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Monde arabe. Le monde arabe, en remodelage, obéit ou réagit essentiellement à une politique américaine expansionniste qui arbore plusieurs masques.

Stratégie à plusieurs visages

« Lutter contre le terrorisme », « Instaurer la démocratie », « Eliminer les armes de destruction massive » ... Des masques différents que la politique américaine porte à chaque fois qu’elle s’ingère dans les affaires des pays arabes. Le but est un peu flou mais le résultat est que le monde arabe plonge sans cesse dans un chaos. L’Iraq, la Syrie, le Liban, le Soudan, autant de pays qui se sont transformés en zones de tension en raison de la politique américaine. « La stratégie américaine au Proche-Orient a ses racines dans la région. Elle a commencé même avant la fin de la deuxième guerre mondiale et avait deux objectifs précis et inchangés. Le premier serait de maîtriser les ressources pétrolières dans la région, en développant une étroite alliance avec les familles régnantes des Etats du Golfe persique, en particulier avec le Royaume saoudien. Le deuxième passe aussi par des relations étroites avec les régimes arabes pour les rendre pro-américains, même les plus corrompus et les plus dictatoriaux d’entre eux, à condition de ne toucher ni aux intérêts américains dans la région ni à Israël, l’allié principal des Etats-Unis », souligne Mohamad Al-Sayed Saïd, vice-président du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. C’était une époque où les réformes politique et sociales dans les pays arabes n’intéressaient pas du tout Washington. Ainsi, on a été témoin de politique américaine changeante dans le monde arabe. Dans les années 1980, les Américains ont ainsi soutenu les mouvements islamistes, ces forces traditionnelles dans les pays arabes pour contrer le communisme et l’influence soviétique. Un premier point de développement de la stratégie américaine est intervenu avec la première guerre du Golfe, Washington voulait transformer sa présence militaire indirecte en une autre directe et permanente dans la région du Golfe. L’autre date à retenir est celle du 11/9. « La politique américaine, voire toute la stratégie, a changé de visage après l’arrivée au pouvoir des adeptes du recours à la force. C’était avec l’élection de George Bush en janvier 2001 », explique Saïd. Les attentats du 11/9 ont renforcé ce courant qui prône désormais une stratégie de domination planétaire, et, surtout de confrontation directe avec un certain nombre d’Etats classés dans ce qu’il nomme l’« axe du mal », c’est-à-dire ces pays qui posent des obstacles à la construction du nouvel empire américain. La guerre contre l’Iraq s’inscrit ainsi dans le cadre de cette stratégie. Aujourd’hui, aussi la Syrie ou encore l’Iran et c’est presque le même scénario, élaboré avec l’Iraq, qui se dessine avec ces deux pays. Washington tente ainsi de soutenir l’opposition à l’exil pour provoquer un renversement des régimes, comme c’était le cas avec Saddam Hussein. Pour ce, le Congrès américain avait alloué une grande somme pour soutenir l’opposition iraqienne. Mais c’est cette guerre qui force en effet les Etats-Unis à changer de stratégie. Washington, ayant échoué dans la justification de l’invasion de l’Iraq par la présence d’armes de destruction massive, a tenté d’accréditer l’idée que sa présence militaire au Moyen-Orient est due à son désir de promouvoir la démocratie au Moyen-Orient. D’où l’initiative du Grand Proche-Orient présentée en 2003.


Des slogans mobilisateurs

La philosophie officielle du document est que la situation économique, sociale et donc politique des pays musulmans génère une frustration, voire une haine contre les Américains. « Tant que le Moyen-Orient restera un lieu de tyrannie, de désespoir et de colère, il continuera de produire des hommes et des mouvements qui menacent la sécurité des Etats-Unis et de nos amis. Aussi, l’Amérique poursuit-elle une stratégie avancée de liberté dans le Grand Moyen-Orient (GMO) », dit Bush en présentant son initiative durant la réunion du G8. L’idée est de moderniser ces pays, favoriser la démocratie, développer le droit des femmes et instaurer un développement économique. Sous les rubriques « Démocratie » et « Société de la connaissance », le document propose des initiatives d’une portée très limitée, comme une aide technique du G8 aux pays arabes qui organisent des élections avant 2006. Il s’agit d’une « assistance préélectorale », aide technique à l’enregistrement des électeurs et formation de personnel et non d’une surveillance du déroulement du scrutin. « Ce GMO a été fortement critiqué par les pays arabes qui refusaient un type particulier de réforme imposé de l’extérieur. Aujourd’hui, il s’exécute avec excellence dans ces pays avec plusieurs programmes financés sous l’égide de l’USAID, du partenariat euroméditerranéen », dit Abdel-Ghaffar Chokr, directeur du Centre d’études arabes. Selon Abdallah Al-Achaal, professeur de droit à l’Université du Caire, « l’Administration américaine, pour rendre sa politique plus acceptable dans la région, utilise des mots comme lutte contre le terrorisme avec un passage par la démocratie, et Israël est le seul bénéficiaire de cette stratégie ». Les Etats-Unis donnent une priorité absolue aux intérêts sécuritaires israéliens et les avancent parfois sur leurs propres intérêts. La preuve en est cette dernière étude élaborée par les Universités américaines de Harvard et de Chicago, critiquant la politique américaine au Proche-Orient qui ne sert pas du tout les intérêts nationaux, et que c’est le lobby israélien au Congrès qui détermine les grandes lignes de cette politique. Dans leur essai intitulé Le Lobby israélien et la politique étrangère des Etats-Unis, les auteurs estiment que les Etats-Unis confondent trop souvent leurs intérêts nationaux avec ceux de l’Etat hébreu au risque de « compromettre leur sécurité ». Ils incriminent l’action du « lobby pro-israélien ». Selon l’étude, si les Etats-Unis ont un problème de terrorisme, c’est « en bonne partie parce qu’ils sont alliés à Israël, non pas l’inverse ».

Aliaa Al-Korachi
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