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Monde arabe. Dans les coulisses, la diplomatie égyptienne a multiplié les tentatives dans le cadre du rôle de médiateur que joue Le Caire pour obtenir un assouplissement de la position du Hamas et apaiser les relations syro-libanaises.

La touche du Caire

Khartoum,
De notre envoyé spécial —

En se rendant cette semaine à Khartoum pour assister au sommet arabe,les diplomates égyptiens poursuivaient plusieurs objectifs. Le dossier de la paix au Proche-Orient figurait bien évidemment à la tête de leurs priorités. « Le sommet de Khartoum intervient dans un contexte particulier avec notamment la victoire du Hamas aux élections palestiniennes et le blocage du processus de paix », souligne une source diplomatique ayant requis l’anonymat. Le Caire souhaite assouplir la position du Hamas pour l’amener à s’intégrer dans le processus de paix. Et c’est de cela qu’il sera question à Khartoum. « L’Egypte va demander à certains pays arabes, notamment l’Arabie saoudite, leur appui pour faire pression sur le Hamas. Riyad peut utiliser par exemple la carte du financement à cet effet ». Le Caire qui a mené des contacts intensifs avec le Hamas avant le sommet et qui a accueilli à plusieurs reprises le dialogue interpalestinien ne veut pas voir ses efforts s’évaporer.

En contrepartie de cet assouplissement du Hamas auquel aspire l’Egypte, Le Caire tente d’obtenir des concessions des Européens et des Américains qui refusaient de financer l’Autorité palestinienne tant que le Hamas n’aura pas reconnu Israël. C’est dans ce contexte que s’inscrivait la récente tournée du président Moubarak en Europe. Objectif : convaincre l’Europe de maintenir l’aide à l’Autorité palestinienne, en dépit de la victoire du Hamas. Les responsables égyptiens ont contacté les Américains pour les mêmes raisons. C’est donc un rôle de médiateur que l’Egypte assume sur la scène régionale et internationale. « C’est ce même rôle qu’elle continue à assumer à Khartoum ».

L’Egypte se pose comme un acteur incontournable dans le processus de paix. Toute détérioration dans les territoires palestiniens se répercute sur elle. Si Le Caire s’est opposé à une participation du Hamas au sommet de Khartoum, c’est pour éviter que les divergences n’éclatent au grand jour. « Si le Hamas avait été invité au sommet de Khartoum avant que les négociations que mène l’Egypte ne soient accomplies, le sommet aurait témoigné de divergences », souligne la source diplomatique. « Il était évident que le Hamas ne doit pas participer au sommet pour la simple raison que tous les pays arabes, y compris le gouvernement palestinien, ont approuvé le plan de paix arabe de 2002, qui prévoit la normalisation avec Israël, fait que rejette le Hamas », ajoute la source.

Ce plan de paix, approuvé au sommet de Beyrouth en 2002 à l’initiative de l’Arabie saoudite, offrait à Israël la paix et l’établissement de relations normales avec les pays arabes à condition que l’Etat hébreu se retire de tous les territoires arabes qu’il occupe depuis 1967. « Il était impossible que le Hamas, qui prône la lutte armée et refuse toute négociation avec Israël, approuve ce plan qui est une clause inscrite régulièrement, et approuvée par tous les pays arabes, dans les communiqués finaux de chaque sommet arabe depuis 2002 », précise la source.

L’autre grand dossier qui intéresse l’Egypte à Khartoum, c’est le dossier syro-libanais. Le sommet de Khartoum peut donner une impulsion aux efforts égyptiens pour apaiser la tension entre Beyrouth et Damas. Le Caire mène une initiative pour modérer les revendications de certaines factions libanaises opposées à la Syrie et éviter une escalade. « Le sommet de Khartoum est l’occasion pour relancer ce dossier », assure la source. L’Egypte œuvre déjà depuis quelques temps pour réaliser cet objectif. Fouad Al-Siniora, premier ministre libanais, était jeudi dernier à Charm Al-Cheikh, où il avait rencontré le président Moubarak, avant un entretien du chef de l’Etat avec le vice-président syrien, Farouq Al-Chareh. « Ces rencontres visaient à assainir l’atmosphère avant le sommet de Khartoum », déclare le responsable syrien. A Khartoum, les responsables égyptiens vont engager des pourparlers avec les dirigeants arabes pour régler le contentieux syro-libanais et les informer des contacts établis avec la communauté internationale dans cette affaire lors de la tournée du président Moubarak en Europe au début du mois de mars. Le Caire essaiera de rapprocher les points de vue entre le président libanais Emile Lahoud et son premier ministre Fouad Al-Siniora.

Le troisième dossier d’intérêt pour l’Egypte est l’Iraq. Le Caire s’inquiète des évolutions sur la scène iraqienne devenue un champ de bataille entre les différentes communautés. Il ne veut pas que cette instabilité s’exporte dans d’autres pays de la région. Le Caire a organisé, en novembre dernier à la Ligue arabe, une réunion préparatoire pour une conférence de réconciliation en Iraq en présence de représentants de toutes les communautés iraqiennes. Bien que l’Egypte ait eu le mérite de permettre un premier dialogue entre les protagonistes de la scène politique en Iraq sur son territoire, le problème demeure sans solution. En fait, les divergences entre Iraqiens sont trop importantes pour être réglées en une réunion. A Khartoum, les diplomates égyptiens agiront de manière à favoriser le dialogue entre les chiites, les sunnites et les Kurdes en Iraq. Il sera également question du retrait des forces étrangères d’Iraq pendant le sommet.

Les Etats-Unis souhaitaient que les pays arabes jouent un rôle sécuritaire en Iraq et ont pressé certains d’entre eux pour envoyer des troupes dans ce pays afin de permettre un retrait graduel des Américains. L’Egypte a refusé. Le président Moubarak a refusé. Il a déclaré que l’Egypte ne dépêchera jamais de troupes en dehors de ses frontières sauf si elles font partie d’une mission de l’Onu. Lors des réunions préparatoires du sommet, Le Caire a mis en garde contre les répercussions d’une guerre civile en Iraq pour les pays arabes voisins. Le dernier grand dossier est la question du Darfour. Le Soudan est le pays voisin de l’Egypte. Les relations arabo-africaines et la crise du Darfour seront examinées par le sommet. Le chef de la diplomatie soudanaise a exhorté les pays arabes à financer les forces de l’Union Africaine (UA) afin de contrecarrer leur transfert à l’Onu dans la région du Darfour.

Pourtant, l’Onu veut envoyer une force au Darfour en relais d’un contingent de l’Union africaine qui n’a pu faire cesser un conflit de trois ans. Selon un responsable égyptien qui a requis l’anonymat, « bien que le président soudanais Omar Al-Béchir ait appelé à un soutien arabe contre l’internationalisation du conflit au Darfour, à travers l’installation d’une force de paix de l’Onu, l’Egypte a expliqué aux Soudanais que Khartoum peut être mis sous pression économique et politique à son refus de l’envoi de forces de l’Onu ». Et d’ajouter, c’est de leur intérêt que l’Onu soit là-bas, car les forces de l’Onu sont plus qualifiées que celles de l’UA. Un responsable égyptien a confirmé à l’Hebdo que le Soudan va accepter l’envoi de forces internationales tant qu’elles dépendent de l’Onu.

Chérif Ahmed
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Deux projets à Khartoum

L’Egypte a soumis deux projets au sommet de Khartoum qui ont été approuvés par la majorité des pays membres de la Ligue arabe.

D’abord, la candidature de Amr Moussa à un deuxième mandat de cinq ans au poste de secrétaire général de la Ligue arabe. Le président Moubarak a appuyé cette candidature pendant sa tournée dans les pays du Golfe en février dernier. Amr Moussa, 70 ans, a donc été reconduit à son poste à la quasi-unanimité pour un nouveau mandat de cinq ans. Le sous-secrétaire général pour les affaires politiques, Ahmad Benhelli, a déclaré que Moussa avait le soutien de la majorité du monde arabe. « Les dirigeants arabes, qui se sont réunis dans la capitale soudanaise pour leur sommet annuel afin de discuter les problèmes du monde arabe, ont insisté pour renouveler le mandat de Moussa », a déclaré un responsable arabe. « Il est le seul dans les pays arabes à pouvoir faire face aux moments critiques que la région vit », a-t-il ajouté. Le mandat de Moussa s’achève fin mai. Il a été élu en 2001 et a été chargé dès le début de restructurer l’organisation de la Ligue arabe. Selon des diplomates arabes, à l’exception des Emirats arabes unis qui ont émis des réserves en raison de divergences remontant à la guerre en Iraq, les 21 autres membres de la Ligue arabe le soutiennent.

Seul candidat à sa succession au poste de secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa a attiré l’attention du monde arabe. Il jouit également d’une grande popularité en Egypte. Il a été le chef de la diplomatie égyptienne durant dix ans, de 1991 à 2001, durant lesquels il a réussi à mener des discussions très difficiles relatives au conflit arabo-israélien. Il jouit aussi du respect international, même s’il s’est à plusieurs reprises heurté aux Etats-Unis qui lui reprochent d’avoir joué un rôle principal dans le rappel de l’ambassadeur égyptien de Tel-Aviv après le déclenchement de la seconde Intifada palestinienne. L’ancien ministre des Affaires étrangères n’a jamais fait part officiellement de son intention de se représenter pour un nouveau mandat.

Outre la candidature de Amr Moussa, le président Moubarak a soumis au sommet une proposition concernant la tenue de sommets consultatifs à Charm Al-Cheikh en marge du sommet arabe annuel. Cette proposition a été faite directement aux chefs d’Etat pendant le sommet. « Je soutiens l’initiative du président Moubarak lancée pendant le sommet de Tunisie en 2004 concernant la tenue du sommet arabe deux fois par an », a déclaré Amr Moussa. Selon lui, les conjonctures régionales nécessitent deux sommets pendant l’année, un régulier et l’autre consultatif. « L’Egypte sait qu’il existe beaucoup de problèmes dans le monde arabe comme le Darfour, l’Iraq, l’Iran, le conflit israélo-arabe, etc. Et il est très difficile de reporter tous ces problèmes jusqu’à la tenue annuelle du sommet arabe en mars », a déclaré un diplomate qui a requis l’anonymat. Et d’ajouter que tous ces problèmes ne peuvent pas être discutés en deux jours.

 

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