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Théâtre . Amr Dawara, directeur du Festival annuel du théâtre amateur, fait le point sur la cinquième édition qui se tient jusqu’au 13 mars, au Caire, sous le thème : Le théâtre arabe pour contrer les défis.

« Dans le monde arabe, il n’y a pas de séparation stricte entre professionnels et amateurs »

Al-Ahram Hebdo : L’invité d’honneur de cette cinquième édition est l’Iraq. Le politique joue-t-il un rôle quant à la sélection ?

Amr Dawara : A travers les quatre éditions précédentes, le festival a essayé de porter un intérêt particulier aux théâtres dans le monde arabe. L’édition de 2003 a été consacrée à la cause palestinienne, avec comme titre : « La Palestine est arabe, Jérusalem est à nous ». L’an dernier, le festival avait pour slogan : Les amateurs de théâtre sont des amoureux de la patrie.

En tant que critique et metteur en scène, je crois que le fait de s’éloigner des questions, des problèmes et des défis qu’affronte le monde arabe aujourd’hui, pour se diriger uniquement vers le théâtre de divertissement, constituerait une trahison. Le théâtre dans les pays en voie de développement doit assumer un rôle d’illumination, de provocation et de révolution. Ceci dit, le théâtre dans les pays arabes doit préserver son identité et jouer un rôle important quant à la présentation d’une pensée raisonnable, touchant les jeunes générations. Actuellement, vu les circonstances, l’Iraq s’impose en tant qu’invité d’honneur.

— On remarque la présence de certaines troupes professionnelles arabes alors que le festival est consacré aux amateurs. Pourquoi ?

— Soutenir le talent de l’amateur est l'un des objectifs essentiels du festival. Pour ce faire, il faut lui offrir l’occasion de s’ouvrir sur les différentes expériences de par le monde arabe, et de faire connaissance avec les auteurs et metteurs en scène. Ainsi, on a choisi de donner les meilleurs spectacles de par le monde arabe. Une raison pour laquelle on a invité des troupes professionnelles connues telles Souissi Fenoun dirigée par le Tunisien Al-Moncef Al-Souissi, Masrah Al-Chabab Al-Koweïti du Koweït, Théâtre d’Al-Ofoq du Maroc, etc. S’ajoute à cela la présence de certaines personnalités marquantes : Aziz Khayoune, Awatef Naïm et d’autres.

Dans le monde arabe, il n’y a pas de séparation stricte entre professionnels et amateurs. De manière générale, les troupes des pays arabes sont des troupes semi-professionnelles, semi-amateurs. Des troupes qui peuvent ne pas se donner sur les planches pendant des mois ou des années, comme c’est le cas de certaines troupes égyptiennes. Elles jouent juste pendant quelques soirées limitées et continuent quand même à exister grâce au soutien financier accordé par l’Etat.

Plusieurs considèrent l’amateur comme un débutant. Or, c’est une conception faussée. Pour moi, dans le théâtre, un vrai amateur est un professionnel qui a le choix d’accepter ou de refuser de jouer. C’est un artiste doté d’une liberté qui lui est propre. Le comédien Yéhia Al-Fakharani, à qui le festival rend hommage cette année, est un médecin à l’origine, qui n’a pas fait des études en théâtre. C’est un comédien professionnel mais aussi un amateur du jeu.

— Où se situe votre festival par rapport au Festival international du théâtre expérimental ?

— Au départ, on a lancé le Festival égyptien des amateurs, lequel a présenté des éditions très variées, consacrées au mono-drame, au théâtre populaire, au théâtre comique, au théâtre de l’enfant, etc. Mais, on a découvert que le public égyptien ne connaissait pas grand-chose du théâtre arabe. Pour ce, on a décidé d’organiser un Festival du théâtre arabe en Egypte à partir de l’année 2002.

Le Festival du théâtre expérimental offre lui aussi une occasion aux troupes arabes de se faire connaître du public égyptien. Cependant, il les met en compétition avec des troupes européennes et étrangères. Alors que le Festival arabe du théâtre amateur essaye plutôt de focaliser sur le monde arabe.

C’était difficile d’inviter des troupes arabes pour la première édition. Alors, on s’est contenté de rendre hommage à dix pionniers du théâtre arabe et de présenter des textes signés par des dramaturges arabes mais adaptés par des troupes égyptiennes. Pour la deuxième édition, on a seulement invité deux troupes arabes. Et avec la quatrième édition, le nombre des troupes arabes a atteint sept. Cette année, on a 13 troupes arabes représentant 10 pays dont l’Iraq, le Maroc, l’Algérie, les Emirats arabes unis ...

Le Festival du théâtre expérimental assure la tendance d’un théâtre corporel, de mouvement avec des spectacles ayant une certaine spécificité. Notre festival est basé sur le théâtre du mot, du texte, de la pensée. Les deux festivals sont plutôt complémentaires.

— Pourquoi le festival a-t-il choisi la pièce égyptienne Ah ya ghagar (Bande de gitans) comme le meilleur spectacle de l’année ?

— Pour la première fois, dans le but d’encourager la création de spectacles égyptiens de qualité, on a décidé de décerner le trophée du festival et un certificat d’honneur pour le spectacle égyptien de l’année Ah ya ghagar (Bande de gitans), donné sur les planches du théâtre de Madinet Nasr. Il s’agit en effet d’une production privée de la compagnie Rawana. Notre choix a été basé sur les diverses critiques publiées en ce qui concerne le spectacle, déclarant pour la plupart qu’il constitue un vrai retour au théâtre musical.

May Sélim

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