Anticipant le
sommet arabe de Khartoum, qui s’est ouvert ce mardi, les Etats-Unis
ont réussi à faire adopter vendredi par le Conseil de sécurité
des Nations-Unies une résolution appelant à l’accélération
des préparatifs pour le déploiement d’une force internationale
dans cette région ouest du Soudan, où les Casques bleus prendront
cette année la relève des soldats de l’Union africaine.
Cependant, le
projet de résolution soumis aux chefs d’Etat arabes évite
soigneusement toute référence à la résolution de l’Onu, à
laquelle le gouvernement soudanais n’a pas encore réagi. Il
se contente d’affirmer « que l’envoi de toute force autre
que celle de l’Union Africaine (UA) au Darfour nécessite un
accord préalable du gouvernement soudanais ». Le Soudan, pays
hôte du sommet, qui souhaitait obtenir un large soutien des
dirigeants arabes à son refus du déploiement d’une force de
l’Onu au Darfour, a été pris de court par la résolution onusienne.
D’autant plus qu’il comptait sur le facteur temps, après la
décision prise par l’UA de prolonger jusqu’au 30 septembre
sa mission au Darfour et d’accepter le principe de son relèvement
par une force de l’Onu. Mais le pouvoir soudanais, complètement
englouti par la crise, n’a cessé de répéter craindre que ce
transfert ne s’apparente à un complot qui conduira le Soudan
à la même situation que l’Iraq.
Toutefois, la
situation sur le terrain, alors que des dizaines de personnes
périssent chaque mois au Darfour, avec en ricochet une déstabilisation
du Tchad, voisin du Darfour, a poussé la communauté internationale
à ce changement de stratégie. Dans ce climat de tension croissante,
le président soudanais Omar Al-Béchir a affirmé que le Darfour
se transformerait en « cimetière » pour les troupes étrangères
dépêchées sur place sans le feu vert de Khartoum. Cela n’a
pas empêché le président américain George W. Bush de se déclarer
lundi favorable à ce que l’Otan dirige la force de l’Onu,
et adresse un message très ferme au régime soudanais. Alors
que les chefs d’Etat arabes, dont plusieurs sont des alliés
de Washington, préfèrent généralement se conformer à la légalité
internationale.
De son côté,
le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a donné
le ton de la position arabe en affirmant dimanche, que « la
résolution de l’Onu nécessitait un examen calme pour décider
de la manière dont elle serait traitée ». Moussa a eu des
discussions samedi à ce sujet avec le vice-président soudanais
Ali Osmane Taha, qui a affirmé que les « consultations se
poursuivraient pour parvenir à une entente sur cette question
».
Mais, selon des
diplomates arabes participant aux réunions des ministres,
Khartoum semble acculé à accepter l’envoi de troupes internationales
au Darfour, car il n’a plus le choix, même si Khartoum s’est
toujours opposé au déploiement d’une force internationale,
arguant que ceci amènerait les rebelles à durcir leurs positions
aux négociations en cours à Abuja, sous l’égide de l’UA, pour
parvenir à un règlement politique du conflit, et retarderait
ainsi un accord de paix, déjà difficile à trouver.