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Parlement . C'est à l'issue de l'une des séances les plus agitées des récentes législatures que l'Assemblée du peuple a renouvelé, mercredi 23 mars, la confiance au gouvernement d'Ahmad Nazif.

Nazif sous le feu des critiques

102 députés indépendants et de l'opposition ont refusé d'accorder leur confiance au gouvernement contre 356 qui l'ont approuvé. Les débats ont éclaté à l'issue d'un discours du premier ministre dans lequel il a défendu le bilan de son gouvernement.

Sur le plan économique tout d'abord, le premier ministre a affirmé que le taux de croissance s'est élevé au cours du deuxième trimestre de l'année financière actuelle à 6,1 %. « Les objectifs que nous nous étions fixés ont été réalisés », a assuré Nazif, avançant que le taux d'inflation a régressé, passant de 14 % en juillet 2004 à 3,1 % actuellement. Le phénomène de la dollarisation a pris fin et la livre égyptienne s'est redressée face aux monnaies étrangères comme le dollar et l'euro. Quant au montant total des exportations, il a connu une progression de l'ordre de 41 % durant le deuxième trimestre de l'année financière actuelle, a annoncé le chef du gouvernement, selon lequel le secteur du tourisme est en pleine prospérité et a rapporté 6,5 milliards de dollars au cours de l'année écoulée.

En matière d'emploi, Nazif a déclaré que son gouvernement s'en tenait au programme électoral du président Hosni Moubarak qui prévoit la création de 4,5 millions d'emplois au cours des six prochaines années. La création de ces emplois se réalisera à travers six programmes visant à faciliter le financement des petites et moyennes entreprises, ce qui générera 280 000 nouveaux emplois par an. Le chef du gouvernement a également évoqué le problème des infrastructures et des zones d'urbanisme sauvage. « Nous avons établi un plan pour le développement des zones sauvages. Trois milliards de L.E. seront en outre consacrées au développement local pour améliorer le niveau des services dans les gouvernorats », a promis le premier ministre.

Sur le plan politique, Ahmad Nazif a promis de mettre fin à l'état d'urgence en vigueur depuis l'assassinat de l'ancien président Anouar Al-Sadate en 1981 et conformément auquel les manifestations sont interdites. « L'état d'urgence sera aboli lorsque nous aurons fini de préparer la nouvelle loi contre le terrorisme. J'ai donné des directives pour qu'une commission réunissant des experts et des représentants des divers ministères pour préparer le nouveau projet de loi », a déclaré le premier ministre. Il s'est de même engagé à supprimer les peines d'emprisonnement contre les journalistes et à promulguer au plus vite la nouvelle loi sur la magistrature.

Le discours du premier ministre a soulevé les critiques acerbes de l'opposition traditionnelle et islamiste. Cette dernière, plus forte que jamais avec 88 députés, voulait prouver « qu'elle a son mot à dire ». D'où un déluge de remarques sur le discours du premier ministre. « Ce discours n'apporte rien de nouveau et ne présente pas de solutions aux vrais problèmes des Egyptiens comme le logement et le chômage », a déploré le député islamiste Akram Al-Chaër, qui conteste les chiffres avancés par le gouvernement. « Est-il concevable que nous ayons un taux de croissance à 6 % alors que la plupart des Egyptiens vivent en dessous du seuil de pauvreté ? », interroge-t-il. Il critique également le plan du gouvernement visant à fournir des logements aux jeunes qu'il considère irréalisable. « Les logements offerts aux jeunes sont très petits et inadaptés et leurs prix ne sont pas à leur portée », souligne le député.

Les Frères musulmans, qui ont rejeté en bloc le bilan du gouvernement, ont été rejoints par les indépendants. Et même, certains députés du PND n'ont pas caché leurs critiques à l'égard du gouvernement. Certains comme Hamdi Al-Tahhane, président de la commission des transports, ont été assez virulents dans leurs critiques. « Le gouvernement n'a pas réalisé les promesses du président Moubarak. Ce gouvernement a perdu la confiance du peuple », déclare le député. Selon lui, le gouvernement doit reconnaître son échec en matière de réforme politique et économique.


Les réserves du PND

Autre fait marquant de cette séance houleuse, c'est l'attitude de certains députés du PND qui n'ont pas caché leurs critiques bien qu'ils aient voté en faveur de la confiance au gouvernement. Même s'il ne s'agit que de réserves, comme le souligne Chahinaz Al-Naggar, députée du parti, cette attitude est révélatrice des évolutions actuelles au sein du PND. Certains députés se sentent frustrés car ils n'ont pas été soutenus par le parti aux récentes élections législatives et ont dû se présenter aux élections en tant qu'indépendants. Ce n'est qu'après leur élection qu'ils ont été intégrés au parti. « La récente démission d'un certain nombre de cadres du parti comme Ossama Al-Ghazali Harb en protestation à la politique interne a encouragé les autres membres du parti à s'exprimer plus franchement, ce qui rend plus difficile la tâche du gouvernement », explique Nabil Abdel-Fattah du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram.

Les débats ont été par ailleurs attisés par la récente hausse des prix des télécommunications et le naufrage du ferry Al-Salam le mois dernier au large de la mer Rouge faisant plus de 1 000 morts. « Le gouvernement est le premier responsable de la fuite de Mamdouh Ismaïl, le gérant du ferry, hors du pays car son immunité parlementaire n'a été levée que très tardivement », souligne Ragab Hilal Hémeida, député d'Al-Ghad. La chute de la Bourse et le dossier de la corruption n'ont pas été en reste. « Le gouvernement laisse certains gros investisseurs manipuler la Bourse et ce sont les petits investisseurs qui ont payé le prix », accuse Ragab Hilal Hémeida, s'attirant une réponse simultanée du ministre des Affaires juridiques et des conseils représentatifs, Moufid Chéhab, qui a demandé à Hémeida de citer les noms de cesinvestisseurs.

Confronté à une opposition parlementaire plus coriace et à une pression plus forte de la société civile, le gouvernement d'Ahmad Nazif doit donc jouer aux équilibristes. La suppression annoncée de l'état d'urgence et des peines d'emprisonnement des journalistes, de même que l'annonce de la promulgation prochaine de la loi sur la magistrature visent sans doute à calmer les ardeurs de la société civile au moment où celle-ci se mobilise en faveur des libertés et de la démocratie. Les juges et les journalistes étaient encore mobilisés la semaine dernière pour revendiquer leurs droits.

Ola Hamdi

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