Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Points de vue

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Idées
Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine

Khartoum et les conjonctures arabes

Wahid Abdel-Méguid
Politologue

L’optimisme exprimé par le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, à la veille du sommet de Khartoum était bien surprenant pour de nombreux Arabes. Celui-ci pense que les conjonctures arabes sont aujourd’hui relativement plus favorables qu’elles ne l’étaient il y a quelques années. Il n’entend pas par là que ce sommet pourra résoudre tous les problèmes de la région. Mais si les conjonctures arabes sont plus favorables, ceci est supposé se refléter sur les travaux du sommet lequel, par conséquent, devra aboutir à de meilleurs résultats que les sommets précédents d’Alger et de Tunis.

Lors du sommet de Tunis en 2004, le secrétaire général de la Ligue arabe avait prononcé un discours qualifié d’agressif. La tension qui a entouré le sommet de Tunis et qui a mené à son ajournement de deux mois ne s’est pas répétée lors du sommet d’Alger en 2005.

Cependant, ce sommet a connu un relâchement qui n’est pas approprié avec les conjonctures arabes détériorées, notamment l’assassinat du premier ministre libanais Rafiq Hariri, à la veille de la tenue du sommet. Les dirigeants arabes, au lieu de discuter les dimensions de la crise et les moyens de la régler, sont restés bouche bée à écouter un long discours du leader libyen Moammar Kadhafi.

Abstraction faite de l’estimation des conjonctures entourant le sommet de Khartoum, il est certain que sa mission ne sera pas plus facile que celle des deux sommets précédents. Elle sera même plus difficile car la situation arabe générale est moins reluisante ou du moins n’a connu aucune amélioration justifiant l’optimisme.

Ceci est évident en ce qui concerne l’Iraq, qui affronte inéluctablement le danger de la guerre civile. La situation en Iraq est aujourd’hui plus dangereuse qu’elle ne l’était ces deux dernières années. La preuve en est que plus d’un haut responsable arabe a mis en garde contre le danger de l’extension du conflit confessionnel en Iraq vers le reste des pays arabes. Comment donc dire que la situation prête à l’optimisme alors qu’elle prêtait au désespoir il y a encore peu de temps ?

Bien que le mouvement arabe ait commencé par l’organisation d’un dialogue iraqien, considéré comme une évolution positive, il est survenu très en retard. C’est pourquoi il n’a pas eu de résultats positifs sur la situation iraqienne.

Ce mouvement est survenu deux ans après la recommandation émise par la délégation de la Ligue arabe qui a visité l’Iraq fin 2003. Deux ans est une longue période pour une société souffrant des prémices d’une guerre civile depuis le début des années 1990. Mais le régime arabe officiel habitué à la lenteur considère la période de deux ans comme un laps de temps négligeable. Son mouvement tardif a donc été inefficace.

Si la situation en Iraq empire de manière à susciter le pessimisme et non l’optimisme, l’agenda arabe affronte une nouvelle crise non moins dangereuse qui elle aussi suscite le pessimisme. Il s’agit de la crise syro-libanaise complexe qui englobe trois crises en même temps. D’abord la crise interne au Liban, dont les forces politiques et confessionnelles essayent de régler certains éléments en se basant sur le dialogue national et non sur le rôle arabe qui ne jouit plus de la confiance de certaines parties au dialogue. Quant à la crise du régime syrien lui-même, qui affronte un isolement croissant, le régime arabe officiel a prouvé qu’il n’est pas qualifié pour lui trouver une issue.

Enfin, en ce qui concerne la crise des relations syro-libanaises, le régime arabe officiel est parvenu à jouer un rôle dans la limitation de son escalade et non à lui trouver un règlement. Ce dernier implique un rôle actif dans la crise au Liban de manière à réduire les dissensions internes dues aux relations houleuses avec la Syrie. Il implique aussi une capacité arabe de convaincre la Syrie qu’il n’est plus possible de considérer le Liban comme une arrière-cour du régime de Damas.

Cette crise complexe aux trois dimensions, dont la résolution de chaque dimension est liée aux deux autres, est une autre preuve que la situation arabe aujourd’hui est pire qu’elle ne l’était il y a deux ou trois ans, et non le contraire.

Quant au Soudan qui accueille cette fois-ci le sommet, il n’a réalisé aucun développement dans la résolution de la crise du sud.

Avant de s’engager sur la voie du développement, a explosé la crise du Darfour, dont la communauté internationale revendique de plus en plus son internationalisation. Le régime arabe a levé le drapeau blanc devant cette crise dès le départ alors que certaines parties se sont contentées de prendre part au mouvement organisé par le régime africain dans une tentative de sauver le maximum. Si la position des régimes arabes a démontré une nouvelle fois la faiblesse de ses performances et la lenteur de ses mouvements, elle a aussi dévoilé une nonchalance impressionnante envers des massacres qui ont fait des dizaines de milliers de victimes. C’est un nouveau drame humain qui vient s’ajouter à la crise libano-syrienne sur l’agenda arabe officiel déjà surchargé. Tout ceci ne porte décidément pas à l’optimisme.

Un dernier événement est survenu avant le sommet qui lui aussi ne prête pas à l’optimisme. Il s’agit des répercussions de la formation du gouvernement du Hamas.

Les pressions internationales qui augmenteront certainement de jour en jour ajoutent de nouveaux fardeaux politique et financier aux régimes arabes. De plus, le régime arabe devra essayer de limiter les pressions internationales qui ont pour objectif d’obliger le mouvement islamiste et son gouvernement à s’adapter immédiatement aux exigences du processus de paix, d’une part, et à montrer une certaine flexibilité, d’autre part. Une flexibilité dont la notion diffère beaucoup de celle des Américains ou des Européens.

De plus, les régimes arabes se trouvent obligés de compenser les aides américaines et européennes qui étaient versées au régime palestinien. Ce, alors que certaines parties n’ont pas payé de manière régulière les aides décidées par le sommet du Caire en octobre 2000.

Après tout ceci, où sont les raisons de l’optimisme ?

Haut de page
Retour au sommaire
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631