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Téléphonie fixe . Suite à une forte protestation de ses abonnés, Telecom Egypt est revenue sur sa décision de majorer rétroactivement ses tarifs sur les appels locaux. La hausse reste effective dès le début avril.

La minute s'alourdit

Vous venez de recevoir votre facture de téléphone fixe ? Bonne nouvelle : vous n'aurez pas à la payer. Du moins pas tout de suite. Car après avoir annoncé des hausses rétroactives sur les appels locaux, le gouvernement a dû céder à la pression des consommateurs et revenir sur sa décision. Il a alors fait savoir que la hausse des tarifs ne sera appliquée qu'à partir du mois d'avril et non du mois de novembre, comme l'avaient voulu dans un premier temps les responsables de Telecom Egypt (TE). Cette dernière doit donc refaire ses calculs. « Les factures des clients seront recalculées selon les anciens tarifs », a promis Tareq Kamel, ministre des Télécommunications et de la technologie de l'information.
 

La décision de TE de revoir rétroactivement les tarifs à la hausse avait suscité une ample vague de mécontentement des consommateurs. Au cours de la semaine dernière, nombre de députés d'opposition n'ont pas non plus manqué de questionner le gouvernement sur l’affaire. Alors que de leur côté, les associations de consommateurs ont appelé à un boycott symbolique des téléphones fixes pendant une journée. Quelques-uns ont même incité les citoyens à ne pas payer la facture du mois d’avril afin d’obliger le gouvernement à revenir sur sa décision. Abdel-Rahmane Al-Sawi, membre de la chambre de télécommunications à l’Union des industries, assure que toute augmentation rétroactive est inconstitutionnelle. « Telecom Egypt devrait prévenir ses clients avant d’augmenter les tarifs. En tant que consommateur, je pourrais vouloir renoncer à leur service, ou peut-être prendre des précautions et diminuer mes appels. Si les consommateurs avaient engagé un procès contre cette société, ils l'auraient gagné », assure Al-Sawi qui est d’ailleurs en faveur de l’augmentation des tarifs mais à condition qu’elle soit transparente.

Cette hausse imprévue des tarifs avait engendré des conséquences catastrophiques pour certains. « D’habitude, ma facture trimestrielle d’Internet est de 200 à 240 L.E. Cette fois, elle était de 600 L.E. pour le même niveau de consommation. Si j'avais été informé de cette hausse, je me serais abonné au service ADSL, devenu moins cher », assure Fouad qui n’est qu’un parmi les 10,5 millions d’abonnés de TE, surpris par une hausse imprévue des tarifs. Fouad compte quand même bientôt avoir recours à l'ADSL puisque la hausse en question n'est que reportée.

Selon les nouveaux, l'abonnement trimestriel d'une ligne téléphonique fixe passera de 24 L.E. à 30 L.E., soit une hausse de presque 25 %. Ce qui procurera à TE quelque 250 millions de L.E. de plus par an. Par ailleurs, la première minute des appels locaux ainsi que de l'Internet coûtera dorénavant 6 piastres au lieu de 5 piastres et chaque minute supplémentaire coûtera 2 piastres au lieu d'une seule piastre. TE réduira également les minutes gratuites de 160 à 50 minutes par facture.

Cette augmentation des tarifs et la façon dont elle a eu lieu, avant que le gouvernement ne revienne sur sa décision, évoquent une question primordiale : celle du rôle de l’Organisme national pour la régulation des télécommunications et sa structure. Celui-ci est supposé être un régulateur indépendant du secteur, qui veille sur les intérêts des consommateurs. Il est supposé surveiller et contrôler l’activité de TE ainsi que celle de toutes les entreprises de télécommunications du pays. Mais comme il est sous la tutelle du ministre des Télécommunications, il ne joue guère ce rôle. Jamais cet Organisme n'a par exemple refusé une augmentation des tarifs de téléphonie fixe ou n’a imposé des contraventions à cette société. Son président, Amr Badawi, non seulement ne s'est pas prononcé contre la hausse rétroactive des tarifs mais en plus, il n'en était pas informé. « L’Organisme a approuvé la hausse des tarifs en janvier. Je n’étais pas encore arrivé à la tête de l’Organisme », a assuré Badawi à Al-Ahram Hebdo avant que le gouvernement ne revienne sur la décision.


Expansion du réseau

Le gouvernement et les responsables ont de leur part émis une série de déclarations pour justifier la hausse des tarifs. Tareq Kamel, ministre des Télécommunications et de la technologie des informations, et Oqeil Béchir, le PDG de Telecom Egypt, ont surtout essayé de donner une signification sociale à leur décision. « Cette hausse est indispensable pour pouvoir étendre le réseau dans toutes les zones rurales. Cette extension nécessite des sommes énormes que les revenus actuels de l’entreprise ne réussiront pas à couvrir », affirme Oqeil Béchir. Et d’ajouter que la plupart des consommateurs des zones rurales ne payent que l'abonnement car ils ne dépassent pas leur quota d'appels gratuits. « De plus, la plupart des abonnés en zones rurales n'ont pas recours aux services supplémentaires proposés par l’entreprise », ajoute-t-il en soulignant que les frais de maintenance dépassent de loin l'abonnement payé par ces consommateurs.

Même son de cloche chez Tareq Kamel qui explique que la nouvelle hausse est indispensable pour accroître de 1 million le nombre de lignes téléphoniques par an dans les campagnes. Si l'on maintient les tarifs actuels, TE ne pourra proposer que 450 000 lignes, surtout après la baisse des frais de souscription de 500 à 250 L.E., dit-il. « L’augmentation des tarifs est donc un choix adéquat pour réaliser les nouvelles expansions du réseau », se défend Kamel.

Mais cette idée présentée par le ministre n’a pas recueilli l'approbation recherchée. Pour Abdel-Rahmane Al-Sawi, membre de la chambre des télécommunications à la Fédération des industries, « si le gouvernement veut desservir les zones pauvres ou lointaines, c’est au Fonds des services généraux, que le gouvernement a créé, d’assumer ce rôle et pas aux clients de Telecom Egypt. Surtout que cette dernière n’est plus un organisme entièrement public mais une société dont une partie des actions sont échangées en Bourse », explique-t-il. Un expert des communications qui a requis l’anonymat apporte à son tour une précision : « Après la vente de 20 % de ses actions en Bourse, Telecom Egypt veut s’embellir en augmentant ses profits. Y a-t-il un moyen plus facile que la hausse des frais ? Certainement pas. Mais lesquels ? Les responsables savent bien que s’ils augmentent le coût des appels entre gouvernorats, les consommateurs pourront simplement supprimer ce service et avoir recours au portable dont le prix de la minute serait à ce moment moins cher. Ils n'ont pas pu non plus toucher aux tarifs internationaux vu la forte compétition qui les attend avec l'arrivée des deux nouveaux opérateurs cette année. Bref, Telecom Egypt a choisi de sacrifier le consommateur au lieu de menacer ses propres intérêts », résume-t-il.

Marwa Hussein
Névine Kamel

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