Encore une fois le débat est
ouvert et les lumières sont braquées sur le sort
des partis égyptiens. Surtout après leur maigre
performance aux élections présidentielles et législatives
et l’ascension des Frères musulmans, dorénavant
l’unique force possédant une large présence politique
et de véritables racines ancrées dans la société
égyptienne. Ce réexamen doit prendre deux aspects
: le premier consiste à restructurer les partis,
ce qui correspond à signer leur acte de mort tout
en proclamant la formation de nouvelles formations.
Les voix appelant à former un
nouveau parti pour combler le vide provoqué par
l’échec des partis de la troisième voie sont nombreuses.
Quand on dit, partis de la troisième voie, on
fait allusion aux courants politiques qui rejettent
le régime oppressif d’une part, et la teinte religieuse
des partis, de l’autre. Les partisans de cette
troisième voie appartiennent à 2 principaux courants
: le courant libéral ou celui de gauche.
Il semble que l’appel à la formation
d’un nouveau parti est celui qui retentit plus
fort dans les rangs des Libéraux. Certains partisans
de gauche non membres du parti Al-Tagammoe (le
Rassemblement) se sont déjà empressés de proclamer
un nouveau parti. Mais cette fois-ci ils ont fait
en sorte que le processus soit lié aux racines,
ils ont alors proposé cette initiative à partir
de Mahalla Al-Kobra, baptisée le foyer du prolétariat
dont cette gauche se veut le porte-parole. Cette
nouvelle n’a pas attiré l’attention des médias
pour des raisons totalement compréhensibles, entre
autres que c’est un parti naissant ne pouvant
être perçu qu’à travers un microscope même s’il
prétend représenter la classe ouvrière. Une réalité
suffisante à elle seule pour écarter les discours
sur l’émergence d’un nouveau parti malgré les
situations douloureuses vécues par le parti du
Rassemblement qui est le parti officiel de la
gauche, notamment après la chute scandaleuse de
leurs symboles au cours des dernières élections
parlementaires.
Dans les milieux libéraux, les
discours sont nombreux et ambitieux sur les possibilités
de frayer une troisième voie à travers la création
d’une nouvelle formation. Mais il est peu probable
que cet appel aboutisse à des résultats concrets
avant que la scène ne soit éclaircie au sein du
parti du néo-Wafd et d’Al-Ghad. S’il s’agit de
former un nouveau parti libéral, les Libéraux
se trouveront en réalité dispersés en 5 cercles
différents, à savoir le parti actuel du néo-Wafd,
les deux blocs belligérants qui se considèrent
chacun comme le représentant légitime, en plus
de ce nouveau parti à proclamer. Et n’oublions
pas qu’il existe un 5e cercle qu’on néglige dans
la discussion, à savoir le parti d’Al-Ahrar (les
Libéraux). Or, ce parti est l’ancien porte-parole
du libéralisme et sa présence remonte à celle
du temps du parti Misr (Egypte), dont le PND est
un avatar. Cependant, ce parti n’a jamais pu prendre
de l’élan parce qu’il a toujours été fragile.
Son problème s’est aggravé après le décès de son
fondateur et la lutte entre 4 de ses cadres pour
arracher le siège de la présidence officielle
d’un parti qui n’existe pas dans les faits.
La dispersion des représentants
de cette tendance affecte l’avenir politique du
libéralisme en Egypte. Surtout que le courant
ne dispose pas de figures emblématiques capables
de remporter une victoire dans de véritables élections,
et que le libéralisme est toujours mal compris
en Egypte. Mais le plus grand défi est de savoir
: Qu’est-ce qui garantirait que ce parti ne se
divise pas et qu’il ne connaisse pas les mêmes
problèmes et les mêmes obstacles qui ont entraîné
l’échec des vieux partis, notamment le néo-Wafd
? Il est évident que ces garanties sont absentes,
raison pour laquelle l’idée d’un lancement d’un
nouveau parti ne sera pas effectivement concrétisée
avant que l’incendie qu’a provoqué l’actuelle
bataille du néo-Wafd ne se soit éteint.
Dans n’importe quelle société
démocratique, cet échec électoral est une raison
plus que suffisante pour que le président d’un
parti, comme le Wafd, présente sa démission. Mais
malheureusement il ne l’a pas fait et il est revenu
pour exercer toujours son oppression dans la gestion
du parti ou du journal qui était au début des
années 1980 le plus populaire des journaux égyptiens.
Son tirage dépassait les 100 000, aujourd’hui
il n’est que de quelques milliers. De quoi confirmer
la chute non seulement du journal qui orientait
l’opinion publique pendant plus d’une décennie,
mais du parti même. Voilà Noamane Gomaa qui est
revenu pour jouer son jeu favori, celui d’expulser
les journalistes comme bon lui semble ou de limoger
les cadres et de mettre la déontologie du parti
à son plus bas profil. C’est pourquoi le dernier
mouvement de réforme a fait l’unanimité. Ainsi,
les jeunes cadres ont préféré déclencher une guerre
intestine que de voir Gomaa reprendre les rênes
du pouvoir.
Mais l’Etat a un autre avis.
Le procureur général qui est une personnalité
gouvernementale n’ayant aucun lien avec la jurisprudence,
son indépendance et ses immunités, a donné l’ordre
pour que Gomaa reprenne ses fonctions. Reflétant
par cette décision la volonté du pouvoir exécutif.
Le parti du néo-Wafd pourrait
réactiver son rôle pour repositionner ses cadres
qu’il a perdus à cause de la mauvaise gestion.
Il pourrait négocier avec les autres grands blocs
du courant libéral pour une relance. Un large
secteur des partis Al-Ghad ou Al-Ahrar sera prêt
à adopter ce scénario s’il obtient un avantage
important en contrepartie. Ainsi, on pourrait
espérer que le parti incarne l’idée de la troisième
voie.
Un autre scénario est envisageable
est que le parti du néo-Wafd, une fois que le
mouvement de réforme aboutisse, s’oriente vers
une troisième voie. La plupart des partis égyptiens
sont appelés à s’intégrer dans une nouvelle formation
tout en adoptant une nouvelle conception du parti
politique en Egypte : un nouveau parti formé d’ailes
exprimant les différentes idéologies politiques
incluant aussi la gauche, voire également les
Nassériens, de quoi tenir tête au PND et aux Frères
musulmans.
Cette possibilité théorique est
l’unique issue pour sauver l’Etat civil en Egypte
à moyen terme. Le PND ne pourra jamais s’intégrer
totalement à l’Etat éternellement. Nous sommes
tous conscients qu’il ne représente pas un courant
idéologique ou politique authentique. Si la relation
est rompue entre le PND et l’appareil de l’Etat,
il ne pourra pas se dresser face à la confrérie
qui revendique essentiellement la fondation d’un
Etat religieux. Ainsi, la solution sera peut-être
un véritable parti pouvant regrouper sous son
aile les éléments-clés de l’élite qui se trouve
aujourd’hui contrainte d’adhérer au parti de l’Etat.
L’Etat, de son côté, cherche à réaliser le scénario
contraire : en présentant le PND comme alternative
aux Frères ou au courant islamique, c’est pourquoi
il poursuit la destruction des partis civils.
Mais ce scénario a ses défauts
: il sera difficile au PND de résister longtemps
aux pressions de la réforme politique. Il est
impossible également de maintenir le statu quo
de l’intégration du PND dans l’appareil de l’Etat
tout en réalisant simultanément une transformation
démocratique. D’autre part, le PND sera toujours
le parti où se rencontrent les intérêts et n’aura
jamais cette lueur idéologique ou politique, devenue
la condition sine qua non pour réaliser l’équilibre
avec le mouvement islamique. Si l’Etat ne parvient
pas à opérer des réformes profondes entre autres
celle de réactiver la vie politique et partisane,
il ne pourra jamais arrêter la victoire électorale
du courant islamique pour de bon. C’est ce qu’a
prouvé la victoire du Hamas dans les territoires
occupés.