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Palestine . Boycotté par l’Occident et Israël, et politiquement aux antipodes de la présidence de l’Autorité palestinienne, la tâche du gouvernement Hamas, investi mardi, s’annonce difficile.

A l’épreuve de l’isolement

Le Conseil Législatif Palestinien (CLP, Parlement) a tenu lundi les discussions sur l’investiture du gouvernement formé par le Hamas, deux mois après la victoire aux législatives du Mouvement de la résistance islamique, qui a remporté 74 des 132 sièges de l’assemblée.

Lundi, lors de la séance d’ouverture, le premier ministre palestinien désigné, Ismaïl Haniyeh, a souligné la disposition de son cabinet à réduire l’isolement auquel il fait face, et ce en affirmant que son gouvernement est prêt à entamer un dialogue avec le Quartette (les Etats-Unis, l’UE, la Russie et l’Onu) sur le Proche-Orient, pour mettre fin au conflit israélo-palestinien. « Nous n’avons jamais été des partisans de la guerre, du terrorisme ou des effusions de sang, mais c’est l’occupation israélienne qui a exercé toutes les formes de terrorisme contre notre peuple en le chassant hors de sa patrie et en l’assiégeant et l’affamant », a-t-il déclaré. M. Haniyeh a de même affirmé que son gouvernement « abordera les accords signés par l’Autorité palestinienne avec un sens élevé de responsabilité nationale, susceptible de servir au mieux les intérêts de notre peuple ».

Il a en outre appelé les Etats-Unis à réviser leur politique à l’égard du peuple palestinien et à faire preuve d’équité et de responsabilité en cessant de soutenir l’occupation et d’user d’une politique de deux poids deux mesures, afin que paix, stabilité et prospérité puissent s’instaurer dans la région.

Détaillant les principaux axes de son programme de gouvernement, M. Haniyeh a cité en premier lieu « le droit de notre peuple à se défendre face à l’occupation, pour l’élimination des colonies, du mur de l’apartheid et son droit à poursuivre la lutte pour la création d’un Etat palestinien indépendant avec Jérusalem pour capitale ».


Difficultés internes

Les difficultés qu’affronte le nouveau cabinet ne sont pas seulement externes, mais aussi internes. Dimanche, M. Abbass a indiqué qu’il ne s’opposerait pas à l’investiture, qui a lieu mardi, mais a prévenu le Hamas que « le choix démocratique ne signifie pas un renoncement aux engagements légaux et politiques de l’Autorité palestinienne et de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), l’unique représentant légal du peuple palestinien ». M. Abbass a ainsi lancé une mise en garde voilée dans une lettre adressée à Haniyeh, qu’il pourra révoquer à tout moment comme le lui donne le droit de la loi fondamentale palestinienne, mais au prix d’une grave crise politique.

M. Abbass a prévenu que le gouvernement devra préserver « les acquis politiques des Palestiniens et éviter de donner des prétextes au gouvernement israélien » pour qu’il viole les accords signés avec les Palestiniens et impose « des solutions et des frontières unilatérales ».

Le président palestinien reproche au Hamas de ne pas reconnaître dans son programme la prééminence de l’OLP, qui regroupe les mouvements nationalistes palestiniens, mais pas le Hamas. L’OLP avait signé avec Israël en 1993 les accords d’autonomie ayant permis la création de l’Autorité palestinienne l’année suivante, alors que le Hamas s’était opposé à ces accords, n’ayant jamais reconnu le droit d’existence d’Israël et proclamant la nécessité de poursuivre la lutte armée.

Néanmoins, le Hamas s’est efforcé de minimiser les éventuels conflits avec le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbass. « Nous ne pouvons pas nous mettre d’accord sur un programme commun du jour au lendemain mais les intérêts palestiniens nous poussent à trouver des terrains d’entente », a affirmé le porte-parole parlementaire du Hamas, Salah Bardawil.

Pour sa part, le porte-parole du groupe Sami Abou-Zouhri a insisté sur le fait qu’ils sont « confiants dans les relations entre le mouvement Hamas, le gouvernement et le président Mahmoud Abbass ». Mais, a-t-il tenu à préciser, le programme du gouvernement ne concerne que le Conseil législatif palestinien.

Dans ce contexte, la cohabitation sans précédent entre M. Abbass, qui est issu du mouvement Fatah, et le gouvernement Hamas, s’annonce difficile. « Le gouvernement Hamas ne pourra pas appliquer une politique qui ne soit pas conforme à celle du président Abbass, car le pouvoir exécutif est divisé en deux branches : la présidence du gouvernement et la présidence de l’Autorité palestinienne », souligne l’ancien député indépendant Azmi Chouaïbi. Et d’ajouter : « Je ne pense pas que les ministres vont pouvoir faire quoi que ce soit sans un minimum d’entente avec Abou-Mazen sur les orientations et la politique du gouvernement ».

 

Rania Adel
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