Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'enquête

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Idées
Portrait
Littérature
Livres
Arts
Femmes
Société
Sport
Environnement
Escapades
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine

Contrôle Sanitaire. Plusieurs cas d’intoxication chez des nourrissons ayant bu du lait en poudre avarié rouvrent le débat sur l’examen par le ministère de la Santé de ce genre de produits.

Le consommateur paye les défaillances

650 000 boîtes de lait en poudre pour nouveaux-nés ont été retirées cette semaine du marché par le ministère de la Santé, en réponse à une centaine de plaintes déposées par de nombreuses familles auprès du ministère. Dans ces plaintes, les familles ont précisé que leurs enfants ont été atteints de crises de vomissement et de diarrhée après avoir bu du lait en poudre « Baby Zan 1 ». Il s’agit d’un produit fabriqué en Egypte, mais où sont utilisées des matières premières importées.

A la suite de ces plaintes, une commission d’enquête a été formée par Hatem Al-Guébali, le nouveau ministre de la Santé, afin d’analyser les boîtes de lait en question. « Les analyses préliminaires ont révélé que le lait n’est pas valable pour l’usage humain et que les matières utilisées dans sa production sont avariées. Le reste des résultats seront annoncés dans quelques semaines après que la commission achève sa mission », explique Ossama Al-Khouli, responsable au département pharmacies dépendant du ministère de la Santé. Le ministère a donc décidé de suspendre la production de l’usine qui produit ce lait, qui dépend de la société privée Misr des médicaments, et de pénaliser toute pharmacie qui continuerait à vendre ce produit. Le ministère a déclaré par ailleurs qu’il a lancé sur le marché trois autres genres de lait subventionnés pour les nourrissons et que les quantités sont disponibles pour couvrir les besoins des familles pendant les 9 prochains mois.

Cet incident a de nouveau ouvert un vif débat sur le contrôle effectué par le ministère de la Santé sur les produits alimentaires que vendent les pharmacies. Il y a effectivement deux sortes de produits alimentaires : ceux vendus dans les pharmacies et ceux vendus dans les supermarchés. Les premiers sont contrôlés par le ministère de la Santé. Quant aux deuxièmes, ils sont sous le contrôle des ministères de la Santé, de l’Approvisionnement et de l’Agriculture.

Selon les chiffres du ministère de la Santé, le nombre de personnes qui ont été victimes d’empoisonnement durant l’année 2004 à cause des produits alimentaires s’élève à 1 431. Toujours selon ces chiffres, 7 000 plaintes sont enregistrées tous les ans contre des sociétés pour avoir produit ou vendu des aliments non conformes aux normes sanitaires. Le marché égyptien consomme annuellement 10 millions de boîtes de lait en poudre subventionné. Le prix d’une boîte de lait coûte 13 L.E., dont l’Etat assume 10. Selon les spécialistes, ces chiffres sont révélateurs et démontrent la nécessité d’une révision rapide du système de contrôle sur les produits alimentaires en Egypte.

Hosni Al-Dib, ancien membre de la Commission de la santé au Parlement, estime que cette situation est due au fait que toutes les mesures prises à la suite du dépôt des plaintes pour intoxication ne parviennent pas à régler l’anarchie qui existe sur le marché. Il s’agit, selon lui, d’une défaillance du système de contrôle. « La plupart des problèmes proviennent des produits importés ou ceux dont la fabrication utilise des matières premières importées. Les procédures de tout produit ou matière importée entrent dans les prérogatives des ministères du Commerce extérieur et de la Santé. Or, le problème est que chacune de ces deux instances prend des décisions contradictoires, ce qui facilite la fraude », explique Hosni Al-Dib. Il explique qu’en 1997, le ministère du Commerce extérieur avait créé le Conseil général pour le contrôle des importations. Ce conseil a pris des mesures qui s’opposent à celles du ministère de la Santé, causant ainsi une grande anarchie.

« Selon les règles du ministère de la Santé, les cargaisons de produits alimentaires ou de matières premières utilisées dans la fabrication de certains produits doivent être examinées le jour de leur entrée en Egypte. Les résultats doivent être envoyés aux responsables dans les 24 heures. Et les importateurs n’ont le droit de stocker leurs produits qu’après les résultats des analyses pour ne pas donner aux importateurs la chance de faire entrer leurs produits clandestinement », explique Ahmad Tolba, de l’Administration centrale des laboratoires auprès du ministère de la Santé. Il ajoute qu’à l’inverse, le conseil dépendant du ministère du Commerce extérieur a donné aux compagnies importatrices le droit de stocker leurs produits dans leurs dépôts jusqu’à ce que les résultats des analyses soient terminés.


Abus et fraudes

C’est cette absence d’une instance unique chargée de contrôler l’entrée des produits et de réaliser des tests, qui a favorisé la fraude et qui a facilité l’entrée de plusieurs produits non conformes aux normes. De plus, pas moins de 15 certificats sont demandés à la compagnie importatrice par les différentes instances concernées. Conséquence : une augmentation des étapes de contrôle sur les produits alimentaires, favorisant ainsi abus et fraudes. « Les responsables croient qu’en augmentant le nombre des certificats demandés, ils garantissent la validité des produits qui font leur entrée dans le pays. Pourtant, il suffirait de donner la responsabilité du contrôle au ministère de la Santé qui est capable de découvrir la validité ou non du produit à travers les analyses qu’il fait et qui sont très simples », explique Sarwat Bassili, propriétaire d’une société de médicaments. Une fois le produit entré dans le pays, une autre défaillance se fait jour. Bassili explique que le contrôle imposé sur les moyens de stockage du produit et les dates d’expiration ainsi que les boîtes utilisées est très faible. Il cite l’incident de l’empoisonnement en avril 2005 de 13 personnes après avoir mangé du miel. Les analyses du ministère de la Santé ont révélé que la société avait stocké le miel dans des bocaux utilisés auparavant pour des insecticides. Il en est de même pour l’incident de l’empoisonnement des nourrissons, car outre la matière avariée trouvée dans le lait, les analyses de laboratoires du ministère de la Santé ont révélé que les boîtes dans lesquelles était stocké le lait en poudre n’étaient pas conformes aux normes.

Autre point défaillant, selon Qassem Tolba, membre de la Commission de la santé au Parlement, c’est l’absence d’une loi sur la protection du consommateur. Selon lui, l’absence d’une loi est l’un des principaux facteurs de l’augmentation des cas d’intoxication en Egypte. « La censure effectuée par les instances concernées est nécessaire. Pourtant, il manque une loi qui règle cette anarchie, puisque les peines actuelles encourues contre les contrevenants ne sont pas dissuasives. Ils ne doivent payer qu’une simple amende allant de 1 000 à 5 000 L.E. On s’attend donc à ce que le propriétaire de la société du lait intoxiqué ne paye qu’une amende », critique-t-il.

Pour sa part, Hatem Al-Guébali a commencé à prendre certaines mesures. Une commission sera formée regroupant des membres des ministères concernés afin de créer une seule administration qui sera chargée de coordonner toutes les décisions et d’unifier les procédures. Deuxième démarche : accélérer la préparation de la loi sur la protection des consommateurs pour être discutée durant la session parlementaire actuelle. Cette loi prévoit un durcissement des peines contre les contrevenants, et un renforcement du rôle des ONG œuvrant dans le domaine de la protection des consommateurs. Elle faciliterait aussi les étapes de contrôle des produits afin de ne pas créer une atmosphère favorable à la fraude. Un pas en avant en faveur du consommateur.

Mirande Youssef

Magda Rakha, directrice de l’Administration centrale des laboratoires au ministère de la Santé, évoque les faiblesses du système.

« Si on travaille seul,
la situation ne s’améliorera pas »

Al-Ahram Hebdo : Comment peut-on expliquer l’entrée en Egypte de matières avariées comme celles présentes dans ce lait en poudre qui a causé l’empoisonnement de plusieurs nourrissons ?

Magda Rakha : Toute matière importée n’obtient une autorisation d’entrée dans le pays qu’après être soumise à de longs tests dans les laboratoires du ministère. Mais il se peut que cette matière ait été avariée à cause d’un mauvais stockage dans les dépôts de la société. Il se peut aussi que les boîtes utilisées ne soient pas conformes aux normes sanitaires. Conséquence : ces boîtes engendrent une matière toxique qui avarie les composants du lait. Une autre possibilité : l’huile utilisée dans le lait peut avoir dépassé la date d’expiration. En tout cas, les analyses finales effectuées par la commission d’enquête formée par le ministère préciseront les causes principales de l’intoxication.

— Pourquoi le ministère n’exerce-t-il aucun contrôle sur les moyens et les emballages de stockage, ainsi que sur les matières utilisées dans la composition du lait ?

— Il y a certainement un contrôle. Avant qu’une société n’obtienne une licence pour commencer ses activités, une commission du ministère doit se déplacer pour visiter les dépôts pour s’assurer que le lieu de stockage répond aux normes sanitaires. Même les boites utilisées dans le stockage doivent être présentées au ministère pour être examinées. Une fois que la société commence ses activités, le rôle du ministère se limite à effectuer des analyses régulières sur le produit mis sur le marché et ce en prenant des échantillons.

— Pourquoi pensez-vous alors que le stockage ait été l’une des raisons de cet incident si le ministère a déjà tout vérifié ?

— Nous faisons le contrôle à l’arrivée du produit. Mais il nous est impossible de nous rendre à nouveau sur les lieux de stockage après cette première visite. Il se peut donc que la société change les conditions de stockage.

— L’augmentation des cas d’empoisonnement en Egypte ces dernières années montre-t-elle une défaillance du système de contrôle sur les produits alimentaires ?

— On ne peut pas nier que le système de contrôle des produits alimentaires a besoin d’une révision. Mais il faut souligner que ce contrôle est une responsabilité commune de plusieurs ministères. Si on travaille seul, la situation ne s’améliorera pas. C’est pour cela que le ministère a décidé de coordonner avec les ministères concernés afin d’unifier les décisions et les procédures. Il faut citer également l’importance du rôle des ONG œuvrant dans le domaine de la protection des consommateurs qui doivent avoir plus de poids. Ces ONG peuvent participer avec les ministères à des campagnes de contrôle, ce qui pourrait imposer un système de vérification plus efficace.

Propos recueillis par M. Y.
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631