| |
|
Médias
. Au bord du Nil, attenantes
à Maspero, une vingtaine de chaînes satellites s’alignent
: vue incontournable et un centre-ville au cœur de l’événement.Un
vrai réseau médiatique.
|
| Show
sur le nil |
De
l’extérieur, ils ressemblent aux autres immeubles qui
donnent sur le Nil. Et pourtant, ces quatre édifices
qui jouxtent Maspero sont un monde à part. Occupant
un point stratégique et un endroit des plus vivants
du Caire, non loin de la place Tahrir, ils dissimulent
un aspect particulier très intéressant. En effet, c’est
dans ces quatre immeubles que se sont installées une
vingtaine de chaînes satellites qui diffusent du Caire.
Al-Jazeera, CNN, NBC, Doubaï, Raï, CNBC Arabiya, Qatar,
LBC, ABTN, l’Allemande ARD, ABC, CBS et bien d’autres.
Et ce, sans compter les maisons de production qui offrent
à ces chaînes des services techniques et qui se sont
fixés au même endroit.
D’un bâtiment
à l’autre, d’un siège ou d’une chaîne télévisée à l’autre,
on a l’impression de visiter une mini-cité des médias,
ou une sorte de « TV Mall », comme le décrit Hussein
Abdel-Ghani, le directeur du bureau d’Al-Jazeera au
Caire. Avec la création du bâtiment de la Radio-Télévision
d’Etat dans cette zone qui porte le nom de l’égyptologue
français Maspero, dans les années 1960, personne ne
pouvait prédire que cet endroit allait se transformer
en un rassemblement aussi important de médias. Ce sont
en fait trois chaînes américaines, NBC, ABC et CBS,
qui ont été les premières à entamer le pas en installant
leurs sièges dans l’immeuble adjacent à Maspero. « D’un
appartement au centre-ville, nous avons occupé une chambre
à l’hôtel Nile Hilton, avant de nous décider à nous
installer ici. Cela fait plus de 30 ans que nous sommes
dans cet immeuble », rapporte Charlene Gubash, productrice
et reporter à la chaîne américaine NBC News. 1 125,
rue Corniche Al-Nil, 12e étage, telle est leur adresse
depuis 30 ans. Un appartement dont le plus grand atout
est son balcon et sa vue imprenable sur le Nil. C’est
de ce balcon qu’ont été transmis au fil des ans des
milliers d’images et de textes de journaux télévisés
résumant les événements les plus importants de la vie
politique, économique, sociale et culturelle en Egypte.
« L’Egypte est un pays qui joue un rôle-clé au Moyen-Orient.
Un pont entre le Nord et le Sud. Un pays qui ne peut
que nous intéresser, notamment après le 11 septembre,
car nous nous sommes rendu compte que nous n’avons pas
d’idée claire sur la mentalité des peuples arabes. De
ce balcon, nous avons émis des rapports qui montrent
les réactions du peuple égyptien vis-à-vis de la politique
américaine, comme la guerre en Iraq, la situation en
Palestine, etc. », explique Charlene. Quelques caméras,
une unité de montage, et voilà le balcon transformé
en studio.
A vrai
dire, la raison principale de ce rassemblement de médias
à cet endroit a sa propre histoire. En effet, toutes
les autorisations de tournage sollicitées par le personnel
de ces chaînes étaient délivrées par le Centre de presse
situé à Maspero. Et ce n’est pas tout. A leurs débuts,
toutes ces chaînes devaient obligatoirement faire la
transmission de leurs programmes et émissions à travers
Maspero, car à l’époque, aucune d’elles ne possédait
d’appareil de transmission en direct (le SNG, Satellite
News Gathering). Il fallait donc être très proche de
Maspero pour diffuser l’information le plus vite possible
aux téléspectateurs branchés à ces chaînes.
Aujourd’hui,
les choses ont changé. Mais leur installation ici reste
vitale, voire obligatoire. Sans doute, le Nil a joué
un rôle important pour attirer ces chaînes. « Dans l’industrie
de la télévision, c’est l’image qui compte le plus.
Rien ne peut être comparé à un tel panorama », explique
Hussein Abdel-Ghani. Derrière lui, une grande baie vitrée
permettant d’avoir une vue sur le Nil, la Tour du Caire,
le pont du 6 Octobre, les embouteillages, bref, une
image réelle de la vie quotidienne du Caire. « Ici,
il y a tout ce qu’il faut pour une émission en direct.
Ce va-et-vient qui a lieu dans la rue et sur le pont
prouve qu’on est au centre de l’événement. Cela donne
plus de crédibilité au cadre. Même le bruit qui provient
de la rue est apprécié car c’est une preuve de plus
que nous sommes en direct du centre du Caire », explique
Nader Gohar, propriétaire de la maison de services techniques
Cairo News Company (CNC). Ici, chaque pièce sert de
studio pour une chaîne. Un programme sur les matchs
de la Coupe d’Afrique diffusé par la chaîne Doubaï sportive,
un rapport culturel émis par la chaîne Qatar, une émission
de France 2, le lieu ressemble à une véritable ruche.
Selon Nader
Gohar, c’est le feu président Anouar Al-Sadate qui a
encouragé ces chaînes télévisées à venir s’installer
à côté de Maspero pour couvrir tous les événements politiques.
« A chaque voyage, ou visite d’un président étranger,
il tenait à ce que nous soyons présents. Il voyait dans
les médias une arme importante et un moyen de changer
le regard que porte le monde sur nous. Il nous répétait
souvent avec son sens de l’humour qu’avec une caméra,
il pouvait dominer le monde », se rappelle Nader.
|
|
Au cœur de l’événement
|
|
Dans les
bureaux de ces chaînes, tout est fait pour profiter au
maximum du cadre. Les vitres de l’immeuble ont été remplacées
par d’autres, beaucoup plus larges. Des studios ont été
aménagés dans des angles différents pour donner à chaque
fois un cadre nouveau. De l’un, on peut admirer la Tour
du Caire et le pont, et d’un autre le Musée du Caire et
des hôtels. « Ce studio est plus efficace pour les émissions
du matin, car ses vitres foncées ne reflètent pas les
rayons du soleil pendant le tournage. Alors que le studio
qui donne sur le Musée est magnifique le soir lorsque
l’édifice est illuminé, l’autre permet d’avoir une vue
globale de la ville », nous explique un cameraman de la
chaîne Al-Jazeera. Des studios conçus pour les journaux
télévisés qui ne dépassent pas les quelques minutes et
qui sont présentés par un seul correspondant, alors que
d’autres sont équipés de façon à accueillir plusieurs
intervenants.
Etrange mais
vrai : ces bâtiments n’étaient pas du tout conçus pour
accueillir des chaînes télévisées, bien au contraire,
ils devaient servir de logements résidentiels. Mais, les
propriétaires des appartements y ont vu un investissement
très rentable et ont préféré louer des logements ailleurs.
Un appartement dans l’immeuble de Dohet Maspero, par exemple,
est loué à 3 000 dollars par mois. Et dans la plupart
des cas, une chaîne de télévision en loue plusieurs pour
avoir des vues différentes sur le Nil. Mais, le panorama
n’est pas la seule raison de cette promiscuité. « Nous
sommes situés à deux pas des principales sources d’informations,
à savoir le siège de la Ligue arabe, du ministère des
Affaires étrangères, du Parti national démocrate, du Parlement,
du Conseil des ministres, des syndicats, et à 20 minutes
du palais présidentiel. Il ne faut pas non plus oublier
que la plupart des manifestations se déroulent à la place
Tahrir ou au centre-ville, ce qui a fait de ce lieu un
centre d’information incomparable et primordial », explique
Hussein Abdel-Ghani.
Il vient
juste d’arriver du siège du parti Al-Wafd et doit passer
en direct dans deux minutes. Son rapport portera sur les
raisons du conflit que vit ce parti d’opposition ces derniers
jours, et bien sûr avec quelques critiques à Al-Jazeera.
Cette chaîne
d’information qui s’est réservée des studios énormes dans
la Cité des médias, équipés avec les techniques de tournage
les plus avancées, n’a pas tenu le coup là-bas. Car le
personnel et les intervenants devaient mettre au moins
une heure pour arriver à la ville du 6 Octobre, ce qui
n’était pas du tout pratique pour une chaîne qui promet
à son téléspectateur d’être le premier à connaître les
nouvelles du monde.
Ici à Tahrir,
les choses diffèrent. Et le rythme du personnel dans les
bureaux de ces chaînes prouve à quel point le temps est
précieux. En effet, l’emplacement de ces chaînes au centre-ville
leur donne un privilège supplémentaire. Là, ils ont accès
à tous les services dont ils peuvent avoir besoin. « A
l’encontre des médias situés à l’étranger, Le Caire est
encore une très centralisée au niveau de l’infrastructure.
Il n’existe pas de lignes de fibres qui permettent aux
médias de diffuser toutes sortes d’émissions à tout moment,
sans avoir besoin d’un appareil de transmission. Cette
technologie est en effet très coûteuse », explique Nader
Gohar.
De plus,
la plupart des maisons de production, des bureaux de montage,
des caméras, et du personnel qualifié se trouvent aux
alentours, ce qui facilite la tâche de ces chaînes.
Or, certaines
chaînes télévisées ne peuvent se permettre le luxe de
louer un appartement au bord du Nil. Ayant de petits budgets,
elles recourent à une astuce, celle de rester à la pige
avec les moyens du bord. Lors des grands événements, elles
louent la terrasse de l’un de ces immeubles pour quelques
jours. Kamal, directeur d’un bureau de services médiatiques
situé à Mohandessine, a adopté cette stratégie pour couvrir
les dernières élections présidentielles. « Contre 1 500
L.E. par jour, j’avais droit à deux lignes de téléphone,
des câbles électriques, mais aussi un panorama du Nil
sans vis-à-vis ». Il est resté sur cette terrasse pendant
trois jours, a installé une table ronde, des caméras et
aucun des intervenants de renom auxquels il a fait appel
n’a dédaigné ce studio de fortune. |
| Amira
Doss |
|
|
|
|