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Expulsion.
Des centaines de familles du gouvernorat de Qalioubiya
vivent un drame depuis la démolition de leurs habitations
construites sur des terres agricoles et considérées comme
illégales. |
Sans
abri, sans statut |
Al-Sahel,
dans le gouvernorat de Qalioubiya, à environ 80 km du
Caire. Ici sur les rives du Nil, plusieurs centaines de
familles vivent un véritable drame. Ces paysans qui vivent
de l’agriculture se sont subitement retrouvés sans abri.
Il ne leur reste que les débris de leurs maisons détruites
il y a quatre mois sur ordre du ministère de l’Agriculture.
« C’est un véritable cauchemar que nous vivons. Des bulldozers
sont arrivés ici un matin et ils ont tout rasé. Il ne
nous reste plus rien », lâche Aliya Mahdi Khattab, habitante
du village, âgée de 60 ans.
L’affaire
remonte au mois de septembre 2005 lorsque les habitants
sont surpris par la police (prévenue par le ministère
de l’Agriculture) venue les chasser de leurs maisons.
« Nous avons refusé, mais ils ont insisté et nous ont
fait sortir par la force », ajoute Aliya. Les habitants,
qui refusent de quitter les lieux, se réfugient dans des
tentes ou des abris de fortune construits en briques.
Certains d’entre eux, dans le désespoir, ont l’intention
de reconstruire leurs maisons démolies. « En l’espace
de quelques heures, notre village a été rasé. Nous avons
tout perdu », ajoute Aliya. Elle était venue au village
avec sa famille composée de 8 membres il y a une vingtaine
d’années ; ils se sont installés dans une maison de deux
étages munie d’électricité, d’eau potable et du drainage
sanitaire. Elle se souvient, les larmes aux yeux, comment
la police a encerclé les maisons et à l’aide de micros,
a demandé à tous les habitants de quitter les lieux. «
On ne nous a pas laissé le temps de réunir nos biens et
de ramasser nos meubles, ni même de nous assurer que nos
enfants étaient tous sortis des maisons. Ils ont refusé
de me laisser entrer pour ramener ma petite-fille âgée
de 3 ans qui dormait dans sa chambre. Elle a été gravement
blessée et souffre jusqu’aujourd’hui de ses fractures
», poursuit-elle.
Aujourd’hui,
l’entrée du village offre un spectacle de désolation.
La verdure des champs se mêle aux débris des maisons détruites.
Sous les débris, on peut apercevoir des meubles cassés,
des jouets, des ustensiles et toutes sortes de vêtements.
Les paysans, accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants,
sont assis par terre et se lamentent sur leur sort. Ils
ne comprennent pas pourquoi on a démoli leurs maisons.
La zone où étaient situées les maisons démolies des paysans
est constituée de terrains situés sur les berges du Nil.
Ces terrains étaient autrefois submergés par les eaux
du fleuve. La responsabilité de ces terres incombait au
ministère de l’Irrigation. Après le retrait des eaux,
les terrains ont été occupés par des paysans qui les ont
cultivés. Dès lors, le ministère de l’Agriculture a considéré
qu’il s’agissait de terres agricoles placées sous sa responsabilité.
Les deux ministères se disputent depuis la responsabilité
de ces terres et ce sont les habitants qui, semble-t-il,
en paient le prix. « La plupart d’entre nous vit ici depuis
la fin des années 1960. Au début, nous étions logés dans
des maisons en terre cuite. Mais, il y a une vingtaine
d’années environ, nous avons obtenu des permis de construction
du ministère de l’Irrigation à qui nous louons ces terres
pour les cultiver », explique Hag Sayed Abdel-Hamid qui
a perdu sa maison et sa moissonneuse, dont le coût s’élève
à 20 000 L.E. |
Bataille
de ministères
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Conformément
à la loi, toute construction sur des terres agricoles
est interdite. Mais le problème est de savoir si ces terres
sont véritablement agricoles. « Le ministère de l’Agriculture
ne fait qu’appliquer la loi. Toutes ces constructions
sont illégales et les permis de construction délivrés
par le ministère de l’Irrigation n’ont aucune valeur »,
souligne un responsable du ministère de l’Agriculture.
Ce responsable se veut ferme. Selon lui, au cours des
vingt dernières années, l’Egypte a perdu 1,5 million de
feddans en raison des constructions illégales. Et selon
les statistiques du ministère de l’Agriculture, des milliers
de cas de constructions sur des terrains agricoles sont
signalés chaque année.
De
l’autre côté de la barre, le ministère de l’Irrigation
considère que ces terrains lui appartiennent et qu’il
a légalement le droit de donner des autorisations de construction
aux habitants. Quant aux habitants, ils sont dans le désarroi
le plus total. « Si les permis de construction du ministère
de l’Irrigation sont illégaux, comment donc les responsables
au gouvernorat de Qalioubiya ont-ils accepté de nous munir
de services tels que l’eau potable et l’électricité ?
Sans compter les impôts immobiliers que nous avons versés
», s’interroge Abdel-Ati.
Le
village d’Al-Sahel n’est pas le seul exemple de cet embroglio.
A Ezbet Anouar, à Bahtim, toujours dans le gouvernorat
de Qalioubiya, le même drame se reproduit. Il s’agit cette
fois-ci de 18 maisons démolies non pas suite à une plainte
du ministère de l’Agriculture, mais sur ordre du gouvernorat.
Heureusement, les maisons n’avaient pas encore été occupées.
Cette fois-ci, il s’agissait de terrains appartenant au
ministère des Waqfs. Le propriétaire de ces terrains,
un avocat connu du nom de Essam Ghali, a décidé d’intenter
un procès contre le gouvernorat. « J’ai acheté légalement
ces terrains au ministère des Waqfs qui en était le propriétaire.
J’ai obtenu des autorisations de construction. Je possède
tous les documents légaux qui me permettaient de construire.
J’ai donc construit 18 maisons et j’en ai vendu 3. Tout
a été rasé », assure-t-il. Et d’ajouter : « Même si je
gagne le procès, où est-ce que je vais trouver l’argent
pour reconstruire les maisons démolies ? ». Il se demande
pourquoi les responsables ont attendu l’achèvement de
la construction des maisons pour prendre la décision de
les détruire.
Le
gouvernorat de Qalioubiya affirme, lui, qu’il n’a pas
été prévenu de la construction de ces maisons sauf lorsque
les habitants sont venus lui présenter des demandes d’installer
des réseaux d’électricité et d’eau potable.
Tiraillés
entre les ministères de l’Agriculture et de l’Irrigation
et le gouvernorat de Qalioubiya, les habitants se sont
adressés à leur député indépendant de la circonscription,
Gamal Zahrane, pour les indemniser et résoudre leur problème.
Il confirme l’idée d’un conflit caché entre les ministères
de l’Agriculture et de l’Irrigation. « Le problème remonte
aux années 1980 lorsque l’Agriculture et l’Irrigation
qui formaient un seul ministère ont été séparés. Depuis,
des différends sur la possession des terres se sont déclenchés
et personne n’a essayé de prendre l’initiative de les
résoudre », révèle Gamal Zahrane. Il affirme que malheureusement
ce sont toujours les habitants qui payent le prix de ces
différends. « Les paysans qui habitent ces terres sont
les victimes de ces conflits déclenchés entre les ministères
à la suite desquels il y a eu la démolition des maisons
de ces pauvres sans aucune indemnisation », souligne Zahrane,
en concluant qu’il a présenté une interpellation au premier
ministre, Ahmad Nazif, relative au problème de ces terres. |
Ola
Hamdi
Héba Nasreddine |
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