 L.E. et des charges mensuelles de 4 000 L.E., les fondateurs de cette « radio-Internet » ont lancé leur projet depuis la petite pièce du toit d’une villa dans la ville du 6 Octobre. Deux ordinateurs et une ligne de téléphone ont fait l’affaire. « L’idée de créer cette radio remonte à plus de cinq mois. Nous voulions diffuser sur la bande FM, mais les obstacles posés par le ministère de l’Information nous ont poussés à trouver un autre moyen pour nous exprimer », affirme Tareq Abdel-Gaber, fondateur et propriétaire de la Radio Masr Al-Yom et ancien correspondant de la Télévision égyptienne dans la bande de Gaza. « Alors que nous vivons l’ère de l’ouverture médiatique mondiale, les lois égyptiennes de diffusion radiophonique sont injustes et empêchent toute nouveauté médiatique. Malheureusement, ceux qui nous privent du droit de fonder de nouveaux médias sont les mêmes qui prétendent garantir la liberté de l’expression ! », déplore-t-il.

Est-ce la crainte d’octroyer trop de liberté ? C’est ce que prouvent les critiques et attaques lancées par certains responsables de la Radio publique égyptienne contre cette petite radio privée. Ces attaques sont même allées jusqu’à réclamer son interdiction. « Les lois égyptiennes tiennent à protéger la multiplication des médias qui pourrait semer l’anarchie. Il ne s’agit pas de peur de la concurrence, comme on le prétend. Nous voulons juste protéger notre scène médiatique », souligne l’homme de médias Hamdi Al-Konaïssi.


Créativité bridée

Une position qui n’est heureusement pas partagée par Bossayna Kamel, l’une des présentatrices des émissions de Radio Masr Al-Yom. Elle rappelle le grand succès rencontré par la radio Nogoum FM parce qu’ouverte, différente, et dénuée des tabous des fréquences officielles. « La législation égyptienne bride malheureusement toute créativité médiatique, ce qui ne convient pas à l’ouverture que l’on observe dans le monde. Nous avons perdu notre ancienne supériorité médiatique », dit-elle. Confiante de la spécificité de Radio Masr Al-Yom, Bossayna Kamel reste sereine et croit au fait que « la diversité des stations et des genres de médias profite au public et peut encourager les fréquences officielles à s’améliorer pour conserver leurs auditeurs ».

Quant au public, il trouve dans cette « radio-Net » une distraction d’un nouveau genre. Nader Abdel-Aziz, pharmacien, estime que cette radio, à l’instar de ses homologues européennes, est le meilleur moyen d’être informé, loin de l’information orientée dominante dans la majorité des médias de la région. Salma Choeib, étudiante à la faculté de mass-médias, affirme pour sa part que l’idée de ces radios n’est pas nouvelle. « On les trouve partout dans le monde, même dans des pays arabes comme la Jordanie avec sa radio Amman Net. Moi, j’ai pu suivre presque toutes les actualités égyptiennes de ces deux dernières semaines sur Radio Masr Al-Yom. C’est un support médiatique moderne qu’on doit encourager. C’est à nous de choisir le média qui nous convient ! ». Il s’avère finalement indispensable que le ministère de l’Information reconsidère sa décision de prohiber les radios-Net. Surtout en ces temps « d’ouverture démocratique ».

Yasser Moheb
 
     

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