| |
|
Israël .
Grand favori des législatives, le chef du parti Kadima,
Ehud Olmert, entend fixer le tracé définitif des frontières
de l’Etat de façon unilatérale. Une position que rejettent
les Palestiniens. |
|
Dans
l’ombre de Sharon |
En
se rendant aux urnes, mardi 28 mars, pour élire leur 17e
Parlement, les électeurs israéliens se sont aussi prononcés,
pour la première fois depuis la création de leur Etat,
sur la question si longtemps éludée du tracé de leurs
frontières.
En effet,
sept mois après la fin du retrait unilatéral de la bande
de Gaza, Israël semble prêt à se lancer dans une nouvelle
série d’évacuations partielles en Cisjordanie. L’enjeu
du scrutin a été imposé par le grand favori, le parti
centriste Kadima, et se fonde sur le principe d’une séparation
unilatérale d’avec les Palestiniens, la clé de voûte de
la plate-forme électorale du parti.
Ehud Olmert,
60 ans, qui assure l’intérim à la direction du gouvernement
et du Kadima, veille soigneusement à marcher sur les traces
de son mentor Sharon, en coma profond depuis début janvier.
« S’il était là, il ferait la même chose », affirme-t-il
à ses collaborateurs. Si les Israéliens décident que c’est
le Kadima qui prendra en main leurs destinées, M. Olmert
pourrait entrer de plain-pied dans l’Histoire comme celui
qui aura fixé la frontière orientale du pays. Son plan
préconise le maintien des grands blocs de colonisation
juive en Cisjordanie qui seront « enveloppés » à l’intérieur
de la très controversée « barrière de sécurité » édifiée
par Israël dans ce territoire palestinien occupé.
En cas de
victoire du Kadima, que prévoient tous les sondages, M.
Olmert s’engage à faire en sorte que « dans les quatre
ans, les frontières permanentes d’Israël lui permettent
de se séparer de la majorité de la population palestinienne
et de préserver une importante et stable majorité juive
». Sans préciser le tracé exact des frontières, il considère
qu’elles devront inclure en Cisjordanie les colonies du
Goush Etzion, le pourtour de Jérusalem, les colonies d’Ariel
et de Maalé Adoumim, ainsi qu’une « zone de sécurité »
dans la vallée du Jourdain et Jérusalem-Est annexée. «
C’est un processus coordonné, pas avec les Palestiniens,
car ils ne sont pas des partenaires, mais avec les Etats-Unis
et les dirigeants européens ». |
Inquiétude palestinienne
|
|
Les propos
de M. Olmert sont mal perçus côté palestinien où l’on
redoute l’annexion de larges secteurs de Cisjordanie.
« Un tel plan ne produira pas la paix. Tout au plus, il
peut apporter un cessez-le-feu de dix ans », a prévenu
le dirigeant Mahmoud Abbass. Les Palestiniens s’inquiètent
en effet de l’après-élection en Israël, qui devrait déboucher
sur une séparation unilatérale entre les deux peuples
et dont ils devraient être les grands perdants.
Cette
approche unilatérale, engagée par le premier ministre
Ariel Sharon avec le désengagement en septembre 2005 de
la bande de Gaza après 38 ans d’occupation, et suivie
à la lettre par son successeur, est rejetée en bloc par
les Palestiniens qui y voient une tentative d’annexer
de larges parcelles de la Cisjordanie occupée. « C’est
une politique qui nous est dictée par les Israéliens.
Elle n’est pas bonne », affirme le principal négociateur
palestinien, Saëb Eraqat. Il est convaincu que tout autre
retrait unilatéral et la politique de séparation totale
des deux populations marqueront la fin des négociations
de paix destinées à aboutir à un règlement du conflit
israélo-palestinien. « Après les élections, quel que soit
le parti qui gagne, je suis certain que les Israéliens
ne reviendront pas à la table des négociations », dit-il.
« Cette politique n’apportera pas la sécurité, mais au
contraire plus de problèmes et d’insécurité ». Selon lui,
les Palestiniens seront incontestablement les grands perdants
car leur vie quotidienne est étroitement liée à Israël.
« Comment allons-nous nous approvisionner en eau, en nourriture,
nous soigner ? », s’interroge-t-il.
Le Hamas,
qui a formé le gouvernement palestinien après sa victoire
aux législatives, refuse également cette politique, vue
comme une nouvelle « agression brutale » contre les Palestiniens.
Mais le mouvement islamiste rejette dans le même temps
des pourparlers de paix avec l’Etat hébreu, à qui il nie
le droit même d’exister. « La politique d’Ehud Olmert
est le prolongement de celle de Sharon. Il n’envisage
que des solutions unilatérales. Nous n’accepterons pas
de solutions unilatérales ou partielles », a indiqué le
porte-parole parlementaire du mouvement islamiste, Salah
Bardawil. Le député affirme que les « élections israéliennes
ont toujours été liées à la situation interne des Palestiniens
». « Tous les candidats au Parlement (israélien) ont besoin
de présenter plus de victimes palestiniennes, d’occuper
plus de terres, d’annuler plus d’accords pour s’assurer
les voix des électeurs », a-t-il estimé.
Vu ces positions
du Hamas ainsi que celles de Tel-Aviv, les élections en
Israël devraient se solder par la rupture des relations
politiques entre les deux parties. Tous les responsables
israéliens, de droite comme de gauche, ont exclu de travailler
avec le nouveau cabinet islamiste, qu’ils qualifient de
« terroriste ». Au Hamas, ces relations sont également
hors de question. Interrogé pour savoir s’il pourrait
discuter avec un cabinet Olmert, le nouveau ministre des
Affaires étrangères, Mahmoud Zahar, a dit : « Les Israéliens
ont décidé de ne travailler avec aucun gouvernement palestinien,
en particulier le Hamas après un scrutin qui a été transparent
». « Israël n’a rien à proposer. Le nouveau gouvernement
(palestinien) le sait et cela rendra impossible des négociations
qui n’ont pour but que de gagner du temps », a-t-il conclu.
|
| Hicham
Mourad |
|
| Retour
au sommaire |
| |
|
|
|