Né en 1928, Hassan Soliman donne son
exposition au centre Hanaguer sous le titre « Nature morte
». Pourquoi l’intituler nature morte ? Tant qu’il y a
un intervalle entre tout ce qui est vu et ce qui est non
vu, on ne doit pas se poser trop de questions sur l’aspect
technique. On ne doit pas s’interroger pourquoi le peintre
a exprimé telle chose de telle manière ou pourquoi il
l’a dessinée ainsi. Le but principal d’un peintre est
de faire parvenir aux autres ce qu’il ressent, ce qui
l’a poussé à peindre de la sorte ». Une fois l’entrée
de la galerie franchie, tout un monde très spécial se
révèle au visiteur. C’est le monde de Hassan Soliman.
Une musique triste défie le silence des lieux. Un mouvement
indolent émerge de l’inertie des objets dessinés, qui
se résument en fleurs et coupes en tous genres. A travers
les tableaux de Soliman, où le gris et le blanc sont maîtres,
se dégage une forte amertume. Les quelques touches de
rose ou de jaune pâle ici ou là amplifient cette sensation.
Et malgré cette tristesse douloureuse, quarante tableaux
des 52 exposés (en pastel ou à l’huile) sont déjà vendus.
Il
en est de même pour Abdel-Wahab Morsi, lequel expose à
la galerie Extra. Sur les 33 œuvres exposées, une dizaine
a déjà été vendue, à quelques jours près du vernissage.
Ce peintre, né en 1931, a encore beaucoup de crédit auprès
des connaisseurs en arts plastiques. Car il a inventé
une technique particulière, à base de sable et de chaux
et s’est distingué par ses motifs pharaoniques. L’artiste
feu Bicar a d’ailleurs écrit un jour sur ses tableaux
: « Cette rugosité qui émerge de ses tableaux a une grande
influence sur l’âme. Cela provient de ces matériaux qui
placent le spectateur devant les murs d’un ancien temple
... C’est comme s’il s’agissait des échos d’une ancienne
civilisation qui insiste à s’étendre au XXe siècle ».
Cette harmonie déclenchée par les couleurs de la terre
comme le marron, le jaune, l'orange, le rouge ... mène
à une certaine union avec l’artiste, à une sorte d’intimité
discrète.
Cette même intimité rappelle d'ailleurs
les œuvres d’un autre artiste de la même génération, à
savoir Georges Bahgouri, qui expose quant à lui à la galerie
Machrabiya. L’intimité, chez Bahgouri, est née cette fois
du jeu auquel il se prête. A la manière de l’intertextualité
dans la littérature, il a inventé l’interpeinture (une
peinture sur une autre). C’est-à-dire que Bahgouri reprend
des peintures signées par des artistes de renom et les
traite ou les refait à sa manière. « Hassan Soliman a
peint le portrait d’une femme vêtue d’une robe vert clérical,
je n’ai pu ajouter que le croisement des jambes, sous
la robe verte ... Quant au visage, peut-être ai-je rendu
les yeux un peu plus rêveurs ». En effet, Bahgouri a décidé
de retransformer les œuvres des autres, et en vivant avec
leurs personnages. « Léonard de Vinci a mis trois ans
afin de parachever la Joconde. Sans doute l’a-t-il souvent
grondée pour avoir trop bougé. Il était normal qu’elle
touche ses cheveux des doigts (...) et c’est ainsi que
je l’ai dessinée avec plus de cinq bras et plus d’une
dizaine de doigts ».
Gauguin, Picasso, Van Gogh, Abdel-Hadi
Al-Gazzar, Mahmoud Saïd, Modigliani … autant de peintures
reprises par Bahgouri, lequel a vendu une dizaine de tableaux
sur les 35 exposés. Ce, sans compter ceux qui ont été
réservés par certains. Alors, quel est le secret du succès
de ces trois peintres ? Est-ce la capacité de communiquer,
de faire glisser les autres dans leur monde ?
Bahgouri tente une explication : « Tout
vrai artiste s’arrête un moment pour se remettre en question
et revoir son parcours. Il ajoute ensuite à ses œuvres
le fruit de sa découverte. Ainsi, il ne cesse de se chercher
et de trouver ». C’est la grande quête de soi et des autres.