L’optimisme exprimé
par le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, à
la veille du sommet de Khartoum était bien surprenant pour
de nombreux Arabes. Celui-ci pense que les conjonctures arabes
sont aujourd’hui relativement plus favorables qu’elles ne
l’étaient il y a quelques années. Il n’entend pas par là que
ce sommet pourra résoudre tous les problèmes de la région.
Mais si les conjonctures arabes sont plus favorables, ceci
est supposé se refléter sur les travaux du sommet lequel,
par conséquent, devra aboutir à de meilleurs résultats que
les sommets précédents d’Alger et de Tunis.
Lors du sommet
de Tunis en 2004, le secrétaire général de la Ligue arabe
avait prononcé un discours qualifié d’agressif. La tension
qui a entouré le sommet de Tunis et qui a mené à son ajournement
de deux mois ne s’est pas répétée lors du sommet d’Alger en
2005.
Cependant, ce
sommet a connu un relâchement qui n’est pas approprié avec
les conjonctures arabes détériorées, notamment l’assassinat
du premier ministre libanais Rafiq Hariri, à la veille de
la tenue du sommet. Les dirigeants arabes, au lieu de discuter
les dimensions de la crise et les moyens de la régler, sont
restés bouche bée à écouter un long discours du leader libyen
Moammar Kadhafi.
Abstraction faite
de l’estimation des conjonctures entourant le sommet de Khartoum,
il est certain que sa mission ne sera pas plus facile que
celle des deux sommets précédents. Elle sera même plus difficile
car la situation arabe générale est moins reluisante ou du
moins n’a connu aucune amélioration justifiant l’optimisme.
Ceci est évident
en ce qui concerne l’Iraq, qui affronte inéluctablement le
danger de la guerre civile. La situation en Iraq est aujourd’hui
plus dangereuse qu’elle ne l’était ces deux dernières années.
La preuve en est que plus d’un haut responsable arabe a mis
en garde contre le danger de l’extension du conflit confessionnel
en Iraq vers le reste des pays arabes. Comment donc dire que
la situation prête à l’optimisme alors qu’elle prêtait au
désespoir il y a encore peu de temps ?
Bien que le mouvement
arabe ait commencé par l’organisation d’un dialogue iraqien,
considéré comme une évolution positive, il est survenu très
en retard. C’est pourquoi il n’a pas eu de résultats positifs
sur la situation iraqienne.
Ce mouvement
est survenu deux ans après la recommandation émise par la
délégation de la Ligue arabe qui a visité l’Iraq fin 2003.
Deux ans est une longue période pour une société souffrant
des prémices d’une guerre civile depuis le début des années
1990. Mais le régime arabe officiel habitué à la lenteur considère
la période de deux ans comme un laps de temps négligeable.
Son mouvement tardif a donc été inefficace.
Si la situation
en Iraq empire de manière à susciter le pessimisme et non
l’optimisme, l’agenda arabe affronte une nouvelle crise non
moins dangereuse qui elle aussi suscite le pessimisme. Il
s’agit de la crise syro-libanaise complexe qui englobe trois
crises en même temps. D’abord la crise interne au Liban, dont
les forces politiques et confessionnelles essayent de régler
certains éléments en se basant sur le dialogue national et
non sur le rôle arabe qui ne jouit plus de la confiance de
certaines parties au dialogue. Quant à la crise du régime
syrien lui-même, qui affronte un isolement croissant, le régime
arabe officiel a prouvé qu’il n’est pas qualifié pour lui
trouver une issue.
Enfin, en ce
qui concerne la crise des relations syro-libanaises, le régime
arabe officiel est parvenu à jouer un rôle dans la limitation
de son escalade et non à lui trouver un règlement. Ce dernier
implique un rôle actif dans la crise au Liban de manière à
réduire les dissensions internes dues aux relations houleuses
avec la Syrie. Il implique aussi une capacité arabe de convaincre
la Syrie qu’il n’est plus possible de considérer le Liban
comme une arrière-cour du régime de Damas.
Cette crise complexe
aux trois dimensions, dont la résolution de chaque dimension
est liée aux deux autres, est une autre preuve que la situation
arabe aujourd’hui est pire qu’elle ne l’était il y a deux
ou trois ans, et non le contraire.
Quant au Soudan
qui accueille cette fois-ci le sommet, il n’a réalisé aucun
développement dans la résolution de la crise du sud.
Avant de s’engager
sur la voie du développement, a explosé la crise du Darfour,
dont la communauté internationale revendique de plus en plus
son internationalisation. Le régime arabe a levé le drapeau
blanc devant cette crise dès le départ alors que certaines
parties se sont contentées de prendre part au mouvement organisé
par le régime africain dans une tentative de sauver le maximum.
Si la position des régimes arabes a démontré une nouvelle
fois la faiblesse de ses performances et la lenteur de ses
mouvements, elle a aussi dévoilé une nonchalance impressionnante
envers des massacres qui ont fait des dizaines de milliers
de victimes. C’est un nouveau drame humain qui vient s’ajouter
à la crise libano-syrienne sur l’agenda arabe officiel déjà
surchargé. Tout ceci ne porte décidément pas à l’optimisme.
Un dernier événement
est survenu avant le sommet qui lui aussi ne prête pas à l’optimisme.
Il s’agit des répercussions de la formation du gouvernement
du Hamas.
Les pressions
internationales qui augmenteront certainement de jour en jour
ajoutent de nouveaux fardeaux politique et financier aux régimes
arabes. De plus, le régime arabe devra essayer de limiter
les pressions internationales qui ont pour objectif d’obliger
le mouvement islamiste et son gouvernement à s’adapter immédiatement
aux exigences du processus de paix, d’une part, et à montrer
une certaine flexibilité, d’autre part. Une flexibilité dont
la notion diffère beaucoup de celle des Américains ou des
Européens.
De plus, les
régimes arabes se trouvent obligés de compenser les aides
américaines et européennes qui étaient versées au régime palestinien.
Ce, alors que certaines parties n’ont pas payé de manière
régulière les aides décidées par le sommet du Caire en octobre
2000.
Après tout ceci,
où sont les raisons de l’optimisme ?