En plein milieu de la crise
suscitée par la publication des caricatures
de Mohamad dans un journal danois et qui ont
été reprises ensuite par un certain nombre de
journaux européens, le président Bush a prononcé
son discours annuel sur l’état de l’union. Pour
la première fois, il a fait allusion à ce qu’il
a appelé l’« islam radical » et n’a pas utilisé
le terme « terroriste ».
Bien que le président américain
ait tenté de faire la différence entre l’islam
en tant que religion et l’islam extrémiste qui
va à l’encontre des concepts mêmes de la religion
pour devenir source de terrorisme, cette nouvelle
définition de l’islam se révèle être très dangereuse.
En effet, le danger réside dans le fait que
les Etats-Unis, par cette définition, ont attribué
le radicalisme à l’islam et non à un groupe
ou un Etat déterminé. Depuis quelque temps,
certains symboles intellectuels parmi les néo-conservateurs
américains tentaient de faire diffuser cette
même pensée. Ceci semble signifier qu’un changement
dans la vision américaine a eu lieu dans un
instant crucial de choc entre l’Europe et la
région arabo-musulmane. Bien que les Etats-Unis,
et avec eux la Grande-Bretagne, ne soient pas
directement impliqués dans cette crise, il sont
en train d’instaurer une nouvelle conception
de l’islam par l’intermédiaire de leur stratégie
planétaire. Cette conception est maintenant
prête à être active à tout moment. La question
est donc : comment faire face à ce qui se passe
?
Il est avant tout important
de ne pas tomber dans le piège de la généralisation
ou penser que le choc des civilisations et des
cultures est une fatalité.
A mon avis, ce ne sont pas
les civilisations qui entrent en conflit les
unes contre les autres ou au contraire créent
un dialogue, mais ce sont les hommes qui le
font pour des raisons relatives avant tout aux
intérêts. C’est donc un jeu d’intérêts.
De plus, les positions adoptées
par chacun n’émanent pas de données culturelles
ou civilisationnelles mais plutôt de la position
de chacun dans son cadre social, national ou
transnational, à cause de la mondialisation.
Il faut donc partir d’une base selon laquelle
les civilisations ne seraient pas des blocs
immobiles. Au contraire, à l’intérieur de chaque
civilisation, il y a des diversités et des contradictions.
Ceci a permis la présence de ce qu’on appelle
les diverses visions de la relation entre les
civilisations et non du dialogue ou du choc
entre elles. Ces relations ne sont en fin de
compte qu’une concrétisation de ces visions
conformément aux intérêts ou au contexte historique.
Autrement dit, il existe une diversité en Occident
à cause de la diversité humaine et de la diversité
des intérêts, et les civilisations ne sont pas
des blocs monolithiques comme le veut l’Occident
politique.
De plus, accepter l’idée de
la diversité nous permet de ne pas rompre avec
ceux qui, en Occident, ne perdent pas de vue
nos intérêts.
C’est ce qu’on appelle la continuité
civilisationnelle et civile, loin des intérêts
des gouvernements et des administrations politiques.
L’instant critique que le monde
entier vit actuellement a besoin d’une réflexion
profonde et d’un choix réfléchi pour parvenir
aux pratiques efficaces qui pourraient servir
à dépasser la crise actuelle .