L'ancien projet de protection
du Nil, dont l'idée remonte à 2002, était en effet très controversé.
L’initiative était à l'époque du ministre de l’Habitat, Mohamad
Ibrahim Soliman, et le projet avait été approuvé par le Conseil
des ministres en 2004. Il s'agissait de créer de nouveaux
axes routiers pour résoudre les problèmes d’embouteillage
dont souffre le quartier de Maspero, d'autant plus que cette
région est d’une grande importance touristique, car elle est
parsemée d’hôtels, de centres commerciaux, de banques et de
ministères. Les chiffres de l’administration de la circulation
sur le taux d’embouteillage de cette région furent à l'époque
le déclencheur de ce projet. Selon ces chiffres, 500 000 véhicules
sillonnent quotidiennement la Corniche du Nil qui avait pourtant
été conçue pour en accueillir 200 000. Plus encore, cette
région n’a pas été réaménagée depuis 40 ans, alors que le
nombre de véhicules, lui, est en constante augmentation. Autre
objectif déclaré de l'ancien projet était celui de résoudre
par extension le problème d’embouteillage dans d’autres parties
de la ville, notamment la place Tahrir, Qasr Al-Aïni et Ramsès
qui souffrent inévitablement de l’asphyxie des environs de
Maspero.
Mais ce projet fut à l'origine
d'une vaste polémique dans les milieux politiques et écologiques.
Il fut refusé par les ministères de l’Irrigation, de l’Environnement,
du Transport et du Développement local, ce qui a suspendu
sa mise en œuvre.
La polémique concernait essentiellement
la première phase du projet, qui s’étend sur 3,8 km de corniche
entre la région de Maspero et Magra Al-Oyoune, et qui devait
être remblayé afin d’élargir la rue. « L'ancien projet était
suspendu, car le remblayage d’une partie du Nil a été considéré
par les urbanistes comme une agression cruelle contre les
berges du Nil, la principale source de vie de l’Egypte »,
explique Maher Bayoumi, responsable au ministère de l’Habitat.
Il ajoute que le nouveau ministère a annulé cette phase du
projet sur demande du Centre national des recherches sur l’eau,
ainsi que de l’Institut des recherches du Nil, et le Centre
des recherches hydrauliques qui ont précisé que toute intervention
externe touchant les berges du fleuve pourrait avoir des conséquences
graves du point de vue écologique et géographique. « L’éboulement
d’une rive de la berge du Nil pourrait augmenter le niveau
de l’eau, ce qui engendrerait des problèmes inattendus tels
que l’érosion et la sédimentation des terres sur l'autre rive
», a précisé le rapport présenté par l’Institut des recherches
du Nil.
Les urbanistes, qui avaient
eux aussi témoigné de fortes restrictions à l’égard de l'ancien
projet, ont donc favorablement accueilli la décision du nouveau
ministre de l'Habitat. Milad Hanna, urbaniste, explique que
le gouvernement devait absolument finir par annuler ce projet
qui contredit les principes annoncés du ministère de l'Habitat.
« En 1997, le gouvernement n'arrêtait pas de déclarer que
la protection des berges du Nil figurait parmi ses principaux
objectifs. C'est pour cette raison qu'il avait établi un calendrier
pour démolir les établissements construits sans autorisation
sur les berges du fleuve. L'ancien projet qui s’attaquait
directement aux rives du Nil faisait donc fausse note avec
ces déclarations », lâche Hanna. Il affirme que la mise en
œuvre de ce projet aurait empêché la vue d’une grande partie
du Nil, ce qui défigurerait le paysage de cette zone touristique.
« De même, l’élargissement de la rue, qui était l'objectif
essentiel de ce projet, aurait augmenté le taux de circulation.
Et la conséquence normale aurait été l'augmentation du taux
de pollution », ajoute Milad Hanna.
La commission du ministère
de l’Habitat chargée de cette affaire et formée d'un groupe
d'écologistes, de géographes et de chercheurs à l’Institut
des études urbaines tient actuellement des réunions afin de
peaufiner le nouveau projet de réaménagement de la Corniche
du Nil qui s’étend de Choubra à Hélouan. L’objectif de ce
projet, selon les déclarations du ministère, sera de transformer
la Corniche en un site touristique. Cette commission doit
donc élaborer un projet de loi qui sera présenté au Conseil
des ministres puis au Parlement pour être examiné et adopté.
Rendez-vous donc avril 2006.