Quel intérêt donc pour des élections
qui ne permettent pas aux électeurs de choisir
les personnes susceptibles d’améliorer leurs vies
? Il est prévisible dans les conditions actuelles
que la structure du gouvernement actuel soit maintenue
en y introduisant des remaniements minimes. Saddam
Hussein a gouverné l’Iraq alors qu’il était rejeté
par tout le monde, mais il n’a pas accédé au pouvoir
à travers des élections. C’est dans ce contexte
qu’est suscitée la question sur l’intérêt de la
formation d’un gouvernement en vertu d’élections
libres. Une même question qui peut se poser dans
beaucoup d’autres pays arabes.
La réponse à cette question implique
que l’on soit d’accord sur le fait que se diriger
vers les urnes à travers lesquelles les électeurs
choisissent leur candidat ou une liste de candidats
n’est pas l’élection telle qu’elle est conçue
dans la pratique démocratique.
Il est vrai que la plupart des
Iraqiens se sont rendus aux urnes, mais tout choix
n’est pas une élection. L’élection des conseils
législatifs est en soi un acte politique parce
qu’ils représentent l’un des piliers du régime
politique. Raison pour laquelle il est supposé
que leurs élections doivent garantir un degré
minimum de concurrence politique.
Mais ce qui est arrivé, c’est
que les Iraqiens sont sortis dans la journée du
15 décembre dernier pour choisir une faction ou
ethnie et donc la liste chiite ethnique et celle
des Kurdes iraqiens ont obtenu les meilleurs résultats
dans les gouvernorats du sud à majorité chiite
et celles du nord à majorité kurde.
Bien que l’accusation de falsification
qui a été adressée au gouvernement sortant en
faveur de la coalition ait été bel et bien fondée,
il n’en demeure pas moins qu’elle n’explique pas
les résultats. Il s’agit davantage du mode de
vote en fonction des ethnies. Ce scénario était
prévisible bien avant les élections malgré la
mauvaise performance du gouvernement transitoire
basé sur la coalition de ces deux listes. S’il
s’était agi de véritables élections, certains
chiites auraient boycotté la liste qu’ils avaient
choisie eux-mêmes en janvier 2005.
Que les chiites se rendent aux
urnes pour répéter le même choix sans aucune réflexion
comme s’ils étaient guidés par une fatalité, ceci
ne ressemble en rien à des élections telles qu’elles
sont conçues par les sociétés européenne et américaine.
Quelles sont ces élections où
tout le monde connaît au préalable qu’une liste
déterminée emporterait la majorité écrasante dans
des villes telles que Kerbala, Najaf et qu’une
autre obtiendrait la majorité dans d’autres régions
? De quelle sorte d’élections s’agit-il lorsque
l’identité confessionnelle des électeurs est de
renommée publique ? L’objectif des élections repose
sur le principe selon lequel les citoyens choisissent
leurs représentants dans un esprit de multipartisme,
fondement de la démocratie telle qu’elle est appliquée
dans les sociétés européenne et américaine.
Le choix politique a fait défaut
lors du scrutin. L’Iraq a été témoin d’un processus
de choix primitif, mais certainement pas d’élections
s’inscrivant dans le cadre d’un véritable programme
politique. Il faut reconnaître qu’il faut apporter
de nombreux changements non seulement en Iraq,
mais aussi dans de nombreux pays arabes. Nous
devons remédier aux maux et aux problèmes de fond
qui empêchent des élections véritables. Il faut
travailler pour trouver des solutions à la dégradation
des conjonctures arabes, à l’instar du cas iraqien.
En attendant que cela se traduise
dans la réalité, il semble que le seul moyen d’éviter
la guerre civile iraqienne repose sur une ferme
volonté des différentes forces, toutes tendances
confondues, de former un gouvernement d’union
nationale, effectif et non de pure forme.