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Mohamad Safieddine Kharbouche, président du Conseil national de la jeunesse, aborde les objectifs de cette institution et les stratégies d’action qu’il préconise pour résoudre les problèmes des jeunes.

« La création du conseil traduit la tendance actuelle du gouvernement »

Al-ahram hebdo : Le dernier remaniement ministériel a témoigné de la suppression du ministère de la Jeunesse et des Sports qui a été remplacé par deux conseils nationaux, celui de la jeunesse, dont vous êtes président, et celui du sport. A votre avis, un Conseil national peut-il mieux servir les jeunes qu’un ministère ?

Mohamad Safieddine Kharbouche : Personnellement, je pense que la création d’un Conseil national pour les jeunes est une très bonne idée. L’expérience a prouvé que le ministère de la Jeunesse et des Sports accordait plus d’importance au sport qu’aux autres questions concernant les jeunes. Aujourd’hui, il existe deux conseils complètement séparés, dont l’un est totalement consacré aux problèmes et besoins des jeunes. Cette situation assurera un certain équilibre entre les sports et les autres domaines et permettra d’accorder plus d’attention aux problèmes auxquels les jeunes sont confrontés. Ainsi, la création d’un Conseil national consacré aux jeunes traduit la tendance actuelle du gouvernement qui accorde une importance accrue à cette catégorie prometteuse de la population.

— Donc quels sont les premiers objectifs que s’est fixés votre conseil ?

— Le Conseil national des jeunes s’attache actuellement à préparer un document pour définir la politique nationale adoptée relativement aux problèmes des jeunes dans les divers domaines, allant de l’habitat jusqu’à la santé et du culturel jusqu’au politique. Notons que le développement de la jeunesse ne se fera pas sans la coopération et le partenariat avec les différents organismes du pays et non seulement ceux qui travaillent dans le domaine de la jeunesse. En outre, le conseil envisage l’organisation à titre annuel d’une conférence nationale des jeunes. Lors de cette conférence, les jeunes seront appelés à débattre de leurs problèmes avec des officiels, et à proposer des solutions. Le Conseil national aura alors un rôle de coordinateur et essayera de mettre en œuvre les recommandations adoptées lors de ces conférences.

— A votre avis, quel est le plus grand problème des jeunes en Egypte ? Et quelle pourrait être la solution à ce problème ?

— Le problème le plus sérieux dont souffrent les jeunes est le chômage. C’est le véritable obstacle qui entrave le développement et empêche toute participation à la vie publique de la part des jeunes. Faute de pouvoir offrir des emplois, le conseil essaye d’améliorer le niveau des diplômés à travers des stages de formation afin de les aider à trouver du travail. Nous offrons aussi des stages de langues, d’informatique, d’Internet. Et pour ceux qui veulent monter des projets, le conseil offre une formation pour les aider à faire des études de faisabilité. Ces stages sont dispensés à de très bons prix. Par ailleurs, le conseil a conclu des protocoles de coopération avec des organismes susceptibles de fournir du travail aux jeunes. Nous avons signé un protocole avec l’Organisme d’alphabétisation et d’enseignement pour adultes qui offre aux jeunes des emplois rémunérés en tant que professeurs. Un second protocole a été signé il y a seulement quelques jours avec le Fonds social pour le développement. En vertu de ce protocole, le conseil jouera un rôle de coordination entre le fonds et les jeunes qui veulent contracter un prêt pour créer une mini-entreprise ou un petit projet. Le conseil les accompagnera dans les démarches administratives et ira jusqu’à garantir ceux qui ne sont pas en mesure de rembourser leurs dettes à temps. Le conseil a aussi signé un protocole avec le ministère des Communications pour subventionner les projets de cybercafés, très répandus ces jours-ci, et très rentables aussi.

— Et l’habitat, n’est-il pas un grand problème que rencontrent les jeunes ?

— Si, c’est l’un des grands problèmes que rencontrent les jeunes, surtout ceux en âge de se marier et qui ne possèdent pas les moyens. Nous sommes en train de préparer une forme de coordination avec le ministère de l’Habitat pour que le quota d’appartements que celui-ci réserve aux jeunes soit distribué par le conseil, et ce afin de garantir que ce les jeunes démunis en profitent. En outre, le conseil a présenté un projet qui consiste à créer des « villages pour jeunes » dans six régions réparties à travers le pays. Dans ces villages, chaque jeune disposera de six feddans bonifiés pour les cultiver et d’une petite maison pour s’y installer. Ces villages seront munis de tous les services de base comme les écoles, les hôpitaux, les clubs sportifs, etc. Les candidats sérieux, autrement dit ceux qui ne cherchent pas à en faire du business, commenceront à rembourser les prêts cinq ans après leur installation.

— Malgré les bonnes intentions, ce genre de projets se solde souvent par un échec, comme c’était le cas de Noubariya, sur la route Le Caire-Alexandrie, pour ne prendre qu’un exemple. Les jeunes étant peu enclins à assumer eux-mêmes la « conquête du désert » ...

— Cette fois-ci la situation sera différente : les terres sont déjà bonifiées, toutes les infrastructures et les services de base seront assurés avant la distribution des maisons. Ceci facilitera l’intégration des jeunes à leur nouvelle société. Ceux-ci ne trouveront aucun besoin de quitter leur village pour trouver un hôpital ou une école pour leurs enfants. Autre facteur d’intégration est le fait que les habitants de ces villages seront des jeunes de 21 à 35 ans, et auront ainsi beaucoup de choses en commun. Je sens déjà une appréciation pour ce projet. Nous commencerons par deux gouvernorats, le Fayoum et le Nord-Sinaï et si ça réussit, nous allons continuer.

— Les centres de jeunesse, ces petits clubs modestes où les jeunes pratiquent des activités culturelles et sportives, ont été placés sous la responsabilité de votre conseil, après la suppression du ministère de la Jeunesse et des Sports. Etes-vous satisfait du niveau de ces centres ?

— Pas du tout. Sur les 4 000 centres de jeunesse que compte le pays, il n’y a que quelques-uns qui fonctionnent correctement, comme notamment ceux de Rod Al-Farag au Caire et d’Al-Wafaa à Doqqi (Guiza). Mais il ne faut pas oublier que, comme ce fut le cas avec le ministère de la Jeunesse et des Sports, le Conseil de la jeunesse n’exerce sur ces centres qu’un rôle de contrôle. Bien qu’ils soient financés par le conseil, ces centres sont autonomes et sont gérés par des conseils d’administration élus par les membres. Nous préparons actuellement un projet de loi pour accroître le rôle du conseil dans la gestion des centres de jeunesse, tout en permettant aux jeunes une plus forte représentativité aux conseils d’administration. D’autres plans sont en cours d’exécution pour développer les centres de jeunesse qui se trouvent dans un état déplorable, en encourageant notamment le travail bénévole. D’autre part, on a conclu un accord avec l’Union des industries pour transformer les centres de jeunesse en des centres productifs et rentables, à travers notamment des activités comme l’apiculture ou la location des cybercafés et des terrains de jeux.

— Comment estimez-vous la participation des jeunes à la vie politique ?

— Les dernières élections présidentielles et législatives ont montré que la participation des jeunes, même si elle n’est pas élevée, s’est quand même améliorée par rapport au passé.

De même, des activités comme le « Parlement des jeunes » qui est une sorte de simulation par les jeunes des sessions parlementaires représentent des indices pour mesurer leur culture et connaissances politiques. Leurs débats montrent qu’ils sont bien au courant de tout ce qui se passe dans le pays. Cela dit, pour encourager les jeunes à participer à la vie politique, le Conseil national de la jeunesse organise des stages de formation civique. Ce genre d’activités aide à stimuler la conscience politique des plus jeunes et à incruster dans leurs esprits les principes de la démocratie, de la tolérance et de l’acceptation de l’autr. Nous avons également créé, en coopération avec l’Unicef, des centres de sensibilisation civique dans plusieurs gouvernorats dont Alexandrie et Sohag.

Dalia Farouk
 

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