Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Portrait

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Idées
Portrait
Littérature
Livres
Arts
Femmes
Société
Sport
Environnement
Escapades
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Mona Al-Baradei a été nommée doyenne de la faculté d’économie et de sciences politiques. Elle est la première femme à occuper ce poste, après des années passées comme professeur d’économie.

Une académicienne appliquée

Un sentiment de satisfaction emplit Mona Al-Baradei, toujours avide d’aller au-delà de son succès. C’est la première doyenne à la tête de la faculté des sciences politiques et économiques, depuis sa fondation dans les années 1960. « J’espère faire évoluer l’enseignement au sein de la faculté afin de maintenir sa réputation prestigieuse et pouvoir concurrencer avec les facultés étrangères », dit-elle. La doyenne veut à tout prix que ses diplômés répondent aux exigences du marché du travail. Ceci dit, ils doivent maîtriser au moins une langue étrangère et avoir une connaissance suffisante de l’informatique. Economiste de formation, ses rêves de professeur demeuraient limités au monde académique. « Dès mon premier jour à la faculté des sciences politiques et économiques, j’ai souhaité devenir madame la doyenne. C’était aussi le vœu de mon père, Moustapha Al-Baradei, aujourd’hui disparu ». Un père mort en 1977 et dont le souvenir lui est très cher. Elle l’évoque non sans fierté, précisant qu’il était le bâtonnier de l’Ordre des avocats pendant 20 ans et que c’est grâce à lui que sa sœur et ses trois frères vouent autant de respect à la science et au savoir. Du coup, ils ont tous obtenu des magistères et des doctorats, ne se contentant guère de simplement réussir comme les autres. La preuve, son frère aîné n’est que le quatrième prix Nobel égyptien, Mohamad Al-Baradei, le président de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA). « Ma mère nous taquine souvent en disant : Qui d’entre vous va recevoir le prochain prix ? En fait, elle y croit vraiment. Elle s’attend à ce que l’un d’entre nous remporte un prix international », dit-elle en évoquant sa mère, Aïda Hégazi, une femme très spéciale chez qui elle se rend toutes les semaines pour discuter des événements en cours.

Tirée à quatre épingles, Mme le professeur est assez fière de son éducation bourgeoise, et n’hésite pas à en faire part, faisant de nouveau l’éloge de son père. « On nous offrait souvent des livres en guise de cadeaux d’anniversaire ou de réussite. De même, à l’école, les meilleurs élèves recevaient des livres de Taha Hussein, Naguib Mahfouz et Abbass Al-Aqqad en tant que récompenses. On participait tous ensemble pour former une bibliothèque de classe ». Ancienne élève d’un établissement francophone, Mona Al-Baradei est aussi parfaitement arabophone. Elle maîtrise les règles grammaticales de sa langue maternelle dont elle est fière, et trouve inadmissible qu’on connaisse mal sa langue. « C’est uniquement vers la seconde moitié des années 1950 que l’Etat a imposé des programmes concernant la langue arabe dans les écoles des missionnaires. Actuellement, beaucoup de mes étudiants ont été formés dans des écoles gouvernementales, où l’on apprend toutes les matières en arabe. Pourtant, leur niveau de langue laisse souvent à désirer ». Et d’ajouter : « Dans le temps, les étudiants, notamment ceux des écoles gouvernementales, étaient très bons en calligraphie arabe. Aujourd’hui, les papiers d’examen à corriger sont illisibles ». C’est toujours le côté pédagogique qui l’emporte chez cette femme bourgeoise, dotée d’une élégance naturelle. Une bûcheuse qui fait très attention à ses mots. Avec elle, toutes les conversations mènent plus ou moins aux problèmes de l’enseignement. Les défaillances de l’éducation primaire s’avèrent irréparables. Et le professeur ne manque pas de souligner l’importance de ses propres maîtres qui lui ont beaucoup appris. Elle a tout à fait le profil d’une bonne élève assidue et reconnaissante.

Au baccalauréat, elle a été troisième de la promotion au niveau de la République. Et depuis, elle a compris que sa nature perfectionniste est généreusement récompensée. « Je suis persuadée que le fait de travailler avec amour et sacrifice donne toujours ses fruits ». Un sourire de timidité éclaire souvent son visage, notamment lorsqu’elle tente d’échapper à une question contraignante. Un mariage d’amour ? L’évaluation de la jeunesse dorée actuelle ? L’état des lieux de l’économie égyptienne ? La réponse frise toujours la diplomatie. Le professeur passe rapidement sur certains sujets pour renouer plutôt avec son parcours personnel. Elle n’a aucun problème à parler de sa vie de famille, n’hésitant pas à citer son fils aîné, Moustapha, l’ingénieur en communication, sa fille Nadia, la décoratrice, et Ahmad, le benjamin, ayant opté pour l’urologie, comme son père. « Moi-même j’ai pensé à faire les beaux-arts à un moment donné. Mais à l’époque, le statut d’artiste n’était pas aussi prestigieux. J’ai dit que pratiquement il valait mieux étudier les sciences politiques et économiques », dit Al-Baradei qui a quand même suivi des cours de peinture avec Leïla Hindi, une artiste mexico-égyptienne. Et de poursuivre : « J’ai dessiné entre six et sept tableaux, ma vie durant. Je me sens sereine en dessinant des paysages, avec des palmiers et étendues de mer ». Cet amour pour la nature lui fait choisir un continent de prédilection assez lointain. Le professeur a eu un coup de cœur pour l’Australie, sa nature vierge et ses habitants décontractés. Elle s’y est rendue pour des vacances et aussi pour accompagner son mari. « Je me suis mariée à la troisième année de faculté. Mon époux, Ismaïl Choukri, est médecin, très occupé lui aussi par la recherche ». Et d’ajouter : « Quand mes enfants étaient encore petits, je ne dormais que 4 heures par jour. Je sens toujours que j’ai besoin d’une journée de 48 heures pour mener à bien tout ce que j’ai envie de faire ».

Ayant obtenu sa thèse de doctorat sur le thème La Stratégie visant à satisfaire les besoins fondamentaux de la population et sa mise en application en République arabe d’Egypte, en 1983, elle n’a jamais été tentée par la carrière d’un banquier. Le contact direct avec l’argent ne l’a jamais séduit. Plutôt, elle rêvait d’un parcours académique et d’avoir une vie calme sans trop de remous. C’est d’ailleurs ce caractère conciliant qui a fait que ses collègues l’ont proposée au recteur en tant que doyenne. Une proposition qui a fait l’unanimité. Ils la connaissaient tous et appréciaient ses efforts en tant que vice-doyenne. « Si l’on me propose de devenir ministre, je le refuserai. Car pour moi c’est un travail que j’ignore, je ne saurai pas comment m’acquitter d’une telle charge », se prononce Mona Al-Baradei franchement. Une carrière politique, elle n’en a jamais rêvé. Pourtant, elle est bien diplomate. D’ailleurs, lorsqu’on l’interroge sur des aspects techniques de l’économie égyptienne, elle parle au compte-gouttes et se déclare optimiste, malgré tout. D’après elle, avec un taux de croissance économique tablant autour de 5 %, le pays a atteint une certaine stabilité des prix et augmenté sa réserve en devises. Et pour poursuivre son diagnostic, Al-Baradei ne tarde pas à faire l’éloge du dernier amendement de la loi douanière et de la création d’un ministère pour l’Investissement. « Ce qui nous manque, c’est plutôt une réforme institutionnelle et administrative ».

Contrairement à sa mère qui a pris part à l’action publique à travers les associations caritatives et civiles, Mme le professeur se contente de son rôle universitaire. Elle peut très bien participer à la réforme en cours en organisant des conférences à ce sujet ou en signant de multiples travaux de recherche. C’est ce qu’elle fait d’ailleurs. « Actuellement, on note plus d’interaction entre les experts économiques et les décideurs politiques. La tendance contemporaine est d’avoir recours aux recherches scientifiques pour étoffer le travail dans les usines et les entreprises privées », souligne Al-Baradei. Quelques-unes de ses recherches consultées dans ce domaine sont : L’économie égyptienne et le défi du développement dans les années 1990, L’influence de la chute du prix du pétrole brut sur les dépenses publiques dans le monde arabe pétrolier, dans les années 1980 et L’exportation de la main-d’œuvre nationale et l’acquisition de ressources étrangères, ledeux faces d’une même monnaie.

Encore une fois, Mona Al-Baradei enchaîne sur les carences de l’enseignement. Le professeur dresse toujours un diagnostic à sa manière : le problème dont souffre actuellement la faculté est l’augmentation du nombre d’étudiants, environ 1 000 par promotion. « Il est donc difficile d’avoir un rapport direct entre les étudiants et les professeurs. Quand j’étais à la faculté moi-même, le nombre d’étudiants par promotion ne dépassait pas les 150. Les professeurs connaissaient nos prénoms par cœur ». En décrivant cet état, elle semble le déplorer. Elle aurait bien aimé agir différemment, discuter et convaincre ... Le manque actuel de la communication l’exaspère. « Pendant les années 1990, l’intérêt que les gens accordent à la science a beaucoup baissé. Les principes ont changé. La perfection n’est plus considérée comme le mot d’ordre de la réussite ; ce n’est plus l’une des qualités exigées pour décrocher une chance de travail. Par conséquent, les jeunes n’y tiennent absolument pas ». Le professeur et la mère se confondent, en parlant des jeunes. Elle les observe quotidiennement, apprend à les connaître de près et se rend compte que la génération en cours est celle de la culture Web. « Des activités très variées, des excursions, des voyages ... mais jamais la science comme objectif en soi. Il n’y a plus la même vénération vouée d’antan aux savants », dit-elle dans son bureau sobre à l’Université du Caire, entourée de plusieurs plantes d’intérieur et de trois peintures à l’huile. C’est sa manière de personnaliser les lieux.

Dina Ibrahim

Jalons

Naissance au Caire.

1965 : Troisième au bac au niveau national.

1969 : Première de sa promotion à la faculté des sciences politiques et économiques de l’Université du Caire.

1983 : Doctorat en économie de l’Université du Caire.

2001 : Chef du département Economie.

2005 : Doyenne de la faculté des sciences politiques et économiques.

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631