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Pollution Sonore. Elle occupe la 3e place sur la liste des problèmes environnementaux graves en Egypte. Pour la combattre, un budget vient d’être spécialement alloué par le ministère de l’Environnement.

Les nerfs à bout

 Dans les rues, les logements et même les lieux de travail égyptiens, les décibels atteignent une puissance extraordinaire, la tranquillité est perdue. Le bruit, qui est aussi un genre de pollution élément marquant du quotidien des Egyptiens, notamment des Cairotes.

Les bruits les plus fréquemment en cause proviennent des activités de loisirs, la musique essentiellement, les sports ou les jeux de jeunes dans les rues, mais aussi des véhicules à moteur (pots d’échappement détériorés ou trafiqués, klaxons utilisés sans modération, etc.), et des animaux ... « Je ne sais pas ce qui arrive aux Egyptiens, ils parlent à très haute voix ! C’est le stress peut-être », tente d’expliquer Mona Moustapha, professeur de 58 ans. Elle ajoute que dans les années 1960, les décibels étaient plus limités.

« Je crois que la surpopulation est responsable d’une façon ou d’une autre du bruit dans lequel nous vivons actuellement », déplore-t-elle. Aucun citoyen n’est épargné, la pollution sonore est partout. « Les sources de la pollution sonore sont multiples, mais la présence des activités commerciales au sein des zones habitées vient en tête de liste des nuisances », commente Mona Kamal, chef de la direction de lutte contre la pollution sonore, dépendant de l’Agence Egyptienne pour les Affaires de l’Environnement (AEAE).

Elle ajoute que la surpopulation et le comportement des gens aggravent le problème. « Je peux assurer que 50 % du problème réside dans le comportement des Egyptiens. Lors des cérémonies de mariage, véritable institution dans notre pays, la zaffa (cortège nuptial) et les cortèges de voitures avec l’utilisation à outrance des klaxons représentent un véritable problème. Sans oublier la musique diffusée à tue-tête. Même durant les funérailles, les haut-parleurs sont présents pour diffuser des versets du Coran », explique Mona Kamal. Cette dernière vient par ailleurs de réaliser une étude pour mesurer les taux de pollution sonore dans le métro. « Les résultats de cette étude m’ont beaucoup étonnée, car le taux de pollution s’élevait sensiblement à l’intérieur des wagons en fonction du nombre de passagers. Ces derniers parlent dans une cacophonie indescriptible. On subit les conversations téléphoniques d’autres usagers, on entend les détails de leurs problèmes personnels, au travail, en famille, leurs rendez-vous manqués, etc. Ce bruit permanent partout a affecté le sens de l’ouïe de beaucoup d’entre nous », assure-t-elle.

Les normes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) en la matière sont très strictes. Dans les zones habitées en effet, l’on ne doit pas dépasser 45 décibels durant la journée et 35 décibels la nuit. Les taux en Egypte varient d’un endroit à un autre, à Ataba, par exemple, il varie entre 85 et 90 décibels, ce qui est difficile à supporter pour l’homme.

En Egypte, la loi no4 de l’année 1994 a fixé des normes pour la pollution sonore. Les codes de la santé publique, pénal, de la route, etc., prévoient diverses sanctions, mais la loi n’est pas appliquée car, tout simplement, l’Egypte ne possède pas de réseau de mesure des décibels à l’échelle de la capitale. Le ministre de l’Environnement, Magued Georges, n’a cependant pas voulu en rester là, et pour la première fois dans l’histoire de l’AEAE, il a décidé d’allouer un budget pour lutter contre la pollution sonore. 4,1 millions de L.E. seront donc utilisées pour établir un réseau de mesure des taux de pollution sonore afin de les réduire.


Base de données et carte

« Nous avons élaboré tout un plan intégré pour lutter contre la pollution sonore et ce en coopération avec tous les ministères concernés tels que l’Intérieur, l’Habitat, les Waqfs, l’Information, le Tourisme, l’Education, la Santé, l’Aviation civile et le Transport », affirme le ministre. Pour ce faire, un comité a été formé regroupant des représentants des ministères concernés pour préparer une base de données ainsi qu’une carte de la pollution sonore du Grand-Caire (Le Caire, Guiza et Qalioubiya). Cela aidera le comité à mettre en place les stratégies visant la réduction du taux de décibel dans la capitale. Par ailleurs, le ministre entend, par mesure de prévention, « prendre en considération les taux de pollution sonore occasionnés éventuellement par les différents nouveaux projets au Caire et ce à travers des études sur l’impact environnemental ». Mais les efforts de tous les ministères concernés ne porteront leurs fruits que lorsque la population sera sensibilisée au problème, de sorte qu’elle commencera à changer de comportement. Et dans cette tâche, il est étroitement secondé par le ministère de l’Intérieur. « Nous avons entamé des campagnes intensives d’inspection dans les rues du Caire, qui dureront une année, et nous avons reçu dix appareils de mesure de l’AEAE », explique Ahmad Assem, attaché de presse au ministère de l’Intérieur. « Nous avons préparé un plan de sensibilisation qui sera exécuté au niveau de tous les gouvernorats de la République, nous préparons actuellement des spots télévisés, des brochures, des autocollants sur la pollution sonore. Nous allons tenir des colloques et des séminaires sur ce thème, mais nous demandons le soutien et le support des médias », déclare Magued Georges. Espérons que dans cette cacophonie ambiante, son appel sera entendu.

Dalia Abdel-Salam

 

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