A l’exception du Likoud, la grande formation
de la droite nationaliste dirigée par Benyamin Netanyahu,
le Kadima centriste, fondé par Ariel Sharon et conduit par
Ehud Olmert, et le Parti travailliste ont inclus dans leur
plate-forme ce concept. Et ils sont d’autant plus à l’aise
pour en parler que les derniers sondages donnent environ deux
tiers des Israéliens en faveur d’une partition de la ville
entre Israël et les Palestiniens. « Jérusalem-Ouest est et
restera la capitale d’Israël. Ses quartiers palestiniens feront
partie d’Al-Qods, capitale du futur Etat palestinien », a
affirmé lors d’une table ronde à Jérusalem Otniel Schneller,
candidat de Kadima. Pour lui, « les quartiers palestiniens
ne font pas partie de la Jérusalem historique qui elle ne
sera jamais divisée ».
Une évolution d’autant plus notable pour
le Kadima que son chef a été maire de Jérusalem entre 1993
et 2003, période durant laquelle il a construit deux quartiers
juifs et donné son imprimatur à l’ouverture en 1996 d’un tunnel
hautement controversé sous les mosquées. La question, pour
Otniel, est de « définir ce qu’est Jérusalem pour nous ».
Il évoque le « périmètre sacré » pour les juifs qui « restera
sous souveraineté israélienne avec des arrangements sur les
questions religieuses, démographiques, municipales et sécuritaires
pour les deux populations ». Ce périmètre virtuel englobe
la Vieille ville, l’Esplanade des mosquées (le mont du Temple
pour les juifs), le mont des Oliviers, le mont Scopus, et
le quartier de Cheikh Jarrah.
Colette Avital, candidate sur la liste du
Parti travailliste, constate pour sa part que « la ville est
divisée de facto. On garde le rêve du grand Jérusalem mais
la réalité, c’est que les quartiers palestiniens ne doivent
pas faire partie de notre capitale ». « Plus personne ne se
promène dans les quartiers orientaux de la ville », a-t-elle
dit lors de cette même table ronde organisée dans un grand
hôtel de la ville. « Les quartiers juifs et les lieux saints
resteront sous la souveraineté israélienne et nous voulons
que la Vieille ville, avec le mont du Temple, ait un statut
spécial mais pas international », explique-t-elle. Selon elle,
en acceptant une partition de Jérusalem, « le Parti travailliste
veut permettre que Jérusalem-Ouest soit reconnue comme capitale
d’Israël par le monde entier ».
Ran Cohen, candidat au parti de gauche Meretz,
s’est quant à lui réjoui que le Kadima et le Parti travailliste
« rejoignent les positions de (son) parti qui milite depuis
longtemps pour deux capitales pour deux peuples à Jérusalem
». Au grand dam de Reuven Rivlin, candidat du Likoud et président
sortant de la Knesset, qui campe sur les positions traditionnelles
du parti fondé en 1973 par Menahem Begin et Ariel Sharon.
« Nous n’abandonnerons aucun quartier de Jérusalem. La plate-forme
du Likoud n’a pas changé. Jérusalem restera la capitale éternelle
et indivisible d’Israël », affirme-t-il. « En 1967, nous avons
réalisé un rêve en redessinant les frontières de Jérusalem.
Nous n’en bougerons pas », insiste-t-il. « Jérusalem ne doit
pas être transformée en Belfast. Croire que l’on peut résoudre
le conflit en divisant la ville est une grave erreur », estime
M. Rivlin. Il a en revanche refusé de s’exprimer clairement
sur le sort que le Likoud réserve aux quartiers exclusivement
palestiniens de Jérusalem.