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Législatives Palestiniennes. La victoire du Hamas a suscité une immense joie au sein de ses partisans et poussé les partisans du Fatah à contester les cadres du mouvement, y compris Mahmoud Abbass. Reportage.
Fatah qui grogne, Hamas qui rit

Gaza,De notre correspondant —

Des jours inoubliables et dont le souvenir restera gravé dans la mémoire des Palestiniens. Ces dates mémorables sont les 25, 26 et 27 janvier 2006. On a eu l’impression qu’elles ont constitué toutes une seule journée avec des événements qui se suivent pour finalement donner lieu à un fait que la plupart n’ont trouvé de mot que le tsunami pour qualifier. En effet, cette victoire écrasante et surprenante du Hamas aux législatives palestiniennes a constitué une véritable secousse tellurique d’autant plus spectaculaire qu’au lendemain de ce succès des centaines de partisans du Fatah, dont de nombreux membres des forces de sécurité, ont brièvement envahi l’enceinte du Conseil Législatif Palestinien (CLP, Parlement) à Gaza. Et des activistes ont tiré des rafales en l’air. L’occupation des lieux a duré une quinzaine de minutes. « Nous demandons la démission du Comité central du Fatah, du Conseil de la révolution et la démission des dirigeants locaux » du parti, ont affirmé les manifestants à travers des haut-parleurs. Ils avaient défoncé les grilles de l’enceinte du Parlement pour y pénétrer et brandissaient des portraits du défunt leader, Yasser Arafat, ainsi que des drapeaux jaunes de leur parti. « Nous ne sommes pas venus pour montrer notre force aux médias mais pour demander la démission du Comité central du Fatah et donner une chance aux jeunes dirigeants » d’exercer le pouvoir au sein du parti, ont ajouté les manifestants.

Une image qui contraste avec celle de ces mêmes manifestants qui avaient sillonné des rues de Ramallah et les autres villes palestiniennes tirant des rafales en l’air, chantant et dansant pour fêter une victoire annoncée par le sondage effectué par le Centre d’études sur le développement de l’Université de Bir Zeit. Celui-ci, basé sur un échantillon, avait donné le Fatah victorieux avec 63 sièges obtenus contre 58 pour le Hamas. A cette euphorie des partisans du Fatah, ceux du Hamas ont opposé beaucoup de sang-froid. Nombre d’entre eux ont accepté ces prévisions. Il semble qu’ils ne s’attendaient guère à mieux. Aussi n’ont-ils pas essayé de prendre la rue d’autant plus qu’un autre sondage effectué par l’Université Al-Nagah est arrivé aux mêmes prévisions. Le succès du Fatah devenait indiscutable. Mais aux premières heures de l’aube, alors que les militants du Fatah se reposaient pour se préparer à fêter leur triomphe pendant la journée, une fois annoncé officiellement. Un rêve qu’ils caressaient, celui de vaincre le Hamas, puisque le mouvement islamiste n’avait pas participé aux premières législatives en 1996, la donne a changé.


Renversement de situation

Le petit matin fut dramatique pour le Fatah. Le tsunami avait tout submergé. Une surprise qui a brouillé toutes les données et exigé de refaire les calculs. C’est le Hamas qui a gagné et obtenu 75 des 132 sièges du Conseil législatif devant le Fatah qui n’a obtenu que 43. Le désarroi s’installe dans le camp de cette organisation qui présidait depuis toujours au destin palestinien. Le choc était d’autant plus dur que les nouvelles en provenance de Ramallah étaient mauvaises elles aussi. Le premier ministre Ahmad Qoreï, qui n’avait pas participé aux consultations, a présenté sa démission pour permettre au Hamas de former le prochain gouvernement en tant que vainqueur des élections. Le Fatah a reconnu sa défaite et certains cadres ont félicité le mouvement, à l’exemple de Hussein Al-Cheikh, secrétaire général du Fatah en Cisjordanie, qui a appelé Ismaïl Haniya, cadre du Hamas.

Mais la surprise avait quand même troublé les esprits. Il n’y a pas eu de réactions rapides de la part des uns et des autres. Ce ne fut que tard dans la nuit que Hana Nasser, président de la commission centrale des négociations, a tenu une conférence de presse à Ramallah pour annoncer les résultats officiels. C’est alors qu’une marée humaine a déferlé dans les rues. Des milliers de sympathisants du Hamas ont levé les bannières vertes, couleur du mouvement, ainsi que quelques drapeaux palestiniens. Des haut-parleurs diffusaient des chants saluant la victoire inattendue et fracassante du mouvement. Des militants, le front ceint d’un bandeau vert, brandissaient des portraits de chefs du groupe assassinés par Israël, notamment son fondateur Ahmed Yassine et son successeur à la tête du Hamas Abdel-Aziz Rantissi, tous deux éliminés par l’armée israélienne en 2004. Il n’y a eu aucune contestation des résultats ou du caractère réglementaire des élections.


Démission exigée

A une heure tardive de la nuit et une fois les premières célébrations terminées, ce fut un autre raz-de-marée, mais de la part du Fatah levant ses drapeaux jaunes. L’hostilité des miliciens était dirigée non vers le Hamas mais vers les cadres de leur mouvement. Des dizaines ont manifesté jusqu’à tard dans la nuit de jeudi exigeant la démission du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbass, et les membres du Comité exécutif du Fatah. La manifestation composée de 250 personnes est partie du quartier d’Al-Chogaeya tirant des rafales en l’air et levant des portraits de Arafat. La contestation a par la suite augmenté le lendemain. Ainsi, ils furent plusieurs milliers dont certains en armes à manifester vendredi à Gaza devant la maison de Mahmoud Abbass pour exiger sa démission. Les manifestants se sont rassemblés après une marche, aux abords du bâtiment du Parlement, scandant des slogans hostiles à la direction du mouvement. D’autres manifestants se sont arrêtés devant des centres de sécurité et le siège du ministère de l’Intérieur, Al-Saraya (Le Palais).

Lors de ce défilé, Samir Machharawi, un dirigeant du Fatah, a demandé la démission du Comité central. Machharawi qui a perdu lors des élections face à un partisan du Hamas s’est livré à une sorte d’autocritique. « Le comité doit démissionner tout de suite, un commandement d’urgence doit être constitué pour réhabiliter le mouvement. Le Fatah est un projet national qui n’a pu se concrétiser de manière complète ». Il a souligné que l’objectif de cette protestation est d’insister sur le fait que « le Fatah n’a pas perdu. Le Fatah a payé pour certains corrompus. Nous respectons notre peuple et les résultats des élections. Les partisans du Fatah ont voulu dire que c’est au commandement du mouvement d’assumer la responsabilité ».


Abou-Mazen contesté

Devant la maison d’Abou-Mazen, un ancien ministre, Mohamad Dahlane, est intervenu à l’aide d’un micro pour demander aux manifestants de quitter les lieux. Le groupe s’est alors dirigé vers le siège du Conseil législatif palestinien à Gaza. Là, les activistes du Fatah ont poursuivi à l’aide de haut-parleurs la demande de démission des membres du Comité central de l’organisation ainsi que Mahmoud Abbass. Les manifestations ont gagné tout le secteur : le camp de réfugiés de Nousseirat et Khan Younès notamment. « Abou-Mazen est le principal responsable de notre échec aux élections, avec Yasser Arafat cela ne se serait jamais produit », a affirmé Abou-Khaled, un des activistes. « Nous disons au Fatah de ne participer d’aucune manière à un nouveau gouvernement (du Hamas) », criait pour sa part un autre manifestant dans un haut-parleur installé sur une camionnette.

Abou-Mazen est donc contesté dans son propre camp. Il a pris des mesures pour répondre aux revendications des manifestants en limogeant 150 membres du parti, dont 15 du Comité central. Mais il semble que la contestation va continuer à gronder jusqu’à ce qu’un changement radical soit opéré au sein du Fatah. Un tsunami jaune après le tsunami vert.

Achraf Aboul-Hol
Jibril Rajoub, ancien chef de la sécurité palestinienne et l’un des candidats du Fatah vaincu lors des législatives, pense que l’attitude du Hamas reste très ambiguë.

« Il est hors question de former une coalition gouvernementale avec Hamas »

Al-Ahram Hebdo : Quelles sont vos remarques sur les déclarations du chef du bureau politique du Hamas, Khaled Mechaal, au lendemain de sa victoire aux législatives où il prône le pragmatisme ?

Jibril Rajoub : Je pense qu’il s’agit d’un discours exagéré à tous les niveaux, en ce qui concerne leur victoire surtout. Il a été incapable de présenter un plan relatif à leur programme électoral. Cela fait 12 ans que le Hamas refuse de participer au pouvoir et a entravé tous les efforts de l’Autorité palestinienne sous le slogan de la résistance. Aujourd’hui après toutes ces destructions, la construction par Israël du mur de séparation, le siège imposé aux Palestiniens, est-ce que le Hamas va cesser la résistance ou la poursuivre en formant un gouvernement de guerre ? C’est la question à laquelle Mechaal n’a pas répondu. Il n’a pas non plus expliqué sa position vis-à-vis de nos engagements régionaux et internationaux.

— Il a cependant affirmé que le Hamas adopterait une approche réaliste des accords d’Oslo ...

— Pourquoi le Hamas ne l’a-t-il donc pas fait depuis 12 ans au moment où Israël était un partenaire, les Américains nous reconnaissaient et les négociations étaient en cours ? A chaque fois que Arafat rencontrait Clinton, il lançait une opération. Pourquoi ce réalisme aujourd’hui ? Pourquoi les Hamassis n’ont-ils pas fait preuve de réalisme au moment où les Palestiniens vivaient dans des conditions économiques et politiques meilleures ? La position du Hamas reste très ambiguë.

— Mais n’estimez-vous pas que le Hamas fait de plus en plus preuve de pragmatisme ?

— Si, on le voit. Mais c’est une chose qui nous fait peur. Parce qu’on se demande aujourd’hui si le Hamas luttait pendant une douzaine d’années pour la bonne cause de libérer la Palestine ou bien pour s’emparer du pouvoir. Il doit aujourd’hui nous expliquer sa vision de la paix et des négociations et celle de la résistance.

— Comment le Fatah va-t-il traiter avec le Hamas lors de la prochaine phase ?

— Il est hors question qu’on forme une coalition gouvernementale avec le Hamas. Le Fatah restera dans le camp de l’opposition et agira comme tel. Le Hamas demande une chance pour travailler et nous allons la lui offrir.

— Mais que se passe-t-il aujourd’hui sur le terrain ? On a vu des accrochages avec des appels au départ de Mahmoud Abbass ...

— Il y a une certaine amertume chez des membres du Fatah et je crois qu’elle est justifiée après cette défaite. Mais je pense que cette expression de la colère sera vite surmontée. Le comité central du Fatah assume toute la responsabilité. Il n’y aurait pas de révolte contre la direction. C’est une question complètement exclue.

Propos recueillis par
S. G.

 

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