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Expositions . Hassan Soliman, Abdel-Wahab Morsi et Georges Bahgouri, trois grands noms de la peinture parmi les artistes égyptiens les plus vendus, exposent en ce moment.

Talents en régénération

Hassan Soliman, Abdel-Wahab Morsi et Georges Bahgouri. Une même génération, mais trois styles différents. Ce qui les réunit, c'est le fait qu’ils soient parmi les peintres les plus vendus en Egypte. Mais qu’est-ce qui fait qu’un peintre reste admiré par le public si longtemps ?

Né en 1928, Hassan Soliman donne son exposition au centre Hanaguer sous le titre « Nature morte ». Pourquoi l’intituler nature morte ? Tant qu’il y a un intervalle entre tout ce qui est vu et ce qui est non vu, on ne doit pas se poser trop de questions sur l’aspect technique. On ne doit pas s’interroger pourquoi le peintre a exprimé telle chose de telle manière ou pourquoi il l’a dessinée ainsi. Le but principal d’un peintre est de faire parvenir aux autres ce qu’il ressent, ce qui l’a poussé à peindre de la sorte ». Une fois l’entrée de la galerie franchie, tout un monde très spécial se révèle au visiteur. C’est le monde de Hassan Soliman. Une musique triste défie le silence des lieux. Un mouvement indolent émerge de l’inertie des objets dessinés, qui se résument en fleurs et coupes en tous genres. A travers les tableaux de Soliman, où le gris et le blanc sont maîtres, se dégage une forte amertume. Les quelques touches de rose ou de jaune pâle ici ou là amplifient cette sensation. Et malgré cette tristesse douloureuse, quarante tableaux des 52 exposés (en pastel ou à l’huile) sont déjà vendus.

Il en est de même pour Abdel-Wahab Morsi, lequel expose à la galerie Extra. Sur les 33 œuvres exposées, une dizaine a déjà été vendue, à quelques jours près du vernissage. Ce peintre, né en 1931, a encore beaucoup de crédit auprès des connaisseurs en arts plastiques. Car il a inventé une technique particulière, à base de sable et de chaux et s’est distingué par ses motifs pharaoniques. L’artiste feu Bicar a d’ailleurs écrit un jour sur ses tableaux : « Cette rugosité qui émerge de ses tableaux a une grande influence sur l’âme. Cela provient de ces matériaux qui placent le spectateur devant les murs d’un ancien temple ... C’est comme s’il s’agissait des échos d’une ancienne civilisation qui insiste à s’étendre au XXe siècle ». Cette harmonie déclenchée par les couleurs de la terre comme le marron, le jaune, l'orange, le rouge ... mène à une certaine union avec l’artiste, à une sorte d’intimité discrète.

Cette même intimité rappelle d'ailleurs les œuvres d’un autre artiste de la même génération, à savoir Georges Bahgouri, qui expose quant à lui à la galerie Machrabiya. L’intimité, chez Bahgouri, est née cette fois du jeu auquel il se prête. A la manière de l’intertextualité dans la littérature, il a inventé l’interpeinture (une peinture sur une autre). C’est-à-dire que Bahgouri reprend des peintures signées par des artistes de renom et les traite ou les refait à sa manière. « Hassan Soliman a peint le portrait d’une femme vêtue d’une robe vert clérical, je n’ai pu ajouter que le croisement des jambes, sous la robe verte ... Quant au visage, peut-être ai-je rendu les yeux un peu plus rêveurs ». En effet, Bahgouri a décidé de retransformer les œuvres des autres, et en vivant avec leurs personnages. « Léonard de Vinci a mis trois ans afin de parachever la Joconde. Sans doute l’a-t-il souvent grondée pour avoir trop bougé. Il était normal qu’elle touche ses cheveux des doigts (...) et c’est ainsi que je l’ai dessinée avec plus de cinq bras et plus d’une dizaine de doigts ».

Gauguin, Picasso, Van Gogh, Abdel-Hadi Al-Gazzar, Mahmoud Saïd, Modigliani … autant de peintures reprises par Bahgouri, lequel a vendu une dizaine de tableaux sur les 35 exposés. Ce, sans compter ceux qui ont été réservés par certains. Alors, quel est le secret du succès de ces trois peintres ? Est-ce la capacité de communiquer, de faire glisser les autres dans leur monde ?

Bahgouri tente une explication : « Tout vrai artiste s’arrête un moment pour se remettre en question et revoir son parcours. Il ajoute ensuite à ses œuvres le fruit de sa découverte. Ainsi, il ne cesse de se chercher et de trouver ». C’est la grande quête de soi et des autres.

Lamiaa Al-Sadaty
Nature morte de Hassan Soliman, à la galerie Hanaguer, jusqu’au 14 mars. Abdel-Wahab Morsi, à la galerie Extra, jusqu’au 21 mars. Et Parodie de Georges Bahgouri, à la galerie Machrabiya, jusqu’au 23 mars. (Pour plus de détails, consulter la page Calendrier).

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