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Droits de l’homme . Ils seront introduits dans les programmes scolaires du secondaire à partir de la rentrée prochaine. Une initiative que l’opposition qualifie de mascarade.

Les principes universels racontés aux lycéens

En collaboration avec le ministère de l’Education, le Conseil des droits de l’homme a commencé à mettre en œuvre un plan pour introduire les principes des droits de l’homme dans les programmes scolaires. Il s’agit de sensibiliser les étudiants aux droits de l’homme et d’approfondir leur compréhension de ce concept. « Jusqu’à présent, il n’y a aucune allusion au concept des droits de l’homme dans nos programmes scolaires alors qu’ils sont enseignés à l’étranger et dans certains pays arabes. Il est temps de réparer cette erreur », affirme Mohamad Kamal Aboul-Magd, vice-président du Conseil national des droits de l’homme.

Le 15 mars, une commission regroupant des militants et des pédagogues a été formée pour définir les grandes lignes de ce programme destiné aux élèves du cycle secondaire.

Ce programme expliquera l’importance des droits de l’homme, notamment en ce qui concerne la protection des minorités religieuses ou raciales et la défense des droits des prisonniers et des détenus. « Cette matière doit également contenir des informations sur les chartes internationales des droits de l’homme, tout en soulignant le rôle du Conseil national des droits de l’homme créé en Egypte en 2003, et des ONG œuvrant dans ce domaine », explique Mohamad Sami, responsable au ministère de l’Education et membre de la commission. Le ministère de l’Education a débloqué la somme de 100 000 L.E. pour réaliser ce projet et imprimer les nouveaux manuels. De plus, des stages de formation seront organisés pour les professeurs qui seront chargés d’enseigner cette nouvelle matière.

Cette initiative reflète-t-elle une réelle volonté de l’Etat d’inculquer aux lycéens le concept des droits de l’homme ? Les avis divergent.

Selon Hussein Abdel-Razeq, du parti du Rassemblement, il ne s’agit que d’une tentative stérile pour améliorer l’image de l’Etat. « Cette mesure ne fera en rien avancer les pratiques. Face aux pressions américaines, le régime cherche à améliorer son image », explique-t-il. Mohamad Abdel-Alim, député du néo-Wafd, va encore plus loin. Selon lui, l’introduction de cette matière dans les programmes scolaires risque de ternir l’image de l’Egypte aux yeux des lycéens. Ceux-ci « constateront facilement la contradiction entre ce qu’il y a dans leurs manuels et ce qu’ils lisent dans les journaux et voient sur les chaînes satellites », prévient Abdel-Alim. Par ailleurs, le contenu de ces programmes est critiqué.

Parmi les militants de la société civile, beaucoup remettent en cause cette initiative. Adel Mekki, du Centre des droits de l’homme pour l’aide des prisonniers, explique qu’elle n’est qu’un décor destiné à la communauté internationale. L’échec, selon lui, du Conseil des droits de l’homme lui-même en est une preuve. « Lors de la création de ce conseil, l’Etat avait annoncé qu’il s’agissait d’une importante étape sur la voie des droits de l’homme. Trois ans plus tard, quels sont les changements concrets qui ont été réalisés ? La loi d’urgence existe toujours ainsi que la détention provisoire et les tribunaux militaires », lance Mekki.

De leur côté, les islamistes ont saisi l’occasion pour ressasser leurs rancœurs. Ils se demandent comment enseigner le respect des droits de l’homme alors que tous les rapports internationaux classent l’Egypte parmi les derniers pays qui pratiquent encore la torture. « Selon le dernier rapport publié par Amnesty International, l’Egypte est une destination vers laquelle les services de renseignements américains envoient en secret des détenus soupçonnés de terrorisme pour leur extorquer des aveux. Récemment encore, nous avons déposé une interrogation au Parlement pour éclaircir l’affaire de 19 prisonniers politiques qui avaient trouvé la mort en détention au début des années 1980. Où sont les droits de l’homme dans tout ça ? », se demande Akram Al-Chaër, député et membre des Frères musulmans.

Côté gouvernement, Ahmad Soliman, député du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir), défend la décision du ministère. « Chaque fois que l’Etat prend une mesure positive, les Frères musulmans et l’opposition tiennent à montrer à l’opinion publique qu’il s’agit de pressions extérieures. Tout ce qu’ils cherchent, c’est faire du bruit et embarrasser le gouvernement pour servir leurs propres intérêts politiques », dénonce-t-il. Et d’ajouter : « L’enseignement des droits de l’homme émane d’une volonté nationale. L’Egypte veut être à la hauteur des développements actuels dans le domaine des droits de l’homme ».

La décision sera prochainement discutée par les membres du comité de l’enseignement au Parlement. Débat à suivre.

Mirande Youssef

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