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Musique . Lors de sa troisième visite en Egypte, le chef d’orchestre français Alain Paris a donné un concert à l’Opéra du Caire. Il est surtout venu poursuivre un travail de formation de jeunes musiciens égyptiens. Entretien.

« Maintenant, il faut aller chercher le public et essayer d’ouvrir le répertoire »

Al-Ahram Hebdo : Pendant votre séjour en Egypte, vous avez dirigé des ateliers de travail avec des musiciens et des chefs d’orchestre. En quoi cela a-t-il consisté ?

Alain Paris : Ce travail est une collaboration entre l’orchestre symphonique du Caire et le Centre français de coopération et de culture aidé par l’Association française de la rédaction artistique à Paris. On est arrivé cette fois-ci, en dehors du concert qui est le pivot de cette semaine et le travail avec les jeunes musiciens de l’orchestre, à faire une séance spéciale d’initiation pour les enfants francophones. Et c’est très important. Il n’y a pas de mystères, si l’on veut créer la relève en musiciens demain, il faut leur donner le goût dès maintenant. Ce n’est pas dans la société actuelle qu’ils vont trouver la réponse à des goûts naturels. La société qu’elle soit égyptienne, française ou américaine est noyée dans le bruit, les rythmes. Il n’y a pas de place, si on ne va pas la chercher, pour une culture artistique un peu au-dessus de l’ambiance quotidienne. Quant aux ateliers de direction d’artistes, c’est un tout autre niveau, on s’adresse à des adultes, dont certains sont en formation ou des professionnels, mais il y a ceux qui viennent à titre d’information. Et alors je leur parle de ce qu’est la vie du musicien ici ou ailleurs, surtout qu’ils se posent tellement de questions.

— Avez-vous toujours été intéressé par cet aspect pédagogique ?

— Dans la première partie d’une vie d’artiste, d’interprète, on est plus préoccupé par soi que par les autres. Ensuite, on commence à maîtriser son métier, et vient le moment où on est sollicité pour des jurys de concours. On se dit qu’on est passé là, de l’autre côté. J’ai eu l’opportunité de prendre en charge le cours de direction d’orchestre du Conservatoire de Strasbourg. C’était très utile et j’ai tenu à continuer aussi épisodiquement que ce soit à enseigner la direction d’orchestre. D’abord, parce qu’en enseignant, très égoïstement, on apprend beaucoup soi-même : on est obligé d’expliciter des choses qui sont implicites. Ensuite, on voit au travers de ce que font les élèves si on a bien montré ou mal montré. Mais, il y a une chose qu’il ne faut pas oublier : le chef d’orchestre est un pédagogue lorsqu’il prépare un orchestre. Il doit être à l’écoute des autres, analyser, diagnostiquer ce que font les musiciens et comment corriger, améliorer pour obtenir le résultat que vous voulez. Si on est assez pédagogique, on obtient de très bons résultats. Et c’est quelque chose qui se développe avec les années.

— Le contact avec l’orchestre égyptien et les jeunes dans les ateliers de travail est-il de bonne qualité ?

— Le contact entre l’orchestre et moi, en Egypte, s’avère très bon. Ils savent que je suis exigeant. Ils acceptent mon exigence parce qu’on a eu plusieurs expériences ensemble qui ont été concluantes. Si je les embête parce que je vais leur faire refaire plusieurs fois la même chose, ils me font confiance. Et cela je leur en sais gré, car c’est la seule possibilité pour aller beaucoup plus loin et progresser. D’autre part, à l’intérieur de la structure de l’orchestre à l’Opéra, je me suis rendu compte déjà l’année dernière d’une énorme différence par rapport à ma première visite qui se situe deux ans auparavant : le départ de musiciens à la retraite et l’arrivée de beaucoup de jeunes qui jouaient bien d’un instrument mais qui n’avaient pas d’expérience. Un gros lot de jeunes a un avantage et un inconvénient. L’avantage, c’est que cela apporte de l’oxygène. L’inconvénient, c’est que l’absence d’expérience nécessite un travail qui devient fastidieux pour ceux qui en ont. Lorsqu’il y a un renouvellement de masse, d’un orchestre, c’est un grand risque. J’ai constaté une grande évolution depuis l’année dernière. Il y avait des jeunes qui en tant qu’implication dans l’orchestre n’étaient pas dans le coup, ont compris cette année la vie d’un orchestre et comment ils sont une pierre dans cet édifice. Il y a encore du travail, mais l’orchestre est sur une voie qui démarre. Maintenant il faut aller chercher le public, les jeunes et essayer d’ouvrir le répertoire. Evidemment, il y a le coût terrible des partitions.

— Vous avez dirigé de nombreux morceaux du répertoire français. Les musiciens égyptiens travaillent-ils beaucoup la musique française ?

— Une des composantes fondamentales de la musique française, c’est le raffinement, la transparence, la vie instantanée, les Français comme les Latins sont des gens qui réagissent vite, et toute notre production artistique est le reflet de cela. Mais notre musique n’est pas facile à exporter. Exporter le boléro ou la Symphonie fantastique ne pose aucun problème. Mais exporter du Fauré ou du Messiaen, c’est plus difficile. Car souvent, les musiques françaises ne sont pas des musiques brillantes mais plutôt élitistes et qui passent à côté d’un public qui n’a pas été préparé, n’a pas été sensibilisé. C’est pour cela que j’aime m’atteler à un travail de continuité. Je n’aime pas passer dans une ville faire un concert puis repartir. Ce que j’essaye de faire actuellement, c’est une coopération fidélisée avec certains orchestres. Et Le Caire est en train de prendre le chemin. A revenir régulièrement, il se passe une relation avec l’orchestre, comme si on avait semé quelque chose qui entre dans les pratiques.

Soheir Fahmi

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