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Déficit budgétaire . Il reste élevé mais la dégringolade a été stoppée, au prix d’une réduction des salaires des fonctionnaires.

Le revers de la médaille

Etranges déclarations du ministre des Finances, Youssef Boutros-Ghali, devant la Chambre de commerce égypto-américaine : « Je suis le seul ministre des Finances que le public a bien accueilli ». Par public, le ministre des Finances veut vraisemblablement dire le public des hommes d’affaires. En réalité, les indicateurs du tempérament politique en Egypte ne montrent pas de popularité pour le gouvernement. Il est difficile donc de croire que le ministre censé être le plus détesté jouisse d’une popularité sauf dans des cercles limités.

Le ministre a raconté à la chambre une anecdote révélatrice. Répondant à une question de son oncle, Boutros Boutros-Ghali, l’ex-secrétaire général des Nations-Unies, concernant les nouvelles au ministère des Finances qu’il dirige depuis à peu près deux années, le ministre lui a répondu que tout va bien. Alors son oncle lui a répondu : « Tu n’es donc pas un bon ministre des Finances. Le bon ministre des Finances doit être détesté par le public ».

Qu’est-ce que Ghali a fait pour mériter l’applaudissement des hommes d’affaires et que les autres ministres des Finances n’ont pas fait ? Les derniers chiffres publiés par le ministère des Finances, dans sa relativement nouvelle publication, Rapport mensuel des finances, témoignent de ce que ce ministère a réalisé durant les deux dernières années. Le déficit total du budget par rapport au PIB a chuté de 10,5 % en 2002/3 à 9,3 en 2004/5. C’est vrai que ce déficit reste toujours très élevé, mais au moins la courbe ascendante du déficit a été stoppée. Le ministre des Finances travaille donc à restaurer l’équilibre du budget, quelque chose que les hommes d’affaires doivent apprécier parce que cet équilibre même est un souci pour eux, chacun dans son entreprise.

Mais comment le ministre des Finances a-t-il fait ? Devant un déficit budgétaire, il n’existe que deux options : accroître les revenus, ou réduire les dépenses, ou les deux à la fois. Notre ministre des Finances a pris la deuxième option. Ainsi, les dépenses publiques en pourcentage du PIB ont chuté de 30,5 % en 2002/3 à 29,5 % en 2004/5. Quant aux revenus, ils ont aussi chuté de 21,4 % à 20,5 %.

Comment le ministère des Finances a-t-il réduit les dépenses publiques ? Cela a été principalement fait par le contrôle des salaires des fonctionnaires de l’Etat. Ainsi, leur part dans les dépenses a chuté de 26,5 % 2002/3 à 25,9 % en 2004/5. Le gouvernement Nazif, avec l’appui du fils du président Gamal Moubarak, a réussi à marquer un point contre la bureaucratie. Cela explique donc la chaleur avec laquelle on a reçu le ministre des Finances dans la Chambre égypto-américaine.

Mais l’Etat n’est pas une entreprise. L’entreprise est heureuse quand son budget révèle une chute des dépenses et une augmentation des revenus. L’Etat ne peut pas se contenter de restaurer l’équilibre dans ses comptes, mais il est responsable en plus de restaurer l’équilibre dans la société. Ce qui ne peut pas être réalisé avec les taux de pauvreté et de chômage qui frappent une bonne partie de la société égyptienne. La question n’est pas seulement d’ordre moral : il n’est plus acceptable de rester immobile face à la paupérisation de larges secteurs de la société. Elle relève aussi de l’efficacité économique. Si le projet du régime est de réaliser un développement capitaliste, comment cela peut être réalisé avec une main-d’œuvre aussi misérable dans ses connaissances, dans sa santé et dans son épanouissement ? Impossible. L’économie a besoin d’un accroissement des ressources consacrées à l’éducation et à la santé.

Pour dire la vérité, la baisse des revenus en pourcentage de PIB a été déjà prévue par le ministre des Finances qui met en application la nouvelle loi sur les impôts depuis un an, cette loi qui a diminué le taux d’imposition sur les entreprises. La théorie adoptée par le ministère des Finances est que la chute dans les revenus sera suivie d’une hausse. En effet, la réduction des taux d’imposition aura l’effet d’encourager les hommes d’affaires à se plier à la loi et payer les impôts. Le problème réside toutefois dans le fait que la fraude fiscale en Egypte provient non seulement d’une conviction ferme de la part des patrons que l’Etat est prédateur et gourmand, mais également d’une conviction non moins ferme que les dépenses publiques ne sont pas efficacement utilisées, soit pour des raisons de médiocrité de la bureaucratie égyptienne, soit pour des raisons de corruption.

Cela déplace le problème vers la sphère politique. Seul un gouvernement légitime, élu et jouissant d’une popularité réelle dans la rue peut convaincre les hommes à se plier au fisc ou les contraindre quand il le faut.

 

Samer Soliman

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