En Occident,
en Europe et aux Etats-Unis, c'est le choc : réunions,
consultations, mobilisation sans pareille ... Le Hamas,
organisation considérée comme un vrai paria parce que
tout d'abord appartenant à un islam dit fondamentaliste,
et ensuite parce que ce mouvement de résistance, qui serait
voué à la destruction d'Israël, a remporté les élections
législatives palestiniennes. Aujourd'hui, on regrette
le Fatah.
Mais ne faut-il
pas pointer un doigt accusateur en direction d'Israël,
de Washington ou encore de l'Europe pour cet état de choses
? Qu'il s'agisse de la percée des Frères musulmans en
Egypte, de l'intrusion en Iraq des mouvements islamistes
extrémistes, on ne peut que relever des politiques erronées
et d'incompréhension forgées dans les états-majors de
Washington et de Tel-Aviv. Un constat que font d'ailleurs
certains observateurs et journaux occidentaux : ainsi,
pour le quotidien danois Information (indépendant), «
l'Occident et les efforts démocratiques du président Bush
au Moyen-Orient conduisent les partis islamistes au pouvoir
». Plus proche de la réalité Le Temps (Genève), juge qu'«
en refusant de négocier avec les plus modérés d'entre
eux, en détruisant ce qui fonctionnait, Israël ne leur
a laissé d'autre choix que cette bouée ».
Ne faut-il
pas rappeler aussi que la victoire du Hamas est le résultat
de vingt années de gestion manquée de la crise du Proche-Orient
? Et là, ce sont surtout les Israéliens, soutenus par
les Américains, qui en sont la cause. Oslo I, Oslo 2,
Wye River, Charm Al-Cheikh, autant d'étapes où les Israéliens,
d'atermoiements en atermoiements, ont voulu à chaque fois
renégocier le tout. Ce qui était acquis hier ne l'était
plus le lendemain. De quoi provoquer le désespoir de la
rue palestinienne et arabe et discréditer le Fatah. Alors
que les résolutions de l'Onu accordent aux Palestiniens
un Etat en Cisjordanie et Gaza avec Jérusalem-Est comme
capitale, Israël a rongé ce territoire pour n'offrir aux
Palestiniens que quelques lambeaux sans la moindre continuité.
Et puis, ce fut la diabolisation d'Arafat, le chef historique
de la révolution palestinienne, sa mise à l'écart et son
confinement dans de petits locaux à Ramallah, encerclé
par les chars israéliens. Ensuite, sa mort suscitant des
doutes. Il était alors normal qu'un mouvement comme le
Hamas vienne s'imposer. Tout le contexte régional lui
est favorable, puisque l'opinion arabe brimée n'arrive
plus à croire aux promesses ou à l'équité de l'Occident.
Le rouleau compresseur américain est arrivé. En plus de
l'Iraq, il vise la Syrie, pays dont une forte déstabilisation
ne pourra que mener les Frères musulmans au pouvoir.
Ainsi, Washington
est pris à son propre piège. Mais la secrétaire d'Etat
américaine, Condoleezza Rice, reste inébranlable. Elle
a assuré que la stratégie américaine de propagation de
la démocratie au Proche-Orient restait valide, malgré
cette arrivée fracassante du Hamas au pouvoir dans les
territoires palestiniens, qui s'ajoute à la percée électorale
du mouvement intégriste des Frères musulmans en Egypte,
la victoire des chiites conservateurs en Iraq et la crise
gouvernementale au Liban avec un autre mouvement intégriste,
le Hezbollah pro-syrien. L'opportunisme n'est pas toujours
de bon aloi en politique, surtout lorsque c'est Israël
qui souffle dans l'oreille de l'Amérique . |