La
corruption est aujourd'hui une deuxième habitude, la seule
chose en commun entre tous les acteurs en place dans le
pays. « La corruption en Iraq est prodigieuse et historique
», s'était écrié le secrétaire américain à la Défense,
Donald Rumsfeld, devant le Congrès. Il tend visiblement
à jeter le blâme sur le régime déchu de Saddam Hussein.
Mais il n'en demeure pas moins que nombreux sont ceux
qui ne cessent de désigner du doigt les forces d'occupation
américaines. Le rapport de Transparency International
note que la corruption est étroitement liée aux reconstructions
de l’après-guerre. « Ainsi, le manque de transparence
et de responsabilité dans la gestion des recettes pétrolières
iraqiennes relève d'un problème plus complexe lié à la
manière dont les Etats-Unis ont conduit le processus de
reconstruction », explique le rapport. Ed Kubba, membre
de la Chambre de commerce américano-iraqienne, s'interroge
: « Si vous prenez 10 millions de dollars américains fournis
par le gouvernement américain et que vous sous-traitez
le travail à des entreprises iraqiennes pour 250 000 dollars,
faut-il parler d’affaires ou de corruption ? ». Certains
employés d’entreprises américaines de tout premier plan
ont été accusés d’être directement impliqués dans des
actes de corruption sous forme de pots-de-vin payés par
d’autres sociétés pour obtenir des contrats de sous-traitance.
Comme l’a fait remarquer un directeur général iraqien
: « Il est très facile de transformer un 3 en 30 par exemple,
puisque le zéro arabe est un point ».
Il convient de signaler ici que la plupart
des sociétés œuvrant en Iraq, sinon toutes, utilisent
le système des pots-de-vin pour garantir l'exécution de
leurs travaux et la finalisation de nouveaux contrats.
Des contrats — souvent imaginaires — en vertu desquels
elles obtiennent des milliers de dollars. Cela est d'autant
plus vrai que Bagdad n'a connu jusqu'à présent aucun effort
d'urbanisation, de développement des services d'eau ou
d'électricité, malgré les déclarations quotidiennes parlant
de fonds consacrés à ces projets. Selon un haut responsable
du ministère du Commerce, la corruption parmi les fonctionnaires
des ministères et les commerçants a lieu dans le cadre
de la distribution des rations alimentaires et d’autres
biens de consommation à tous les niveaux des services
d’approvisionnement, de stockage et d’allocation.Un ancien
ministre du Commerce, Ali Allawi, a accusé des employés
de son propre ministère et l'Autorité Provisoire Civile
(APC) d’avoir détourné 40 millions de dollars pour financer
la fourniture de portes en bois avec les fonds du programme
Pétrole Contre Nourriture (PCN), en précisant que ce cas
ne représenterait que « la partie émergée de l’iceberg
».
L'Iraq est ainsi confronté à de nouvelles
crises, comme la propagation d'une nouvelle mafia de trafic
des produits pétroliers vers l'étranger. Et ce, en collaboration
avec des responsables au gouvernement, à commencer par
la police qui y prend part activement et en l'absence
de toute mesure répressive ou dissuasive. Le directeur
d'un organisme qui traite avec les étrangers leur demande
de « se débrouiller avec les employés », qui sont des
policiers. Certains organismes et directions sécuritaires
sont allés jusqu'à former un réseau mafieux pour gérer
les opérations de kidnapping et d'enlèvement afin d'obtenir
des rançons pour la libération des kidnappés. De même,
les personnes détenues par la police, même innocentes,
ne sont libérées qu'en versant une somme à la police ou
aux services de renseignements.
Au cours de l’année écoulée, quelques
initiatives modestes ont été prises pour juguler la corruption
en Iraq. L’Autorité provisoire civile a surtout aidé à
mettre en place un bureau indépendant d’inspecteurs généraux
avec affectation d’un inspecteur dans chaque ministère.
Ce bureau est renforcé par deux autres institutions :
la Commission d’intégrité publique et le Conseil suprême
de contrôle qui a été rétabli dans ses activités. Cependant,
ces deux institutions n’ont encore accompli aucun travail
important et l’APC a dû imposer un président à la Commission
d’intégrité publique, car le Conseil du gouvernement provisoire
de l’Iraq, maintenant dissous, ne parvenait pas à se mettre
d’accord sur un nom. D'ailleurs, les forces au pouvoir
en Iraq ont actuellement leur mainmise sur le travail
de cette Commission d'intégrité ainsi que d'autres comme
la Commission indépendante des élections. Ce qui a poussé
Hoshiyar Zibari, ministre des Affaires étrangères d'appartenance
kurde, à déclarer la semaine dernière que le travail de
ces commissions était exploité à des fins politiques.
Il a ajouté qu'il existe une tendance au sein de la coalition
kurde visant à introduire un amendement constitutionnel
susceptible d'éloigner ces commissions de toute influence
politique.