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Femmes
. Dans une bourgade
d’Assouan, 250 veuves et 52 divorcées chefs de familles,
en difficulté, mènent une vie sans hommes.
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| L’épopée
d’Al-Samaha |
C'est
une bourgade où se sont établies 250 veuves et 52 femmes
divorcées, toutes des chefs de famille qui avaient des
difficultés à subvenir aux besoins de leurs enfants.
Al-Samaha. Tel est le nom de ce village situé à Wadi
Al-Sayda, à Edfou, au nord d'Assouan, et qui date de
mars 2005. « Nous sommes très heureuses de célébrer
ces jours-ci le 1er anniversaire de notre petit village
», commente une des habitantes avec beaucoup d'émotion.
L'idée
de construire cette bourgade, dont la population atteint
1 500 personnes pour la plupart des femmes, des jeunes
et des enfants, vient du gouverneur d'Assouan, Samir
Youssef, qui avait constaté que le nombre de divorcées
et surtout des veuves à Edfou était assez élevé. Le
but était d'offrir une vie plus décente aux femmes de
milieux défavorisés et de leur donner l'opportunité
de travailler. « En 1996, on a décidé de construire
un nouveau village à Edfou s'étendant sur 1 818 feddans.
Peu de temps après, nous avons reçu des demandes de
logements adressées par des personnes qui désiraient
s'y installer. En 2001, nous avons remarqué que le nombre
des demandes des veuves et divorcées avait atteint les
550 », explique le gouverneur d'Assouan, Samir Youssef.
Du coup, le gouvernorat a décidé d'appliquer une stratégie
en coordination avec le Conseil national de la femme,
à savoir consacrer ce village uniquement à cette tranche
de femmes. L'Organisme général de la construction et
de la bonification des terrains agricoles a commencé
par le construire et le Projet national de Moubarak
pour les jeunes diplômés s'est chargé d'installer toutes
ces femmes.
En
parcourant le village, on peut voir des femmes cultiver
la terre, conduire des tracteurs, soigner les bêtes
ou tout simplement vendre de la confiserie dans un petit
coin du village. Et toutes ces femmes considèrent qu'elles
ont eu de la chance d'habiter ou de travailler dans
ce village reculé, privé d'infrastructures au départ.
« Avant sa construction, Al-Samaha n'était qu'un coin
perdu dans le désert. Il n'y avait pas d'électricité,
ni d'eau pour arroser nos terres. On devait parcourir
plusieurs kilomètres à pied pour se procurer ce liquide
précieux parfois même dans les villages alentour »,
se souvient Fayza Ismaïl, veuve et qui a habité avec
ses 4 enfants à Al-Adwa, une petite localité située
à 25 km. Aujourd'hui, Al-Samaha, comme beaucoup d'autres
localités du Saïd ou du Delta, est doté de tous les
services : une école, une unité sanitaire, une boulangerie,
un marché, une association agricole, dont les membres
sont exclusivement de la gent féminine. Ces femmes racontent
leurs expériences avec beaucoup de fierté et n'oublient
jamais qu'elles ont bravé les convenances. « Avant la
construction, nos parents avaient rejeté l'idée de nous
voir habiter ce village. Il était hors de question pour
eux que l'on puisse vivre ici sans un homme qui nous
protège. En fait, selon les traditions saïdies, une
femme seule ne doit pas prendre de risque de s'éloigner
à des kilomètres pour un projet inconnu », confie Samia
Fahmi, qui habitait dans un autre village, situé à 45
km d'Al-Samaha. Mais convaincue de ce projet, Samia
a fini par persuader ses parents et sensibiliser celles
qui n'osaient pas encore le faire. Pendant six mois,
Samia avec deux de ses amies étaient censées convaincre
les parents, très réticents à ce projet. Elles ont sillonné
leur village, parcouru des kilomètres pour faire entendre
leurs voix. « Ce projet a été conçu pour nous, les femmes
saïdies, pour nos enfants et nos petits-enfants aussi
», disaient-elles. Et pour persuader les frères d'Amina
à propos de l'éloignement, elle leur a proposé tout
simplement de l'accompagner. Aussitôt dit, aussitôt
fait. Mohamadein l'accompagne le matin, et Zeinhom,
lorsqu'elle rentre le soir. « Je dois prendre tous les
jours un microbus pour me rendre à Al-Samaha, la maison
de mes parents étant à 20 km du village. A l'arrêt de
bus, j'attends parfois plus d'une heure pour prendre
un transport », ajoute-t-elle.
Avant d'établir
la liste des bénéficiaires, les responsables ont dû
s'assurer que les femmes étaient réellement dans le
besoin et n'avaient pas fait de fausses déclarations.
Pour cela, une assistante sociale a été chargée de mener
une enquête en suivant chacune d'elles durant six mois.
Ainsi, une sélection fut faite et l'on a choisi 302
bénéficiaires parmi les 550. « On a octroyé à chaque
femme une maison d'une superficie de 135 m2 comprenant
une chambre à coucher, une salle de bain, une cuisine
et une salle de séjour. De plus, le projet d'aide alimentaire
leur a fait don d'une somme de 3 000 L.E. pour acheter
de la volaille ou du bétail. Elles reçoivent aussi une
aide alimentaire : sucre, huile, fèves, farine, etc.
Les responsables ont promis de les soutenir pendant
4 ans à condition qu'elles remboursent les crédits qu'elles
ont contractés en 3 ans avec un intérêt de 7 %. Un arrangement
destiné à les rendre productives », affirme le président
de la ville d'Edfou, l'ingénieur Radi Ahmad.
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| Des
conditions à remplir |
Ce
projet est venu soutenir beaucoup de femmes saïdies de
couches défavorisées, des veuves et des divorcées souffrant
de manque de moyens. Il leur suffisait de présenter un
certificat de décès du conjoint ou un acte de divorce
pour avoir la chance d'habiter ce village. Et le choix
des femmes n'a pas été fait au hasard. Il fallait aussi
qu'elles jouissent d'une bonne réputation et qu'elles
aient un casier judiciaire vierge. D'autres conditions
ont également été prises en compte pour celles qui n'ont
pas de travail, ne possèdent pas de parcelle de terre
ou ont beaucoup d'enfants. La première bénéficiaire a
été Sett Zannouba, veuve depuis dix ans. Son mari lui
a laissé douze enfants. Sett Zannouba est la plus appréciée
du village. Ses qualités et son soutien aux autres lui
ont valu le titre honorifique de Omda. C'est la plus débrouillarde
et elle rend service à toutes les femmes. « Je ne peux
pas prendre mon bébé de 6 mois aux champs car il fait
trop chaud pour lui. Zannouba s'est portée volontaire
pour me le garder de temps en temps », avoue Zeina. En
effet, Zannouba est la première femme à s'être installée
à Al-Samaha. Elle n'a pas attendu l'électricité ou l'eau
ni même la bonification des terres. Avant la construction
des maisons, elle a vécu dix mois sous une tente en compagnie
de ses enfants pour être plus près de son lopin de terre
et éviter les dépenses de transport. Zannouba ne cultive
pas seulement sa petite parcelle, elle a également construit
un petit four en terre cuite pour faire cuire du pain.
« Ainsi, elle fait non seulement vivre sa famille, mais
elle vend aussi du pain à tout le village », commente
Hagga Fatma, chef du village et présidente du conseil
d'administration de l'association agricole, établie au
sein du village. Hagga Fatma a été choisie à la tête du
village et de l'association pour accomplir cette mission
difficile. Cette femme âgée de 45 ans qui porte à la fois
le voile et des vêtements modernes est célibataire. Diplômée
en administration, elle a travaillé comme secrétaire à
l'unité locale durant 15 ans. Et pour être candidate à
ce poste, il fallait qu'elle remplisse certaines conditions,
à savoir jouir d'une bonne réputation et avoir de bonnes
relations. Et c'est ce qui a fait de Hagga Fatma la parfaite
postulante. « Quand vous la cherchez, vous la trouverez
toujours dans une des maisons pour régler un problème
quelconque. Elle est toujours disponible. Toutes les femmes
ici lui font confiance car elle est en mesure de comprendre
leurs problèmes », confie le président de la ville d'Edfou,
l'ingénieur Radi Ahmad.
Etant donné
que toutes celles qui se sont établies à Al-Samaha sont
pour la plupart des femmes originaires du Saïd, elles
n'avaient aucune idée de la terre, ni comment la cultiver.
Ce sont les pères, les frères, les oncles maternels ou
paternels qui s'en chargeaient. Il fallait donc leur apprendre
les choses les plus élémentaires. Le peu qu'elles connaissent
en matière d'agriculture, elles le détiennent de leurs
parents ou dl'association agricole. « On leur a enseigné
quelques notions rudimentaires, comme par exemple comment
travailler la terre, l'arroser. On leur a parlé de certaines
maladies qui touchent les récoltes et la façon de les
éviter, les moyens d'utiliser les machines, on leur a
même donné quelques cours en matière d'orientation agricole,
etc. », explique Hagga Fatma.
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Des hommes aussi
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Bien entendu,
à Al-Samaha, il y a des jeunes qui peuvent aider à la
culture de la terre. Mais au cas où la femme n'a pas
de garçon pour l'aider, elle peut faire appel à son
oncle ou aux voisins car du moment qu'elles sont toutes
des femmes, il est donc normal qu'elles forment une
seule et grande famille. « Dans nos coutumes saïdies,
on accepte mal que des jeunes filles travaillent au
champ. Elles se rendent pourtant utiles en préparant
les repas à toutes celles qui travaillent dans les champs
puisque nous sommes la plupart du temps hors de la maison
», lance l'une d'entre elles. D'autres femmes, comme
Hanem, préfèrent voir leurs filles travailler la terre
avec elles. « Mes filles ont acquis une telle expérience
qu'elles travaillent la terre aussi bien que les hommes.
Et puis ici, il n'y a rien à craindre pour elles puisque
tout le village est habité par des femmes », dit Hanem
qui n'a ni frère ni garçon. Sa fille intervient pour
donner plus de précision : « Je me lève à l'aube pour
me rendre aux champs sans courir aucun risque et je
peux sortir en toute tranquillité avec des amies ou
des voisines et rentrer tard le soir. Nous restons des
heures dehors à discuter ensemble sans nous soucier
d'être embêtées ». Ainsi, le travail est partagé entre
les trois filles de Hanem. Et quand le fiancé de sa
fille aînée vient leur rendre visite, il leur donne
un bon coup de main. « Il ne rentre pas avant qu'il
n'ait terminé tout ce que nous avons à faire car il
tient à nous alléger le boulot », souligne Chazliya,
la future mariée.
Toutes
ces femmes ont l'air satisfaites et sont très optimistes
quant à leur avenir. « Nous avons amélioré progressivement
notre vie et celle de nos enfants ». Ainsi, la femme
saïdie en général, et celle d'Assouan en particulier,
a réussi à surmonter les difficultés et à braver les
convenances grâce à sa forte personnalité, sa confiance
en elle-même, sa grande volonté ... et c'est ce qui
lui vaut le respect.
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Manar
Attiya |
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