Les
Kurdes et les sunnites d'Iraq restent opposés au choix du
chiite Ibrahim Jaafari comme premier ministre. Etant incapables
de parvenir à un accord, des représentants de toutes les communautés
ont sollicité le soutien de la plus haute autorité religieuse
chiite de l'Iraq, Ali Sistani. Mais celui-ci a préféré garder
une stricte neutralité. « L'ayatollah Ali Sistani n'a pas
pris position sur la crise qui entoure la candidature de Jaafari
au poste de premier ministre, mais a insisté sur deux points
», a indiqué lundi le chef de son bureau, Hamed Al-Khafaf.
« D'abord, il souligne que toute solution doit préserver la
cohésion et l'unité de l'Alliance Unifiée Iraqienne (AUI)
», a-t-il dit. La liste des chiites conservateurs a remporté
les élections du 15 décembre avec 128 sièges sur les 275 que
compte le Parlement. « Ensuite, en cas de divergences internes,
il faut traiter la crise en utilisant le mécanisme fixé par
le règlement intérieur de l'Alliance », a-t-il ajouté. Auparavant,
un haut responsable du bureau de Sistani avait insisté sur
le fait que « l'ayatollah Sistani n'avait émis aucun avis
sur la candidature elle-même », démentant toute information
publiée à ce sujet.
De nombreuses
personnalités se sont succédé depuis samedi dans le bureau
de l'ayatollah Sistani dans la ville sainte chiite de Najaf
(160 km au sud de Bagdad) pour solliciter son soutien. Toutes
se sont déclarées satisfaites de la position de cette autorité
religieuse, dont les avis sont généralement respectés par
la communauté chiite iraqienne. Samedi, M. Jaafari, qui brigue
un nouveau mandat, a délégué deux proches, Ali Al-Adib et
Jawad Al-Maliki, auprès de l'ayatollah, alors qu'une modeste
manifestation de soutien à M. Jaafari avait lieu dans la vieille
ville où se trouve le bureau. Donnant l'impression qu'une
convergence de vues s'était dégagée lors de l'entrevue, M.
Maliki a déclaré : « Nous allons respecter le mécanisme de
choix (de candidature) adopté par l'Alliance, comme l'a recommandé
l'ayatollah ». Et d'ajouter : « M. Jaafari a été choisi selon
ce mécanisme et du point de vue légal rien n'invalide sa candidature,
et nous sommes confiants qu'il deviendra le prochain premier
ministre de l'Iraq car l'Alliance le soutient ».
Le lendemain,
c'était au tour du président kurde, Jalal Talabani, de dépêcher
son bras droit Barham Saleh « pour lui expliquer les raisons
du refus par les Kurdes de la candidature du chiite Jaafari
». L'émissaire kurde a déclaré que Ali Sistani « avait écouté
nos arguments avec attention et souligné la nécessité de poursuivre
les discussions avec les autres composantes » iraqiennes.
Ali Sistani « a souligné la nécessité du maintien de la cohésion
de l'AUI, ce que nous souhaitons également », avait-il poursuivi
avant de réaffirmer le « rejet de la candidature de Jaafari
». Lundi, c'était à Ahmad Chalabi, ancien ministre chiite
battu aux législatives de décembre, de frapper à la porte
de l'ayatollah. « Le grand ayatollah insiste sur l'unité nationale
et l'unité du bloc parlementaire », a-t-il déclaré à l'issue
de la rencontre.
En février, l'AUI
avait choisi Ibrahim Jaafari comme son candidat au poste de
premier ministre, lors d'un vote au cours duquel il avait
battu d'une seule voix le vice-président Adel Abdel-Mahdi.
Selon la Constitution, le chef de l'Etat doit choisir au sein
du groupe parlementaire prépondérant le premier ministre qui
a un mois pour constituer son gouvernement. En cas d'échec,
il peut être remplacé. Le choix de M. Jaafari est contesté
par l'Alliance kurde (53 sièges), le Front de la Concorde
sunnite (44 sièges) et la liste du chiite Iyad Allaoui (25
sièges). La bataille est donc loin d'être finie.