La famille
d'Al-Banna, guide fondateur de la confrérie des Frères musulmans,
a affiché son refus d'entamer tout projet cinématographique
sur la vie de ce dernier sans son autorisation. En fait, un
scénario écrit par le journaliste Mohamad Al-Baz et quatre autre
projets en cours d'élaboration sur la carrière du défunt ont
attisé la colère et l'inquiétude des adeptes de la confrérie
et de sa famille.
« La vie de Hassan
Al-Banna est unique et ne se prête pas à une dissection selon
les visions des scénaristes d'appartenances idéologiques et
politiques diverses », s'insurge Sami Rachad, l'un des dirigeants
politiques de la confrérie. Et d'ajouter : « Al-Banna est une
éminente figure de proue politique et religieuse. Le scénario
qui aborde sa vie doit tenir compte objectivement de son impact
et de son parcours singuliers. Eléments qui manquent aux composantes
des scénarios actuels ».
Hassan Al-Banna
a fondé la confrérie des Frères musulmans le 11 avril 1929 au
Caire, sur l'idée que le seul moyen de libérer son pays de la
colonisation culturelle britannique est le recours à un islam
social, d’une approche politique, d'où le prestige qui a rehaussé
sa renommée de leader jusqu'à son assassinat en 1949.
La semaine dernière,
le scénario Hassan Al-Banna wal lazina maahou (Hassan Al-Banna
et ses adeptes), écrit par le journaliste Mohamad Al-Baz, connu
pour ses tendances et ses écrits antagonistes à la confrérie,
vient d'être rejeté par celle-ci, selon un communiqué public.
« Ce scénario manque malheureusement d'objectivité, l'écrivain
y est allé jusqu'à mettre en doute l'idéologie de notre mouvement,
les objectifs de Hassan Al-Banna et même les vrais motifs du
djihad des membres de la confrérie, d'où notre refus unanime
», ajoute Rachad.
Le scénario mentionne
que la confrérie des Frères musulmans a vu le jour grâce aux
subventions avancées par l'occupation anglaise, et que ses moudjahidines
s'exerçaient à la lutte en Palestine pour acquérir la force
nécessaire pour tourner les armes contre le régime égyptien
et répandre la violence en Egypte. Ce qui a avivé la grogne
d'Ahmad Seiffel-Islam, fils d'Al-Banna, et l'a conduit à déclarer
que sa famille est en voie de préparer un film sur le guide
avec le concours de scénaristes koweïtiens et de grands comédiens
tel Nour Al-Chérif, dans le rôle du guide. Le tournage du film
aura lieu en Syrie puisque, selon ses dires, l'Etat égyptien
a refusé son tournage sur son territoire. Quant à Gamal Al-Banna,
frère du guide, il s'est montré prêt à se montrer favorable
aux projets de films de cinéastes qui tiennent compte du rôle
d'envergure du guide. Cependant, un grand nombre de cinéastes
a manifesté son refus de toute tutelle imposée par la famille
de l'islamiste à ses projets. Le scénariste Wahid Hamed, qui
prépare un autre scénario sur Al-Banna, a insisté sur l'idée
que le traitement de la vie de toute personne publique devient
possible et autorisé par la loi, après 50 ans de sa mort. Pour
sa part, l'écrivain Mahfouz Abdel-Rahmane trouve ce différend
assez alarmant.
« Il faut supprimer
tout tabou interdisant les projets cinématographiques concernant
les célébrités et les personnes publiques sans toutefois négliger
le droit de regard de leurs héritiers sur ces projets, visant
à les rendre crédibles et objectifs et non à engranger des recettes
de leur mise en place ou à contrecarrer la liberté d'expression
», rétorque-t-il. Toutefois, certains cinéastes optent pour
l'idée de soumettre le débat sur le traitement de la vie d'une
personne publique au Parlement. En effet, beaucoup craignent
l'émergence d'un nouveau type de censure, de quoi nuire encore
plus à la créativité et à la liberté d'expression.
|