Patrimoine.
Le quartier historique de Fostat est une fois de plus
le point de mire des spécialistes et des amateurs égyptiens
et étrangers de l’artisanat traditionnel. |
Au secours
des métiers d’art |
«
Héritage culturel, préservation et support à l’artisanat
traditionnel en Méditerranée », une exposition qui en
dit long sur ses objectifs. Organisée sous le patronage
de l’Unesco la semaine dernière (Lire entretien), elle
a mis en relief une zone du Caire historique en plein
devenir. En effet, c’est décidément le site patrimonial
le mieux préservé du Caire. Recréer toute la vie qui avait
lieu aux époques anciennes par l’intermédiaire, notamment
de l’artisanat, représente une vraie gageure. Mais c’est
un vrai succès que l’on a pu constater lors de cette exposition
qui nous a fait revivre, au vrai sens du terme, dans une
ambiance médiévale, haut en couleur ... On pourrait dire
aussi une ambiance internationale ou plutôt méditerranéenne,
puisqu’il y avait des artisanats traditionnels de 15 pays
méditerranéens.
Dans un magasin, un long tapis bleu vert
attire l’attention de tous les visiteurs du souk par sa
beauté et par la finesse de sa fabrication. C’est en fait
une œuvre typique du Portugal que nous présente Anita,
jeune artiste de 30 ans venue s’installer en Egypte pour
exposer son art et essayer de trouver un nouveau débouché
pour ses produits. De quoi s’accorder avec l’esprit de
cette manifestation faite de contacts à établir dans l’espace
méditerranéen.
Autre artiste : Mona Abellaoui. C’est
une jeune Marocaine qui est venue exposer des produits
du Maghreb connus par leur originalité, leur beauté et
leur raffinement. L’artisanat marocain, comme la poterie
et le bois, est très apprécié par les Egyptiens. Pour
elle, il s’agit de vendre mais aussi de connaître et d’apprendre,
c’est ce qu’elle relève d’ailleurs. « J’aimerais connaître
l’art des autres pays, leurs techniques d’artisanat pour
savoir si on peut les appliquer chez nous afin d’améliorer
nos produits, surtout que nos exportations restent très
limitées », souligne Mona.
Plus
loin dans le souk, quelques touristes se regroupent :
une femme est assise à même le sol. Derrière elle, est
accrochée une natte en paillasson qui, sous l’effet des
rayons du soleil, ressemble à un grand disque d’or. De
plus, elle est en fait en train de tisser un sac sous
l’admiration de tous ceux qui l’entourent pour sa rapidité
et sa minutie. De l’admiration pour cette Egyptienne dont
l’artisanat, comme celui des autres exposants égyptiens,
semble susciter une agréable surprise. « Bien que l’artisanat
égyptien soit extrêmement riche, il est peu connu à l’étranger.
Quand j’ai décidé de visiter l’Egypte, c’était plutôt
pour voir les Pyramides et le Sphinx », assure Sara, touriste.
L’artisanat n’est pas seulement le métier
des classes défavorisées. Les femmes de la haute société
s’y intéressent également. L’artiste Sonia Hosni expose,
elle, des œuvres qu’elle a collectées de différents pays.
« L’artisanat est une preuve indéniable que les frontières
sont imaginaires, puisque les tissus des habitants de
Siwa sont les mêmes que ceux de la Libye. De même, ceux
d’Arich ressemblent beaucoup à ceux de la Palestine »,
explique-t-elle.
Dans un pavillon, on est un peu dérouté
par l’existence d’ordinateurs et de cédéroms. Ce n’est
en fait que le pavillon consacré au Centre de documentation
du patrimoine culturel et naturel (Cultnat). « On a été
invité pour présenter les informations de base qu’on a
recueillies sur l’artisanat égyptien dans le cadre d’un
programme entamé il y a cinq ans. Ce programme consiste
à enregistrer sur support électronique le patrimoine culturel
et naturel, et entre autres l’artisanat », explique Salah
Gad, responsable du pavillon de Cultnat. Dans un pavillon
qui expose les produits en verre, un jeune artisan déplore
que cet artisanat est menacé. « A travers le programme
de l’Unesco, je vais suivre un stage de perfectionnement
sur la fabrication du verre », lance avec optimisme Achraf
Mohamad .
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| Dalia
Farouk |
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Gérard
de Puymège, responsable
de la culture au bureau de l’Unesco au Caire, évoque la
portée du programme « Héritage culturel, préservation
et support de l’artisanat traditionnel en Méditerranée
». Entretien. |
| «
Le souk de Fostat devrait être un Saint-Germain du Caire
» |
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Propos recueillis
par
Aïcha Abdel-Ghaffar
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Al-Ahram
Hebdo : Quand a débuté ce programme ?
Gérard
de Puymège : Il a
été lancé il y a cinq ans. L’ex-directeur général de l’Unesco,
Federico Mayor, voulait développer les activités centrées
sur la Méditerranée et tous les pays. Cette démarche a
été ensuite soutenue par son successeur Matsoura. L’idée
se focalise sur la création de réseaux autour de la Méditerranée
qui permettent de nouer les dialogues de culture autour
des activités très concrètes comme l’artisanat, la protection
des jardins, des paysages et la sauvegarde des anciens
monuments et tout ce qui est culture maritime, etc.
— Privilégiez-vous l’aspect festif pour
mettre en valeur votre action ?
— Nous faisons des fêtes parce qu’il
est nécessaire dans ce monde sinistre, dans la période
que nous vivons depuis quelques années et qui ne fait
que s’aggraver, de montrer que le monde de la Méditerranée
c’est la fête, c’est l’hospitalité, et non seulement les
drames dont nous entendons parler. Il faut que les gens
se rencontrent, qu’ils se connaissent, qu’ils échangent
leur savoir-faire, leur vision de la vie qu’ils ont en
commun. Mais en même temps, avec des différences autour
d’activités très concrètes, comme celle de l’artisanat.
— Votre projet est-il en rapport avec
les autres initiatives nord-sud ?
— Nous travaillons dans tous les pays
de la Méditerranée. C’est-à-dire que la conception de
l’Unesco est un peu différente de celle de la Commission
européenne par exemple, puisque c’est une organisation
mondiale. Donc nous ne sommes pas nord-sud. Nous sommes
plutôt les représentants du sud que du nord à la limite.
C’est le sud qu’il faut aider. C’est donc un programme
qui couvre les pays du contour méditerranéen. Il n’y a
pas la Suède.
— Comment s’est fait le choix de l’artisanat
traditionnel en Méditerranée comme thème ?
— Cette manifestation, nous y pensons
depuis longtemps. Nous avons créé ce réseau de l’artisanat
de la Méditerranée pour aider les artisans, protéger les
artisans qui sont en train de mourir, fournir des informations
sur les débouchés, les marchés, etc., former les jeunes
aussi. Nous avons lancé à Tunis ce réseau et c’est la
première manifestation que nous tenons ici. Les objectifs
vont au-delà du dialogue des cultures. Il s’agit de former
des jeunes des lieux modestes, des femmes dans des villages
sous-développés et qui mènent une vie difficile à l’artisanat,
qui est un moyen de gagner sa vie avec décence. Et avec
le développement du tourisme et notamment le tourisme
culturel, les débouchés pour l’artisanat sont immenses.
— Ce marché de Fostat sert-il d’exemple
particulier ?
— Nous avons ici au souk de Fostat une
quinzaine de pays et nous n’avons pas pu avoir tout le
monde dans cette première tentative. Mais nous avons quand
même une représentation très large, le réseau lui-même
ne renferme pas encore tous les pays de la Méditerranée,
mais c’est l’objectif en gros. Ce n’est pas une approche
étatique ou institutionnelle. Mais on essaye de travailler
avec les gens dont nous savons qu’ils ont du talent, qu’ils
ont un centre qu’il faut soutenir parce que cela peut
aider au développement de l’artisanat. Nous avons amené
des artisanats de Turquie, du Maroc, de Tunisie, de France,
d’Italie, d’Espagne, du Portugal (qui est aussi un pays
méditerranéen, même s’il est sur l’Atlantique), de Jordanie,
du Liban ... Nous avons des artisans de haut niveau. Nous
avons eu de très importants soutiens des ministères du
Tourisme et de la Culture ici qui ont pris en charge financièrement
un certain nombre d’activités que nous pratiquons. Enfin,
le budget global est un budget modeste.
— En conséquence, quel intérêt accorde
l’Unesco à ce site ?
— Cette ville prestigieuse, mal connue
des Cairotes eux-mêmes, est en train de devenir en ce
moment un extraordinaire bouillon de culture. Là où nous
sommes, on forme des dizaines de jeunes, de gens qui travaillent
le cuir, etc. Au souk de Fostat, on rencontre, et on peut
encore mieux rencontrer les meilleurs artisans de la région.
Il va y avoir d’ici deux ans le Musée national de la civilisation
égyptienne, donc il y aura beaucoup d’artisanats, beaucoup
de choses sur le patrimoine intangible, les traditions
et les modes. Il y a des gens très dévoués comme Chahira
Mehrez et l’architecte Mona Zakariya qui font des efforts
extraordinaires. Le souk de Fostat devrait être un Saint-Germain
du Caire. Et c’est ce que nous voudrions arriver à faire,
un petit peu à travers cette manifestation et d’autres
que nous ferons après. Il faut faire sentir aux autorités
et à l’intelligentsia du Caire qu’il y a ici une richesse
merveilleuse, une accumulation de beauté, de créativité
énorme. Ce sera trop dommage que tout cela s’endorme ou
fasse faillite.
— Et que dites-vous de l’artisanat égyptien
?
— Cet artisanat est d’une richesse extraordinaire
et j’ai constaté qu’on le connaît très peu. En Egypte,
on fait de tout absolument magnifique, il y a des talents
extraordinaires. Certains secteurs sont menacés, comme
le verre et d’autres. Il y a des secteurs comme le palmier
qu’il faut pousser et faire connaître ; et il est certain
qu’avec le tourisme en Egypte, et aussi avec l’accès à
des marchés autour de la Méditerranée et dans le monde,
nous avons la possibilité à travers une activité culturelle
et artistique de fournir des emplois à des centaines de
milliers de gens et de fournir aussi des revenus à l’Egypte
et aux pays du sud de la Méditerranée. On voit vraiment
maintenant que les identités culturelles, la culture,
l’économie et le développement sont liés.
— Est-ce une façon de mettre le patrimoine
au service du développement ou bien le contraire ?
— Si on fait du développement purement
économique, on arrive comme on le voit à des clashs de
civilisations, incompréhension. Si on développe des secteurs
qui sont liés vraiment à ce qu’il y a de plus charnel,
à l’être des gens, à leurs identités, à tout ce qu’ils
ont toujours vécu, à ce qui représente leur croyance ou
leur façon de voir la vie à ce moment-là, on leur permet
de vivre décemment. Et en même temps, on enrichit le monde
de la globalisation extraordinairement, c’est-à-dire qu’on
n’a pas le « village planétaire » ; on met tous les petits
villages en relation ensemble.
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