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prévue le 3 mars, la réunion du Conseil de Paix et de Sécurité
(CPS) de l'Union Africaine (UA), qui doit statuer sur l'éventuel
transfert aux Nations-Unies de sa force de paix au Darfour,
réclamé par le Conseil de sécurité depuis plus d'un mois, se
tiendra finalement le 10 mars. Ce report a été décidé à la suite
d'une demande de Khartoum et qui est révélateur de la complexité
de la donne. Il n'empêche que ladite réunion sera cruciale :
la mission de la force de l'UA s'achevant le 31 mars, il est
impératif de trouver un compromis d'ici à la fin du mois. Mais
la tâche s'annonce difficile. Car pour l'heure, aucun consensus
n'est trouvé sur cette affaire. Samedi dernier, le président
soudanais Omar Al-Béchir a réitéré son opposition à l'envoi
d'une force étrangère, tout en exprimant sa volonté de coopérer
avec la communauté internationale. Pour le président soudanais,
le projet de l'Onu d'envoyer une force onusienne pour remplacer
celle de l'UA, forte de 7 000 hommes au Darfour mais dont l'action
a été entravée par le manque de moyen, est « dangereux ». M.
Béchir a ainsi appelé la communauté internationale à être consciente
du « besoin de respecter la souveraineté des peuples », soulignant
que son gouvernement avait soutenu la force de l'Union africaine
depuis son arrivée au Soudan.
Si Khartoum a demandé
le report de la réunion du CPS, c'est pour chercher un appui
africain à son refus d'un déploiement proposé de forces de paix
de l'Onu. Omar Al-Béchir a lancé cet appel dans le cadre de
messages envoyés le week-end dernier à ses homologues égyptien
Hosni Moubarak, libyen Moammar Kadhafi et nigérian Olusegun
Obasanjo. Des efforts qui semblent porter leurs fruits. « La
campagne lancée par le Soudan amène apparemment l'UA à revenir
sur la décision que ses ministres des Affaires étrangères avaient
prise en janvier dernier pour permettre à l'Onu de prendre en
charge les opérations de maintien de la paix dans cette région
», a déclaré Jan Pronk, représentant spécial du secrétaire général
des Nations-Unies au Soudan. Selon ce dernier, Khartoum a dépêché
des délégations dans plusieurs pays du monde pour demander que
les opérations de maintien de la paix restent sous la responsabilité
de l'UA. Selon le responsable onusien, une campagne énergique
est menée au Soudan contre les Nations-Unies, selon laquelle
tout transfert des compétences dans le domaine du maintien de
la paix à l'Onu ne serait que le fruit d’une conspiration préparant
l’invasion du Soudan, à l’instar de la situation qui prévaut
en Iraq. « Il y a des menaces, des avertissements », a-t-il
mis en garde. Et d'ajouter : « Ils parlent de recolonisation,
d'invasion, d'impérialisme, d'un complot contre le monde arabo-musulman
».
Une telle idée
repose sur le fait que ce sont les Etats-Unis qui font pression
pour l'envoi d'une force internationale. Les Etats-Unis ont
en effet récemment fait circuler les éléments d'un projet de
résolution à ce sujet.
Selon Hicham Ismaïl,
professeur de sciences politiques à l'Université du Caire, «
les Etats-Unis ont un intérêt à internationaliser le conflit.
L'envoi éventuel de troupes de l'Onu leur permettrait d'avoir
plus d'influence sur le cours des événements, d'avoir le mot
à dire dans le conflit du Darfour. Les Américains auront ainsi
une sorte de levier sur cette affaire, et surtout sur le gouvernement
soudanais. Ceci leur permettrait également d'intervenir sur
la question du Sud-Soudan, dont le sort n'est toujours pas tranché.
C'est en fait l'objectif caché des Américains, d'autant plus
que le régime de Khartoum reste sous influence islamiste, ce
qui n'est évidemment pas du goût de l'Administration américaine
».
Tout se jouera
donc le 10 mars. Le Conseil de sécurité de l'Onu ne sera pas
en mesure d’autoriser le transfert des activités à une mission
onusienne tant que les dirigeants de l'UA ne l’auront pas fait.
Si le CPS donne son feu vert, la balle sera alors dans le camp
des Nations-Unies. Affaire à suivre;
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