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Contrôle
Sanitaire. Plusieurs cas
d’intoxication chez des nourrissons ayant bu du lait en poudre
avarié rouvrent le débat sur l’examen par le ministère de
la Santé de ce genre de produits.
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Le consommateur
paye les défaillances |
650
000 boîtes de lait en poudre pour nouveaux-nés ont été retirées
cette semaine du marché par le ministère de la Santé, en réponse
à une centaine de plaintes déposées par de nombreuses familles
auprès du ministère. Dans ces plaintes, les familles ont précisé
que leurs enfants ont été atteints de crises de vomissement
et de diarrhée après avoir bu du lait en poudre « Baby Zan
1 ». Il s’agit d’un produit fabriqué en Egypte, mais où sont
utilisées des matières premières importées.
A la suite de
ces plaintes, une commission d’enquête a été formée par Hatem
Al-Guébali, le nouveau ministre de la Santé, afin d’analyser
les boîtes de lait en question. « Les analyses préliminaires
ont révélé que le lait n’est pas valable pour l’usage humain
et que les matières utilisées dans sa production sont avariées.
Le reste des résultats seront annoncés dans quelques semaines
après que la commission achève sa mission », explique Ossama
Al-Khouli, responsable au département pharmacies dépendant
du ministère de la Santé. Le ministère a donc décidé de suspendre
la production de l’usine qui produit ce lait, qui dépend de
la société privée Misr des médicaments, et de pénaliser toute
pharmacie qui continuerait à vendre ce produit. Le ministère
a déclaré par ailleurs qu’il a lancé sur le marché trois autres
genres de lait subventionnés pour les nourrissons et que les
quantités sont disponibles pour couvrir les besoins des familles
pendant les 9 prochains mois.
Cet incident
a de nouveau ouvert un vif débat sur le contrôle effectué
par le ministère de la Santé sur les produits alimentaires
que vendent les pharmacies. Il y a effectivement deux sortes
de produits alimentaires : ceux vendus dans les pharmacies
et ceux vendus dans les supermarchés. Les premiers sont contrôlés
par le ministère de la Santé. Quant aux deuxièmes, ils sont
sous le contrôle des ministères de la Santé, de l’Approvisionnement
et de l’Agriculture.
Selon les chiffres
du ministère de la Santé, le nombre de personnes qui ont été
victimes d’empoisonnement durant l’année 2004 à cause des
produits alimentaires s’élève à 1 431. Toujours selon ces
chiffres, 7 000 plaintes sont enregistrées tous les ans contre
des sociétés pour avoir produit ou vendu des aliments non
conformes aux normes sanitaires. Le marché égyptien consomme
annuellement 10 millions de boîtes de lait en poudre subventionné.
Le prix d’une boîte de lait coûte 13 L.E., dont l’Etat assume
10. Selon les spécialistes, ces chiffres sont révélateurs
et démontrent la nécessité d’une révision rapide du système
de contrôle sur les produits alimentaires en Egypte.
Hosni Al-Dib,
ancien membre de la Commission de la santé au Parlement, estime
que cette situation est due au fait que toutes les mesures
prises à la suite du dépôt des plaintes pour intoxication
ne parviennent pas à régler l’anarchie qui existe sur le marché.
Il s’agit, selon lui, d’une défaillance du système de contrôle.
« La plupart des problèmes proviennent des produits importés
ou ceux dont la fabrication utilise des matières premières
importées. Les procédures de tout produit ou matière importée
entrent dans les prérogatives des ministères du Commerce extérieur
et de la Santé. Or, le problème est que chacune de ces deux
instances prend des décisions contradictoires, ce qui facilite
la fraude », explique Hosni Al-Dib. Il explique qu’en 1997,
le ministère du Commerce extérieur avait créé le Conseil général
pour le contrôle des importations. Ce conseil a pris des mesures
qui s’opposent à celles du ministère de la Santé, causant
ainsi une grande anarchie.
« Selon les règles
du ministère de la Santé, les cargaisons de produits alimentaires
ou de matières premières utilisées dans la fabrication de
certains produits doivent être examinées le jour de leur entrée
en Egypte. Les résultats doivent être envoyés aux responsables
dans les 24 heures. Et les importateurs n’ont le droit de
stocker leurs produits qu’après les résultats des analyses
pour ne pas donner aux importateurs la chance de faire entrer
leurs produits clandestinement », explique Ahmad Tolba, de
l’Administration centrale des laboratoires auprès du ministère
de la Santé. Il ajoute qu’à l’inverse, le conseil dépendant
du ministère du Commerce extérieur a donné aux compagnies
importatrices le droit de stocker leurs produits dans leurs
dépôts jusqu’à ce que les résultats des analyses soient terminés.
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C’est cette absence
d’une instance unique chargée de contrôler l’entrée des produits
et de réaliser des tests, qui a favorisé la fraude et qui
a facilité l’entrée de plusieurs produits non conformes aux
normes. De plus, pas moins de 15 certificats sont demandés
à la compagnie importatrice par les différentes instances
concernées. Conséquence : une augmentation des étapes de contrôle
sur les produits alimentaires, favorisant ainsi abus et fraudes.
« Les responsables croient qu’en augmentant le nombre des
certificats demandés, ils garantissent la validité des produits
qui font leur entrée dans le pays. Pourtant, il suffirait
de donner la responsabilité du contrôle au ministère de la
Santé qui est capable de découvrir la validité ou non du produit
à travers les analyses qu’il fait et qui sont très simples
», explique Sarwat Bassili, propriétaire d’une société de
médicaments. Une fois le produit entré dans le pays, une autre
défaillance se fait jour. Bassili explique que le contrôle
imposé sur les moyens de stockage du produit et les dates
d’expiration ainsi que les boîtes utilisées est très faible.
Il cite l’incident de l’empoisonnement en avril 2005 de 13
personnes après avoir mangé du miel. Les analyses du ministère
de la Santé ont révélé que la société avait stocké le miel
dans des bocaux utilisés auparavant pour des insecticides.
Il en est de même pour l’incident de l’empoisonnement des
nourrissons, car outre la matière avariée trouvée dans le
lait, les analyses de laboratoires du ministère de la Santé
ont révélé que les boîtes dans lesquelles était stocké le
lait en poudre n’étaient pas conformes aux normes.
Autre point défaillant,
selon Qassem Tolba, membre de la Commission de la santé au
Parlement, c’est l’absence d’une loi sur la protection du
consommateur. Selon lui, l’absence d’une loi est l’un des
principaux facteurs de l’augmentation des cas d’intoxication
en Egypte. « La censure effectuée par les instances concernées
est nécessaire. Pourtant, il manque une loi qui règle cette
anarchie, puisque les peines actuelles encourues contre les
contrevenants ne sont pas dissuasives. Ils ne doivent payer
qu’une simple amende allant de 1 000 à 5 000 L.E. On s’attend
donc à ce que le propriétaire de la société du lait intoxiqué
ne paye qu’une amende », critique-t-il.
Pour sa part,
Hatem Al-Guébali a commencé à prendre certaines mesures. Une
commission sera formée regroupant des membres des ministères
concernés afin de créer une seule administration qui sera
chargée de coordonner toutes les décisions et d’unifier les
procédures. Deuxième démarche : accélérer la préparation de
la loi sur la protection des consommateurs pour être discutée
durant la session parlementaire actuelle. Cette loi prévoit
un durcissement des peines contre les contrevenants, et un
renforcement du rôle des ONG œuvrant dans le domaine de la
protection des consommateurs. Elle faciliterait aussi les
étapes de contrôle des produits afin de ne pas créer une atmosphère
favorable à la fraude. Un pas en avant en faveur du consommateur.
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Mirande Youssef |
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| Magda
Rakha, directrice de l’Administration
centrale des laboratoires au ministère de la Santé, évoque les
faiblesses du système. |
| «
Si on travaille seul,
la situation ne s’améliorera pas » |
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Al-Ahram Hebdo : Comment peut-on expliquer
l’entrée en Egypte de matières avariées comme celles présentes
dans ce lait en poudre qui a causé l’empoisonnement de plusieurs
nourrissons ?
Magda
Rakha : Toute matière
importée n’obtient une autorisation d’entrée dans le pays qu’après
être soumise à de longs tests dans les laboratoires du ministère.
Mais il se peut que cette matière ait été avariée à cause d’un
mauvais stockage dans les dépôts de la société. Il se peut aussi
que les boîtes utilisées ne soient pas conformes aux normes
sanitaires. Conséquence : ces boîtes engendrent une matière
toxique qui avarie les composants du lait. Une autre possibilité
: l’huile utilisée dans le lait peut avoir dépassé la date d’expiration.
En tout cas, les analyses finales effectuées par la commission
d’enquête formée par le ministère préciseront les causes principales
de l’intoxication.
— Pourquoi le ministère n’exerce-t-il aucun
contrôle sur les moyens et les emballages de stockage, ainsi
que sur les matières utilisées dans la composition du lait ?
— Il y a certainement un contrôle. Avant qu’une
société n’obtienne une licence pour commencer ses activités,
une commission du ministère doit se déplacer pour visiter les
dépôts pour s’assurer que le lieu de stockage répond aux normes
sanitaires. Même les boites utilisées dans le stockage doivent
être présentées au ministère pour être examinées. Une fois que
la société commence ses activités, le rôle du ministère se limite
à effectuer des analyses régulières sur le produit mis sur le
marché et ce en prenant des échantillons.
— Pourquoi pensez-vous alors que le stockage
ait été l’une des raisons de cet incident si le ministère a
déjà tout vérifié ?
— Nous faisons le contrôle à l’arrivée du produit.
Mais il nous est impossible de nous rendre à nouveau sur les
lieux de stockage après cette première visite. Il se peut donc
que la société change les conditions de stockage.
— L’augmentation des cas d’empoisonnement en
Egypte ces dernières années montre-t-elle une défaillance du
système de contrôle sur les produits alimentaires ?
— On ne peut pas nier que le système de contrôle
des produits alimentaires a besoin d’une révision. Mais il faut
souligner que ce contrôle est une responsabilité commune de
plusieurs ministères. Si on travaille seul, la situation ne
s’améliorera pas. C’est pour cela que le ministère a décidé
de coordonner avec les ministères concernés afin d’unifier les
décisions et les procédures. Il faut citer également l’importance
du rôle des ONG œuvrant dans le domaine de la protection des
consommateurs qui doivent avoir plus de poids. Ces ONG peuvent
participer avec les ministères à des campagnes de contrôle,
ce qui pourrait imposer un système de vérification plus efficace.
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| Propos recueillis
par M. Y. |
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