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Législatives
Palestiniennes. La
victoire du Hamas bouleverse
la donne et suscite des interrogations sur le devenir
de la Palestine. Cependant, le mouvement de résistance
semble s’engager vers davantage de pragmatisme pour
gérer son succès.
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| Les
répliques d’un séisme |
| Un
chiffre ... juste un chiffre a provoqué cette tension
que certains sont allés jusqu’à qualifier de « tremblement
de terre » ou encore d’un « nouveau Tsunami ». C’est autour
de ce nombre de sièges remportés par le mouvement de la
résistance palestinienne Hamas et ses conséquences lors
des législatives que se déroule toute la polémique.
Le Hamas
compte désormais 76 sièges sur 120 au Parlement, soit
la majorité absolue. Le résultat concret de ces élections
est que le mouvement fondé par le cheikh Yassine assumera
la responsabilité de former le prochain gouvernement palestinien,
qui depuis la mise en place de l’Autorité palestinienne,
il y a une douzaine d’années, était quasiment le monopole
du mouvement Fatah de Yasser Arafat.
Assumer le
pouvoir, personne peut-être ne s’y attendait. Même pas
le Hamas lui-même. Le chef du bureau politique, Khaled
Méchaal, a ainsi déclaré depuis Damas, où il siège depuis
bien des années aux côtés des autres think tanker du mouvement,
que « nous étions sûrs de la victoire, mais c’est son
ampleur qui nous surprend, c’est ce chiffre qui a provoqué
une surprise ». Simplement, car les chefs de la résistance
aspiraient uniquement pour l’instant à devenir une force
d’opposition parlementaire. Mais l’effet de choc enregistré
dans le camp du Fatah se justifie-t-il ? Le Hamas est
présent sur le terrain de façon évidente. L’excellente
gestion d’un nombre d’associations caritatives a comblé
le vide créé par l’Autorité palestinienne sur les plans
social et humain.
Mais plus
encore, il y a le pragmatisme du mouvement. Un de ses
points faibles aurait été son attitude intransigeante
à l’égard d’Israël qu’il vouait à la destruction. Ce pragmatisme
qui a commencé à prendre de l’ampleur, il fallait juste
le déchiffrer. C’est bien ce mouvement, y compris sa branche
armée, qui avait accepté, tout comme l’Autorité palestinienne,
d’observer une trêve dans les opérations contre Israël.
Il a même commencé le soin de lui élaborer en préambule
un concept neuf d’interprétation et d’analyse, à adopter
un discours bien moins radical de celui qui prévalait
par le passé en expliquant clairement qu’il n’était pas
contre les Israéliens parce qu’ils sont juifs, mais parce
qu’ils occupent les territoires palestiniens. D’ailleurs,
l’appel à l’élimination de l’Etat juif n’a pas figuré
dans la campagne électorale des Hamassis qui, en participant
au scrutin législatif, reconnaissent implicitement les
institutions émanant des accords d’Oslo. Pour y croire,
il faudrait peut-être penser au boycott par le mouvement
des premières élections parlementaires palestiniennes
en 1996, sous prétexte qu’elles étaient le fruit des accords
d’Oslo, qui abandonnaient « des terres islamiques à l’ennemi
». Le comble du pragmatisme s’est manifesté dans des déclarations
de Méchaal, qui a affirmé pour la première fois que son
mouvement adopterait une approche « très réaliste des
accords d’Oslo et qu’il est prêt à abandonner les armes
au profit d’une armée palestinienne » qui sera chargée
d’assurer la défense des Palestiniens. Ce soi-disant coup
d’Etat démocratique poussera apparemment le mouvement
à se transformer presque entièrement en force politique,
mais en imposant ses règles du jeu puisqu’il ne renoncera
pas facilement aux armes. |
Choc en Israël
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| De loin,
le Hamas reste la bête noire d’Israël qui ne pourra plus,
d’après les observateurs, continuer à adopter la même
politique d’assassinats de ses dirigeants. Tel-Aviv n’a-t-il
pas eu tort de croire que son assassinat du chef spirituel
du mouvement, le cheikh Yassine, il y a deux ans, allait
affaiblir le mouvement, voire le détruire ? Aujourd’hui,
chez les Israéliens c’est aussi un pragmatisme qui étonne.
La moitié d’entre eux, selon un sondage réalisé vendredi,
se déclarent prêts à discuter avec un Hamas au pouvoir,
même si du côté du gouvernement, Ehud Olmert, le premier
ministre, a maintenu la position officielle en réaffirmant
qu’Israël « ignorera » un gouvernement dirigé par le Hamas
ou comprenant des ministres de ce mouvement. Une fermeté
apparente qui cache mal une grande confusion chez Israël,
qui a été également pris de court par ce triomphe électoral
du Hamas. C’est une œuvre israélienne aussi, disent les
observateurs. Le gouvernement israélien n’a en aucun cas
soutenu le président Mahmoud Abbass depuis son élection
l’an dernier, même si aujourd’hui il continue à dire que
« jusqu’à preuve du contraire, Abbass reste notre interlocuteur
».
C'est Tel-Aviv
qui a même donné crédit aux résistants. Ceux-ci sont parvenus
à convaincre les Palestiniens que les Israéliens ne se
retireront jamais d'un territoire occupé que par crainte
pour leur sécurité. Gaza en est un exemple d'ailleurs
similaire à celui du Sud-Liban. En votant Hamas, les électeurs
voulaient d'ailleurs punir Israël aussi bien que l'Autorité
palestinienne, qui n'a pas été en mesure de mettre un
terme à leur souffrance économique et politique engendrée
par l'occupation et parfois par la corruption. Et puis,
il y a eu cet aspect selon lequel le sort des Palestiniens
dépend plutôt des Israéliens que de leur propre autorité
autonome. L'avenir des relations palestino-israéliennes
semblait beaucoup moins clair qu'on ne l'imaginait sous
Sharon, ou encore en spéculant sur les résultats des élections
israéliennes prévues en mars. Si depuis toujours le destin
des Palestiniens semblait tributaire du nom ou du parti
du chef du gouvernement israélien, aujourd'hui le jeu
s'est renversé. Le Hamas influencera certes les résultats
du scrutin israélien vers plus de radicalisation probablement.
Pour l'instant, il n'est pas encore question pour Israël
de couper l'électricité, ni l'eau de la bande de Gaza
et la Cisjordanie pour isoler ces régions du reste du
monde. « Nous nous sommes donnés quelques semaines pour
voir comment les choses vont évoluer du côté palestinien
», explique un proche d'Ehud Olmert. Bref, les dirigeants
israéliens marchent sur des œufs en faisant attention,
le Hamas aussi. Sur le dossier interpalestinien surtout.
Le mouvement de la résistance se voit ainsi obligé de
cohabiter avec Mahmoud Abbass, un président également
élu à la base d'un programme profondément opposé à celui
du Hamas, notamment un engagement envers une solution
négociée avec l'Etat hébreu. Les Hamassis, se voulant
respectueux des règles démocratiques, se sont empressés
d'inviter les autres factions palestiniennes à participer
au pouvoir. Une tentative de sortir de l'impasse actuelle
puisque l'on voit mal un ministre palestinien des Affaires
étrangères venant des rangs de la résistance armée pour
discuter avec les Américains ou les Européens. |
Les Palestiniens divisés ?
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La tension
reste vive d'autant plus que les réactions qui ont filtré
pour l'instant du mouvement Fatah font état du refus
de toute coalition avec le Hamas. Dans la foulée des
résultats, des accrochages ont éclaté entre des militants
du Fatah et des partisans du Hamas avant que les responsables
de ces derniers ne les appellent à rester chez eux et
éviter toute déroute en vue de préserver l'unité nationale.
Ceci n'a cependant pas empêché quelque 20 000 partisans
du Fatah de manifester à travers la bande de Gaza pour
rejeter toute coalition avec le Hamas et dénoncer la
vieille garde du parti, jugée responsable de la défaite
électorale (lire reportage page 5). Des véhicules ont
été incendiés devant le Parlement palestinien alors
qu'en Cisjordanie, les activistes armés du Fatah ont
réclamé la démission du président Abbass. Les Brigades
des martyrs d'Al-Aqsa sont allés encore plus loin et
menacent de tuer tout dirigeant qui accepterait de participer
à un gouvernement dirigé par le Hamas. Un conflit interpalestinien
se profile à l'horizon et semble servir uniquement Israël
qui va certainement s'empresser d'annoncer qu'il n'y
a pas d'interlocuteur dans le camp palestinien pour
discuter de la paix. Des voix qui trouveront certes
de bonnes oreilles aux EtUnis ou en Europe où le Hamas
est classé sur la liste noire des organisations terroristes.
Cette volonté
de rapprochement au niveau politique, du Hamas vis-à-vis
du Fatah, posera des problèmes majeurs sur le plan diplomatique.
Parce que c'est la communauté internationale qui détient
les fils du financement de l'Autorité palestinienne.
Pour atténuer cette image de radicalisme, le Hamas veut
rallier le plus grand nombre de factions. Mission impossible,
du moins difficile. Les projecteurs sont désormais braqués
sur le président Abbass. Personne ne veut le voir aujourd'hui
céder aux appels des militants en colère et démissionner,
le Hamas y compris, parce que sans Abou-Mazen, l'Autorité
risque l'isolement international. Et le Hamas ne veut
certes pas se retrouver en face-à-face avec la communauté
internationale. La balle est désormais dans le camp
des Fatahistes avec lesquels tous les scénarios sont
possibles. Des analystes, comme Saïd Okacha, chercheur
au Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS)
d'Al-Ahram, pensent que le scénario le plus probable
est celui d'une dissension au sein du mouvement Fatah
avec des troubles entre l'ancienne garde et la génération
intermédiaire qui peuvent engendrer des accrochages
armés, notamment en l'absence d'une figure charismatique
comme Yasser Arafat. Okacha croit qu'il est invraisemblable
que le Fatah parvienne à surmonter cette crise et faire
preuve d'unité, surtout que le parti est loin d'être
cohérent. Il y a les proches des islamistes, les nationalistes,
la gauche, les traditionnels et les radicaux qui croient
à la lutte armée. C'est pourquoi Abou-Mazen sait que
le maintien du Fatah au gouvernement est crucial pour
apaiser la situation.
Parallèlement,
le Hamas est contraint d'accélérer sa métamorphose s'il
veut éviter le chaos et il sait aussi que son triomphe
est synonyme d'un ras-le-bol des électeurs vis-à-vis
du Fatah. La question reste ouverte d'autant plus que
tous deux ont été élus à la majorité, les deux disposent
d'une crédibilité sans équivoque. Aujourd'hui, il y
a deux légitimités : une parlementaire et une présidentielle.
Le concept démocratique est désormais profondément ancré
chez les Palestiniens, mais il faudra savoir gérer ses
conséquences sous le verrou de l'occupation israélienne
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Samar
Al-Gamal |
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