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Israël. Le Kadima et le Parti travailliste évoquent pour la première fois la possibilité d’une division de la Ville sainte entre Israéliens et Palestiniens.

Jérusalem, fin d’un tabou

Le tabou entourant la question d’une partition de Jérusalem se brise en Israël à en juger par les positions des principaux partis aux législatives du 28 mars qui n’hésitent plus à l’évoquer ouvertement.

A l’exception du Likoud, la grande formation de la droite nationaliste dirigée par Benyamin Netanyahu, le Kadima centriste, fondé par Ariel Sharon et conduit par Ehud Olmert, et le Parti travailliste ont inclus dans leur plate-forme ce concept. Et ils sont d’autant plus à l’aise pour en parler que les derniers sondages donnent environ deux tiers des Israéliens en faveur d’une partition de la ville entre Israël et les Palestiniens. « Jérusalem-Ouest est et restera la capitale d’Israël. Ses quartiers palestiniens feront partie d’Al-Qods, capitale du futur Etat palestinien », a affirmé lors d’une table ronde à Jérusalem Otniel Schneller, candidat de Kadima. Pour lui, « les quartiers palestiniens ne font pas partie de la Jérusalem historique qui elle ne sera jamais divisée ».

Une évolution d’autant plus notable pour le Kadima que son chef a été maire de Jérusalem entre 1993 et 2003, période durant laquelle il a construit deux quartiers juifs et donné son imprimatur à l’ouverture en 1996 d’un tunnel hautement controversé sous les mosquées. La question, pour Otniel, est de « définir ce qu’est Jérusalem pour nous ». Il évoque le « périmètre sacré » pour les juifs qui « restera sous souveraineté israélienne avec des arrangements sur les questions religieuses, démographiques, municipales et sécuritaires pour les deux populations ». Ce périmètre virtuel englobe la Vieille ville, l’Esplanade des mosquées (le mont du Temple pour les juifs), le mont des Oliviers, le mont Scopus, et le quartier de Cheikh Jarrah.

Colette Avital, candidate sur la liste du Parti travailliste, constate pour sa part que « la ville est divisée de facto. On garde le rêve du grand Jérusalem mais la réalité, c’est que les quartiers palestiniens ne doivent pas faire partie de notre capitale ». « Plus personne ne se promène dans les quartiers orientaux de la ville », a-t-elle dit lors de cette même table ronde organisée dans un grand hôtel de la ville. « Les quartiers juifs et les lieux saints resteront sous la souveraineté israélienne et nous voulons que la Vieille ville, avec le mont du Temple, ait un statut spécial mais pas international », explique-t-elle. Selon elle, en acceptant une partition de Jérusalem, « le Parti travailliste veut permettre que Jérusalem-Ouest soit reconnue comme capitale d’Israël par le monde entier ».

Ran Cohen, candidat au parti de gauche Meretz, s’est quant à lui réjoui que le Kadima et le Parti travailliste « rejoignent les positions de (son) parti qui milite depuis longtemps pour deux capitales pour deux peuples à Jérusalem ». Au grand dam de Reuven Rivlin, candidat du Likoud et président sortant de la Knesset, qui campe sur les positions traditionnelles du parti fondé en 1973 par Menahem Begin et Ariel Sharon. « Nous n’abandonnerons aucun quartier de Jérusalem. La plate-forme du Likoud n’a pas changé. Jérusalem restera la capitale éternelle et indivisible d’Israël », affirme-t-il. « En 1967, nous avons réalisé un rêve en redessinant les frontières de Jérusalem. Nous n’en bougerons pas », insiste-t-il. « Jérusalem ne doit pas être transformée en Belfast. Croire que l’on peut résoudre le conflit en divisant la ville est une grave erreur », estime M. Rivlin. Il a en revanche refusé de s’exprimer clairement sur le sort que le Likoud réserve aux quartiers exclusivement palestiniens de Jérusalem.

Hicham Mourad

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