L’ancien
ministre de l’Habitat, Mohamad Soliman, vient d’abandonner
les plaintes en diffamation qu’il avait déposées contre
des journalistes, dont celui du quotidien indépendant
Al-Masri Al-Yom, Abdel-Nasser Al-Zoheiri, condamné à
un an de prison le 23 février dernier. L’ex-ministre
ayant renoncé à sa plainte, la condamnation se trouve
donc annulée.
Une partie
des journalistes égyptiens restent cependant sceptiques
sur cette annulation. Les Unes des journaux en témoignent
: « Cette annulation n’est rien d’autre qu’un calmant
», « Tout ceci est bien beau, mais où sont donc la loi
et les promesses du président ? », « Aux journalistes
de ne pas donner à cette annulation plus d’importance
qu’il n’en faut ».
Accueillant
favorablement cette initiative de l’ancien ministre
de l’Habitat, Mohamad Soliman, Al-Ahram estime de son
côté que l’on se dirige « vers une nouvelle relation
entre la presse et la société ». L’éditorial d’Al-Ahram
pense que « ce pas ouvre une nouvelle phase dans les
rapports entre la presse et les responsables (...) L’abandon
par Mohamad Soliman des plaintes reflète non seulement
une décision sage et civilisationnelle, mais esquisse
aussi et surtout une nouvelle base pouvant mettre en
place une société plus évoluée et plus démocratique
».
Un avis
qui n’est pas partagé par tous et nombreux sont les
commentaires sceptiques : « Je suis pessimiste en ce
qui concerne l’éventuelle modification de la loi sur
la presse pour abolir la peine de prison des journalistes
dans les délits de presse », souligne l’éminent écrivain
Salaheddine Hafez dans Al-Ahram.
De son
côté, le président du Syndicat des journalistes, Galal
Aref, a annoncé dans l’hebdomadaire nassérien Al-Arabi,
« qu’à partir d’aujourd’hui, nous ne permettrons plus
l’emprisonnement d’un seul journaliste ».
L’éditorialiste
d’Al-Arabi, Abdallah Al-Sennawi, voit aussi d’un mauvais
œil le comportement de l’Etat dans cette affaire : «
L’abolition absolue de la peine d’emprisonnement n’est
pas envisagée. Le gouvernement veut au contraire renforcer
les peines : emprisonnement accompagné d’amendes ».
Alors que
l’hebdomadaire Sawt Al-Omma n’hésite pas à titrer en
première page : « Pas de réconciliation, mais plutôt
les droits des journalistes et leur nouvelle loi ».
Certains analystes, comme Ahmad Aboul-Maati, sont plus
exigeants et demandent de ne plus attendre. « Je pense
que la bataille principale des journalistes ne doit
pas se limiter à l’appel au président de tenir ses promesses.
Il s’agit surtout d’arracher ce droit par différents
moyens et mécanismes car l’attente n’est pas au profit
des journalistes », explique Al-Maati dans Al-Arabi.
L’éditorialiste
d’Al-Masri Al-Yom, Magdi Méhanna, met en garde les journalistes
contre ce qu’il appelle « une piqûre de morphine ».
« Les journalistes devront se méfier de cette piqûre
dont l’effet se terminera très vite. Cette initiative
de l’ancien ministre de l’Habitat ne signifie pas que
la nouvelle loi sur la presse verra le jour très prochainement.
Elle ne signifie pas non plus que le contenu de cette
loi répondra aux demandes des journalistes », écrit
Méhanna.
L’éditorialiste
Moustapha Bakri, de l’hebdomadaire Al-Osboue, poursuit
: « Il est nécessaire d’assurer la liberté de la presse
en Egypte, de créer un nouvel agenda pour de véritables
réformes dans les domaines politique et économique et
de supprimer toute loi entravant la liberté d’expression
».
Pour Mohamad
Chebh, du quotidien Nahdet Misr, le problème reste entier.
« Les relations restent compliquées entre la presse
et les responsables. L’unique solution est la promulgation
d’une nouvelle loi sur la presse sans équivoque », écrit-il.
L’appel à la transparence est on ne peut plus clair.