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Peut-on sauver les partis égyptiens ?
Mohamad Al-Sayed Saïd
Politologue

Encore une fois le débat est ouvert et les lumières sont braquées sur le sort des partis égyptiens. Surtout après leur maigre performance aux élections présidentielles et législatives et l’ascension des Frères musulmans, dorénavant l’unique force possédant une large présence politique et de véritables racines ancrées dans la société égyptienne. Ce réexamen doit prendre deux aspects : le premier consiste à restructurer les partis, ce qui correspond à signer leur acte de mort tout en proclamant la formation de nouvelles formations.

Les voix appelant à former un nouveau parti pour combler le vide provoqué par l’échec des partis de la troisième voie sont nombreuses. Quand on dit, partis de la troisième voie, on fait allusion aux courants politiques qui rejettent le régime oppressif d’une part, et la teinte religieuse des partis, de l’autre. Les partisans de cette troisième voie appartiennent à 2 principaux courants : le courant libéral ou celui de gauche.

Il semble que l’appel à la formation d’un nouveau parti est celui qui retentit plus fort dans les rangs des Libéraux. Certains partisans de gauche non membres du parti Al-Tagammoe (le Rassemblement) se sont déjà empressés de proclamer un nouveau parti. Mais cette fois-ci ils ont fait en sorte que le processus soit lié aux racines, ils ont alors proposé cette initiative à partir de Mahalla Al-Kobra, baptisée le foyer du prolétariat dont cette gauche se veut le porte-parole. Cette nouvelle n’a pas attiré l’attention des médias pour des raisons totalement compréhensibles, entre autres que c’est un parti naissant ne pouvant être perçu qu’à travers un microscope même s’il prétend représenter la classe ouvrière. Une réalité suffisante à elle seule pour écarter les discours sur l’émergence d’un nouveau parti malgré les situations douloureuses vécues par le parti du Rassemblement qui est le parti officiel de la gauche, notamment après la chute scandaleuse de leurs symboles au cours des dernières élections parlementaires.

Dans les milieux libéraux, les discours sont nombreux et ambitieux sur les possibilités de frayer une troisième voie à travers la création d’une nouvelle formation. Mais il est peu probable que cet appel aboutisse à des résultats concrets avant que la scène ne soit éclaircie au sein du parti du néo-Wafd et d’Al-Ghad. S’il s’agit de former un nouveau parti libéral, les Libéraux se trouveront en réalité dispersés en 5 cercles différents, à savoir le parti actuel du néo-Wafd, les deux blocs belligérants qui se considèrent chacun comme le représentant légitime, en plus de ce nouveau parti à proclamer. Et n’oublions pas qu’il existe un 5e cercle qu’on néglige dans la discussion, à savoir le parti d’Al-Ahrar (les Libéraux). Or, ce parti est l’ancien porte-parole du libéralisme et sa présence remonte à celle du temps du parti Misr (Egypte), dont le PND est un avatar. Cependant, ce parti n’a jamais pu prendre de l’élan parce qu’il a toujours été fragile. Son problème s’est aggravé après le décès de son fondateur et la lutte entre 4 de ses cadres pour arracher le siège de la présidence officielle d’un parti qui n’existe pas dans les faits.

La dispersion des représentants de cette tendance affecte l’avenir politique du libéralisme en Egypte. Surtout que le courant ne dispose pas de figures emblématiques capables de remporter une victoire dans de véritables élections, et que le libéralisme est toujours mal compris en Egypte. Mais le plus grand défi est de savoir : Qu’est-ce qui garantirait que ce parti ne se divise pas et qu’il ne connaisse pas les mêmes problèmes et les mêmes obstacles qui ont entraîné l’échec des vieux partis, notamment le néo-Wafd ? Il est évident que ces garanties sont absentes, raison pour laquelle l’idée d’un lancement d’un nouveau parti ne sera pas effectivement concrétisée avant que l’incendie qu’a provoqué l’actuelle bataille du néo-Wafd ne se soit éteint.

Dans n’importe quelle société démocratique, cet échec électoral est une raison plus que suffisante pour que le président d’un parti, comme le Wafd, présente sa démission. Mais malheureusement il ne l’a pas fait et il est revenu pour exercer toujours son oppression dans la gestion du parti ou du journal qui était au début des années 1980 le plus populaire des journaux égyptiens. Son tirage dépassait les 100 000, aujourd’hui il n’est que de quelques milliers. De quoi confirmer la chute non seulement du journal qui orientait l’opinion publique pendant plus d’une décennie, mais du parti même. Voilà Noamane Gomaa qui est revenu pour jouer son jeu favori, celui d’expulser les journalistes comme bon lui semble ou de limoger les cadres et de mettre la déontologie du parti à son plus bas profil. C’est pourquoi le dernier mouvement de réforme a fait l’unanimité. Ainsi, les jeunes cadres ont préféré déclencher une guerre intestine que de voir Gomaa reprendre les rênes du pouvoir.

Mais l’Etat a un autre avis. Le procureur général qui est une personnalité gouvernementale n’ayant aucun lien avec la jurisprudence, son indépendance et ses immunités, a donné l’ordre pour que Gomaa reprenne ses fonctions. Reflétant par cette décision la volonté du pouvoir exécutif.

Le parti du néo-Wafd pourrait réactiver son rôle pour repositionner ses cadres qu’il a perdus à cause de la mauvaise gestion. Il pourrait négocier avec les autres grands blocs du courant libéral pour une relance. Un large secteur des partis Al-Ghad ou Al-Ahrar sera prêt à adopter ce scénario s’il obtient un avantage important en contrepartie. Ainsi, on pourrait espérer que le parti incarne l’idée de la troisième voie.

Un autre scénario est envisageable est que le parti du néo-Wafd, une fois que le mouvement de réforme aboutisse, s’oriente vers une troisième voie. La plupart des partis égyptiens sont appelés à s’intégrer dans une nouvelle formation tout en adoptant une nouvelle conception du parti politique en Egypte : un nouveau parti formé d’ailes exprimant les différentes idéologies politiques incluant aussi la gauche, voire également les Nassériens, de quoi tenir tête au PND et aux Frères musulmans.

Cette possibilité théorique est l’unique issue pour sauver l’Etat civil en Egypte à moyen terme. Le PND ne pourra jamais s’intégrer totalement à l’Etat éternellement. Nous sommes tous conscients qu’il ne représente pas un courant idéologique ou politique authentique. Si la relation est rompue entre le PND et l’appareil de l’Etat, il ne pourra pas se dresser face à la confrérie qui revendique essentiellement la fondation d’un Etat religieux. Ainsi, la solution sera peut-être un véritable parti pouvant regrouper sous son aile les éléments-clés de l’élite qui se trouve aujourd’hui contrainte d’adhérer au parti de l’Etat. L’Etat, de son côté, cherche à réaliser le scénario contraire : en présentant le PND comme alternative aux Frères ou au courant islamique, c’est pourquoi il poursuit la destruction des partis civils.

Mais ce scénario a ses défauts : il sera difficile au PND de résister longtemps aux pressions de la réforme politique. Il est impossible également de maintenir le statu quo de l’intégration du PND dans l’appareil de l’Etat tout en réalisant simultanément une transformation démocratique. D’autre part, le PND sera toujours le parti où se rencontrent les intérêts et n’aura jamais cette lueur idéologique ou politique, devenue la condition sine qua non pour réaliser l’équilibre avec le mouvement islamique. Si l’Etat ne parvient pas à opérer des réformes profondes entre autres celle de réactiver la vie politique et partisane, il ne pourra jamais arrêter la victoire électorale du courant islamique pour de bon. C’est ce qu’a prouvé la victoire du Hamas dans les territoires occupés.

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