En tant que critique et metteur en
scène, je crois que le fait de s’éloigner des questions,
des problèmes et des défis qu’affronte le monde arabe
aujourd’hui, pour se diriger uniquement vers le théâtre
de divertissement, constituerait une trahison. Le théâtre
dans les pays en voie de développement doit assumer
un rôle d’illumination, de provocation et de révolution.
Ceci dit, le théâtre dans les pays arabes doit préserver
son identité et jouer un rôle important quant à la présentation
d’une pensée raisonnable, touchant les jeunes générations.
Actuellement, vu les circonstances, l’Iraq s’impose
en tant qu’invité d’honneur.
— On remarque la présence de certaines
troupes professionnelles arabes alors que le festival
est consacré aux amateurs. Pourquoi ?
— Soutenir le talent de l’amateur est
l'un des objectifs essentiels du festival. Pour ce faire,
il faut lui offrir l’occasion de s’ouvrir sur les différentes
expériences de par le monde arabe, et de faire connaissance
avec les auteurs et metteurs en scène. Ainsi, on a choisi
de donner les meilleurs spectacles de par le monde arabe.
Une raison pour laquelle on a invité des troupes professionnelles
connues telles Souissi Fenoun dirigée par le Tunisien
Al-Moncef Al-Souissi, Masrah Al-Chabab Al-Koweïti du
Koweït, Théâtre d’Al-Ofoq du Maroc, etc. S’ajoute à
cela la présence de certaines personnalités marquantes
: Aziz Khayoune, Awatef Naïm et d’autres.
Dans le monde arabe, il n’y a pas de
séparation stricte entre professionnels et amateurs.
De manière générale, les troupes des pays arabes sont
des troupes semi-professionnelles, semi-amateurs. Des
troupes qui peuvent ne pas se donner sur les planches
pendant des mois ou des années, comme c’est le cas de
certaines troupes égyptiennes. Elles jouent juste pendant
quelques soirées limitées et continuent quand même à
exister grâce au soutien financier accordé par l’Etat.
Plusieurs considèrent l’amateur comme
un débutant. Or, c’est une conception faussée. Pour
moi, dans le théâtre, un vrai amateur est un professionnel
qui a le choix d’accepter ou de refuser de jouer. C’est
un artiste doté d’une liberté qui lui est propre. Le
comédien Yéhia Al-Fakharani, à qui le festival rend
hommage cette année, est un médecin à l’origine, qui
n’a pas fait des études en théâtre. C’est un comédien
professionnel mais aussi un amateur du jeu.
— Où se situe votre festival par rapport
au Festival international du théâtre expérimental ?
— Au départ, on a lancé le Festival
égyptien des amateurs, lequel a présenté des éditions
très variées, consacrées au mono-drame, au théâtre populaire,
au théâtre comique, au théâtre de l’enfant, etc. Mais,
on a découvert que le public égyptien ne connaissait
pas grand-chose du théâtre arabe. Pour ce, on a décidé
d’organiser un Festival du théâtre arabe en Egypte à
partir de l’année 2002.
Le Festival du théâtre expérimental
offre lui aussi une occasion aux troupes arabes de se
faire connaître du public égyptien. Cependant, il les
met en compétition avec des troupes européennes et étrangères.
Alors que le Festival arabe du théâtre amateur essaye
plutôt de focaliser sur le monde arabe.
C’était difficile d’inviter des troupes
arabes pour la première édition. Alors, on s’est contenté
de rendre hommage à dix pionniers du théâtre arabe et
de présenter des textes signés par des dramaturges arabes
mais adaptés par des troupes égyptiennes. Pour la deuxième
édition, on a seulement invité deux troupes arabes.
Et avec la quatrième édition, le nombre des troupes
arabes a atteint sept. Cette année, on a 13 troupes
arabes représentant 10 pays dont l’Iraq, le Maroc, l’Algérie,
les Emirats arabes unis ...
Le Festival du théâtre expérimental
assure la tendance d’un théâtre corporel, de mouvement
avec des spectacles ayant une certaine spécificité.
Notre festival est basé sur le théâtre du mot, du texte,
de la pensée. Les deux festivals sont plutôt complémentaires.
— Pourquoi le festival a-t-il choisi
la pièce égyptienne Ah ya ghagar (Bande de gitans) comme
le meilleur spectacle de l’année ?
— Pour la première fois, dans le but
d’encourager la création de spectacles égyptiens de
qualité, on a décidé de décerner le trophée du festival
et un certificat d’honneur pour le spectacle égyptien
de l’année Ah ya ghagar (Bande de gitans), donné sur
les planches du théâtre de Madinet Nasr. Il s’agit en
effet d’une production privée de la compagnie Rawana.
Notre choix a été basé sur les diverses critiques publiées
en ce qui concerne le spectacle, déclarant pour la plupart
qu’il constitue un vrai retour au théâtre musical.