La
surprise de la victoire écrasante du Hamas aux
élections palestiniennes a provoqué un séisme
auquel personne ne s’attendait vraiment. Il
est fort à parier que la région sera secouée
pendant quelque temps par ses retombées.
La surprise palestinienne nous
rappelle d’ailleurs une surprise égyptienne
similaire. Et les deux expériences viennent
prouver l’état d’ébullition dans lequel se trouve
toute la région et qui probablement va au-delà
de toutes les prévisions et de tous les calculs.
Ces élections palestiniennes
se sont déroulées sous le joug de l’occupation
et au beau milieu des mises en garde régionales
et internationales. En effet, les déclarations
américaines et européennes préviennent déjà
qu’il n’est pas question de traiter avec un
gouvernement auquel participera le Hamas. Et
l’Etat hébreu de son côté avait mis les obstacles
nécessaires pour affecter négativement des élections
auxquelles participerait le Hamas. Ce qu’Israël
et les Etats-Unis n’ont pas pu réaliser, c’est
que plus les pressions et les chantages s’accentuent,
plus les peuples deviennent solides et se livrent
à une résistance ardue, et plus les forces modérées
se trouvent à l’abri. Mais en dépit de tout
et contre les pressions, les résultats ont été
flagrants et édifiants, et dans ces élections,
deux facteurs ne peuvent être négligés.
Le premier réside dans le climat
organisé, de calme et d’intégrité, dans lequel
se sont déroulées les élections, sous un contrôle
régional et international que personne n’a refusé
... Elles se sont déroulées sans fraudes, sans
baltaga ni intervention sécuritaire, et au grand
étonnement de tout le monde, sans supervision
juridique. Malgré cela, plus de 73 % des inscrits
se sont rendus aux urnes sans contrainte ni
menace de qui que ce soit. Mahmoud Abbass, dit
Abou-Mazen, a déclaré de son côté de manière
claire et nette qu’il accepterait les résultats
des élections quels que soient le vainqueur
et le vaincu, après une campagne électorale
houleuse à laquelle ont pris part toutes les
forces et factions en toute liberté. A l’issue
de ces élections, les Palestiniens ont donné
une leçon à des peuples arabes, comme nous,
qui n’ont pas pu exercer leur droit dans des
élections intègres.
Le second facteur à prendre
en considération est que le vote des Palestiniens
est venu protester contre les pratiques de l’Autorité
palestinienne et son principal mouvement, le
Fatah. Ces protestations ciblaient surtout le
Fatah à cause de sa corruption, de ses débordements
sécuritaires, de son monopole et de sa mauvaise
gestion qui ont fait souffrir le peuple palestinien.
Ceci sans oublier son échec politique à réaliser
les promesses faites pour la paix. En d’autres
termes, c’était un message adressé aux politiques
mais aussi aux pratiques israéliennes, américaines
et internationales. Des vérités qui ont été
appuyées par les Congressmen lesquels ont rejeté
la responsabilité de la victoire du Hamas aux
Etats-Unis et à Israël, qui ont échoué à réaliser
un progrès concret après la mort du leader historique
du Fatah, Yasser Arafat.
Il serait inutile de dire que
les élections palestiniennes ont mis fin au
régime du parti unique et au monopole de l’Autorité,
et qu’elles mettent pour la première fois à
l’épreuve une faction palestinienne qui fut
longtemps dans les rangs de l’opposition. Quelle
sera la position du Hamas dans les négociations
avec Israël et dans son traitement avec la communauté
internationale qui l’appelle à déposer ses armes
? Et comment le Hamas va-t-il concrétiser les
espoirs qu’il a suscités chez le peuple palestinien
? Des questions auxquelles on ne peut pas répondre
par des slogans ou des discours. Le Hamas va-t-il
changer ou changer son entourage et son environnement
? Telle est la question.